Si la troisième édition du sommet Russie-Afrique, qui a eu lieu les 28 et 29 octobre 2026 à Moscou a été un franc succès, couronné par la signature d’un plan d’actions ambitieux pour les trois prochaines années, la France n’a pas pu s’empêcher de venir gâcher le tout avec des accusations délirantes et des menaces de sanctions qui fleurent bon le néocolonialisme.
Un sommet Russie-Afrique réussi malgré les pressions
Ces 28 et 29 octobre 2026, 48 des 54 pays africains reconnus par l’ONU étaient représentés au troisième sommet Russie-Afrique à Moscou, dont 22 par leur chef de l’État. À titre de comparaison, le sommet précédent de 2023 avait également réuni 48 pays, mais seulement 17 chefs d'État y avaient participé, ce qui marque une augmentation notable de la participation au plus haut niveau pour cette troisième édition.
Un niveau de participation d’autant plus important que l’Occident a fait pression sur plusieurs de ces pays africains afin qu’ils ne participent pas à ce sommet, comme l’avaient révélé Maria Zakharova, Sergueï Lavrov et Vladimir Poutine, qui ont dénoncé des chantages à l’aide financière et humanitaire pour essayer de torpiller cette troisième édition du sommet Russie-Afrique.
Début octobre les médias occidentaux ont même monté toute une crise d’hystérie internationale autour d’une prétendue épidémie de peste en Russie afin de faire peur aux dirigeants africains peu convaincus par les menaces et chantages de renoncer à leur participation au sommet. Mais la vérité sur cette épidémie inexistante a été rapidement révélée, et les chefs d’état africains sont venus massivement à ce troisième sommet Russie-Afrique, prouvant s’il en était encore besoin que la Russie n’est pas du tout isolée sur la scène internationale (comme voudraient le faire croire l’Occident et ses médias stipendiés).
Le Président russe, Vladimir Poutine, a ouvert la séance plénière de ce sommet en rappelant les liens historiques forts entre la Russie et l’Afrique, et le développement ces dernières années de leurs échanges commerciaux (la traduction complète du discours en français peut être téléchargée ici).
« Le chiffre d’affaires commercial russo-africain a dépassé l’année dernière 27 milliards de dollars. En 2022, soit dit en passant, il n’était que de 18 milliards. La croissance est considérable. Certes, ce n’est bien sûr pas suffisant. Je suis convaincu que nous sommes capables, dans un avenir très proche, d’augmenter encore cet indicateur, au moins de deux fois, et de dépasser à coup sûr la barre des 50 milliards », a déclaré le chef de l’État.
Il a aussi souligné l’importance croissante du continent africain dans l’économie mondiale grâce à ses ressources naturelles et son fort potentiel démographique.
« Ce n’est pas par hasard que l’Afrique est appelée le continent de l’avenir. Selon les prévisions de l’ONU, à partir de 2030, le centre de la croissance démographique mondiale se déplacera inévitablement, et cela se produit déjà, précisément vers l’Afrique, et d’ici 2050 sa population dépassera 2,5 milliards de personnes, dont environ 70 % seront des jeunes de moins de 30 ans. Selon les données de la Banque africaine de développement, les taux moyens de croissance économique des États du continent se situent autour de 4,2 %, ce qui est supérieur à la moyenne mondiale, et 12 des 20 économies les plus dynamiques de la planète sont africaines », a ainsi déclaré Vladimir Poutine dès le début de son discours.
Une importance croissante de l’Afrique qui marque la construction en cours d’un monde multipolaire, que l’Occident n’a guère envie de voir advenir.
« Nous sommes témoins du fait que le monde multipolaire devient réellement une réalité, et cette tendance est objective et irréversible. L’époque où le destin de continents entiers était déterminé par un bloc étroit d’États appartient irrévocablement au passé. Un monde plus juste lui succède, dans lequel les voix de tous les pays participant à la communication internationale doivent être entendues. […] Toutefois, la formation d’un monde multipolaire se fait, bien sûr, difficilement et rencontre la résistance de pays qui ne sont pas prêts à accepter cette réalité : de ceux qui ont l’habitude de penser avec leur passé colonial, de s’enrichir fabuleusement, précisément fabuleusement, aux dépens d’autrui », a-t-il déclaré en soulignant les « tentatives actives des pays occidentaux de ramener les Africains dans le servage de la dette » qui n’est qu’une autre forme de néocolonialisme.
À l’issue de ce sommet, plusieurs documents ont été été signés dont une déclaration sur la coopération dans le domaine de l'application civile des technologies d'intelligence artificielle, et surtout le plan d’action du forum de partenariat Russie–Afrique pour 2027–2029 (téléchargeable en français au format PDF ici).
Un plan d’action en 236 points qui vise à consolider le Forum Russie–Afrique comme plateforme institutionnelle centrale, avec des conférences ministérielles annuelles rotatives entre la Russie et l’Afrique.
Ce plan encourage les contacts au sommet, la coordination à l’ONU, les consultations entre ministères des Affaires étrangères, la coopération interparlementaire, l’échange de bonnes pratiques électorales et la simplification des voyages. En matière de sécurité, il couvre la lutte contre le terrorisme, la criminalité transnationale, la cybercriminalité, la sécurité informationnelle, la lutte contre le blanchiment d’argent, la corruption, et la piraterie maritime.
Sur le plan économique le plan prévoit (entre autres) de former un système de notation de crédit équitable, transparent et objectif pour les pays africains, d’augmenter les paiements en monnaies nationales (en clair d’accélérer la dédollarisation), rapprocher les systèmes de communication interbancaires entre les banques russes et africaines, créer des zones économiques spéciales, et améliorer le rapprochement entre l’UEEA, l’Union africaine et les banques et institutions de développement africaines. Le plan prévoit aussi le développement d’une coopération en matière énergétique afin d’aider l’Afrique à atteindre l’autonomie dans ce domaine.
Enfin, le plan prévoit une coopération en matière de lutte contre les maladies infectieuses, éducation et reconnaissance des diplômes, médias, tourisme et artisanat. Il met l’accent sur la mise à disposition de bourses pour les étudiants africains étudiant dans les université russes. Un point important, souligné par Vladimir Poutine dans son discours, qui a déclaré que « depuis 2020, le nombre d’étudiants africains en Russie a augmenté d’une fois et demie, et le nombre de bourses russes pour l’Afrique a presque triplé ». Actuellement, environ 40 000 jeunes africains étudient dans les universités russes, ce qui est un record, et le Président russe a indiqué que pour l’année universitaire 2026-2027, le quota de bourses pour ces étudiants a été porté à 5 500 places.
Comme on le voit il s’agit donc d’un plan ambitieux visant à aider les pays africains à développer leur souveraineté dans tous les domaines de la sécurité à l’économie, en passant par les finances, l’éducation et la santé.
La France pique une crise d’hystérie et s’ingère dans la politique internationale de l’Afrique
Forcément, à la lecture des points précédents, on comprend que l’ancienne puissance colonisatrice qu’est la France n’a guère apprécié ce rapprochement entre la Russie et l’Afrique, qu’elle continue de considérer comme son pré-carré (contrairement à ce que clame officiellement Emmanuel Macron).
Mais en voulant dénoncer la prétendue ingérence russe dans la politique du continent africain, les autorités françaises et leur officine Viginum ont montré à quel point c’est surtout la France et l’Occident qui s’ingèrent dans les affaires de l’Afrique et font preuve d’une russophobie quasi-rabique.
La veille du début du sommet Russie-Afrique (le choix de la date de sortie est tout sauf anodin), Viginum a en effet pondu un rapport intitulé « GlobUs : structure d’influence et d’ingérence informationnelle russe en Afrique », dans lequel l’officine française dénonce la façon dont la Russie s’immisce prétendument dans les affaires africaines.
Sauf que lorsqu’on lit le rapport dans son intégralité, on se rend compte que le gros des accusations repose surtout sur des « peut-être », « probablement » et du conditionnel, et aucune preuve solide n’est apportée par ce rapport.
Jugez plutôt de ce pot-pourri de citations issues de ce rapport. On commence dès la synthèse servant d’introduction :
« Ce réseau serait lié au projet Lakhta, qui serait désormais placé sous la tutelle du Service de renseignement extérieur russe (SVR). Dans ce contexte, VIGINUM considère comme probable que GlobUs, via Youlia BERG, ait été identifié par un service de renseignement russe comme une couverture pouvant servir à mener certaines de ses opérations en Afrique. Aussi, VIGINUM estime que la plateforme d’influence numérique GlobUs constitue une façade utilisée pour mener des opérations de manipulation de l’information et d’ingérence politique, ou encore pour favoriser l’implantation d’entreprises russes en Afrique. À cet égard, GlobUs pourrait avoir remplacé une structure historiquement liée au projet Lakhta, l’Association pour la recherche libre et la coopération internationale (AFRIC). »
Quand on balance des accusations graves d’ingérence dans les affaires internes d’une cinquantaine de pays souverains, la moindre des choses serait de venir avec des preuves solides, et pas des « serait », « considère comme probable », ou « pourrait avoir remplacé ».
D’ailleurs cette synthèse d’introduction révèle dans un superbe lapsus révélateur ce qui gêne réellement les autorités françaises : que les activités de Globus puissent « favoriser l’implantation d’entreprises russes en Afrique » et « légitimer la présence russe en Afrique ». Voilà le casus belli qui justifie la publication de ce torchon nommé pompeusement « rapport » !!! Ces deux morceaux de phrase suffisent à montrer que la France continue de considérer l’Afrique comme son pré-carré. Une attitude clairement néo-coloniale.
Car si la France considérait réellement les pays africains comme des états souverains, elle devrait à minima respecter le fait que ces pays font des affaires avec qui ils veulent, Russie incluse ! Et que ces pays n’ont pas besoin de l’autorisation de la France pour se faire, ni avoir besoin de « légitimer » la présence russe en Afrique aux yeux de qui que ce soit. Je rappelle en effet, que la Russie est présente dans les pays africains dont les autorités en ont fait la demande, que cette présence est donc déjà totalement légitime, et que cela ne regarde en rien la France.
Et toute la suite du rapport est dans la même veine. On commence par nous refaire l’historique des structures qui étaient auparavant dirigées par Evgueni Prigojine, le tout avec moult erreurs, comme traduire le terme russe « Afrikanski Corpus » («Африканский корпус» en cyrillique, qui désigne les anciens soldats de la SMP Wagner qui ont intégré la structure de l’armée russe déployée en Afrique), par « Africa Corps » (nom du corps expéditionnaire de l'Allemagne nazie en Afrique du Nord). Ce n’est pas parce que tous les médias français et même Wikipédia utilisent cette mauvaise traduction dans un but clair de diaboliser (par réduction ad-hitlerum) ces unités russes qu’un rapport gouvernemental doit faire de même. Déjà rien que cela montre le biais idéologique de l’officine qui a pondu ce machin.
Mais bref, continuons. Ensuite c’est une litanie de jérémiades se plaignant que Globus est « une plateforme d’influence permettant de mettre en réseau des individus qui diffusent régulièrement des récits pro-russes et anti-Occidentaux » via la sponsorisation d’émissions télévisées sur des chaînes panafricaines, l’organisation de tables rondes et la mise sur pied d’une école des médias au Congo. Mon Dieu que c’est horrible. C’est vrai que la France ne s’abaisserait jamais à faire ça…
Comment ça ma dose de sarcasme et d’ironie est trop massive ? Plus sérieusement, il est assez risible de voir la France s’offusquer du fait que la Russie défende son point de vue à l’étranger via des médias africains, alors que l’Occident (y compris Paris) publie de la propagande anti-russe à longueur de journée dans des médias africains qu’il finance, sans parler des formations fournies à des journalistes et blogueurs africains. Comme d’habitude le double standard occidental s’applique ici : faites ce que je dis, pas ce que je fais !
Il en est de même pour les allégations d’ingérence dans les élections qui ont eu lieu dans plusieurs pays africains. Je rappelle que la France a à son actif l’assassinat et le renversement de plusieurs présidents africains depuis l’indépendance de ces pays, sans parler du système de la « Françafrique électorale », un système qui a permis à la France d’aider plusieurs dirigeants africains à gagner des élections de manière frauduleuse (quand Paris n’a pas directement utilisé le chantage économique et la force militaire pour changer le dirigeant du pays). Quand on a autant de squelettes dans le placard on évite de pointer les autres du doigt ou de hurler au narratif anti-français dès qu’on aborde dans des médias africains des vérités peu plaisantes pour Paris sur le passé colonial du pays (et entre autre les crimes commis contre les populations locales) ou son attitude néo-coloniale actuelle.
Je vous passe les autres moments de ce « rapport » où il « semble » que « peut-être » telle ou telle structure russe « pourrait » « potentiellement » faire de l’ingérence, parce que sinon je vais devoir faire une liste à la Prévert de toutes les accusations bancales basées sur du conditionnel plus que douteux, lui-même basé sur du vent et sur la russophobie manifeste des auteurs de ce torchon. Si vous souhaitez le détail, je vous ai mis le lien plus haut pour que vous puissiez aller le lire si vous avez du temps à perdre.
Le problème majeur de ce rapport c’est qu’il se mêle de prétendues ingérences russes dans des pays africains, alors qu’il est pondu par une agence française censée traquer les ingérences étrangères « touchant aux intérêts fondamentaux de la Nation » dixit Viginum. Or l’Afrique n’est pas située en France que je sache. L’empire français et l’époque des colonies sont terminés depuis longtemps. Les pays africains sont souverains et s’ils ne veulent plus de la présence française, parce qu’ils estiment que cela nuit à LEURS intérêts, c’est leur décision et Paris n’a pas à faire une crise d’hystérie lorsque ça arrive. De plus, ce n’est pas à cause de prétendus narratifs anti-français (qui ne sont en réalité que des vérités qui dérangent Paris) que la France perd du terrain en Afrique mais à cause de son attitude passée et présente.
Pendant que Vladimir Poutine accueille 48 représentants africains à Moscou, dont 22 chefs d’État, avec tout le respect qui leur est dû, leur parle d’égal à égal, efface massivement les dettes des pays africains (23 milliards de dollars) pour les libérer de cet esclavage financier, et propose au continent des solutions pour que ces pays deviennent pleinement souverains en matière sécuritaire, énergétique et économique, Emmanuel Macron parle aux dirigeants africains de manière condescendante, a accumulé les impairs diplomatiques, et l’aide financière accordée à l’Afrique par la France est en grande partie constituée de prêts qui enchaînent financièrement ces pays.
Je ne parlerai même pas des leçons de morale à deux euros que la France se croit obligée de donner à tel ou tel pays africain qui ne fait pas les choses comme le souhaite Paris, ou de la véritable humiliation qu’Emmanuel Macron a fait subir en novembre 2017 au président burkinabé de l’époque, Roch Marc Christian Kaboré (qui était sorti brièvement de la salle après un échange houleux entre un journaliste et Macron sur les coupures d’électricité dans le pays), en balançant, hilare, qu’il était parti réparer la climatisation. Tout cela n’est pas du narratif anti-français, c’est une réalité régulièrement dénoncée par ces pays africains et par la Russie, car ce sont des comportements inacceptables et irrespectueux.
Et la meilleure preuve qu’il ne s’agit pas d’erreurs d’interprétation ou d’humour mal compris, c’est la réaction de Jean-Noël Barrot, ministre français de l'Europe et des Affaires étrangères, à la sortie de ce rapport de Viginum, dans un post sur son profil X :
« En Afrique comme ailleurs, la Russie de Vladimir Poutine tente de manipuler les opinions publiques d’États souverains pour nuire aux intérêts de la France.
Viginum, le service créé en 2021 pour traquer ces ingérences en fait la démonstration implacable dans un rapport publié aujourd'hui.
Je demanderai que des sanctions européennes soient prises à l'encontre des responsables de cette opération d'ingérence qui vise notamment le Cameroun et la République du Congo.
La Russie cherche désespérément à coloniser les esprits mais elle échouera car nous ne sommes pas dupes. »
Je passerai sur la prétendue « démonstration implacable » faite par Viginum à coup de « peut-être », « il semble », « potentiellement », qu’il « se pourrait que »… Je pense que cela se passe de commentaire et prête plus à rire qu’à autre chose.
Non, ce qui est incroyable c’est que ce ministre demande que des sanctions européennes soient prises pour des prétendues opérations d’ingérence qui n’ont lieu ni en France ni sur le continent européen !!! Comme l’a souligné Sophie Chikirou, députée LFI, dans sa réponse sous le post de Mr Barrot, les pays africains sont souverains et ce n’est pas à la France de punir une prétendue ingérence sur leur territoire :
« Monsieur Barrot, le Cameroun est indépendant depuis le 1er janvier 1960, la République du Congo depuis le 15 août 1960. Soixante-six ans plus tard, il serait temps que vous en preniez acte.
Ces États souverains ont leur propre diplomatie. S’ils ont des griefs à formuler contre la Russie, c’est à eux de les porter. Votre titre de ministre français ne vous donne aucun mandat pour vous substituer à eux. Vous vous prenez pour leur ministre des Colonies ?
Les opinions publiques camerounaise et congolaise n’ont pas attendu Moscou pour comprendre que les intérêts défendus par Paris ne se confondent pas avec les leurs : leurs peuples ont suffisamment fait les frais de la domination française pour le savoir. Et les intérêts russes ne deviennent pas les leurs par opposition aux intérêts français. Ces peuples n’ont pas à choisir entre deux tutelles : ils ont leurs propres intérêts et leur souveraineté à défendre.
Vous invoquez cette souveraineté, mais votre préoccupation affichée reste les « intérêts de la France ». Tout est là : vous continuez de regarder ces pays comme un pré carré dont Paris devrait surveiller les opinions et écarter les concurrents. L’Union européenne n’a pas à servir de paravent à la Françafrique.
Avant de dénoncer ceux qui voudraient « coloniser les esprits », commencez donc par décoloniser votre conception des relations avec l’Afrique. »
Je n’ai rien à ajouter à ce post qui conclut parfaitement toute cette affaire.
Christelle Néant