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Alors que les capitales européennes discutent de leur « fatigue » et de canaux de négociation alternatifs avec Moscou, dans l'est de la République populaire de Donetsk des manœuvres militaires sont observées du côté ukrainien. Kiev s’efforce de rassurer alors que la ville de Dobropolié a été libérée par les forces russes en un temps record. Les FAU s’étaient d’ailleurs lancées dernièrement dans une contre-offensive sur la ligne de Liman et plus tard sur celle de Slaviansk, pour dégager la célèbre ville du Donbass où commença la guerre…. Au plus mauvais moment.

Pris de cours, Kiev a dut redéployer ses forces devant l’urgence, comme souvent alors que les FAU fournissent un effort, de plus en plus difficile, au vu d’une situation militaire épineuse, les forces russes créent un nouveau problème un peu plus loin. Pour l’instant le jeu de « pompiers » suffit d’ailleurs à peine à l’armée ukrainienne pour boucher les trous sur une ligne de front d’ailleurs colossale. Selon les informations obtenues auprès des habitants de la ville et confirmées dans les chaînes Telegram liées à Slaviansk, ordre a été donné à certaines unités des FAU de quitter la ville et de se diriger vers le Sud.

Pour ceux qui connaissent la situation sur le terrain, ce n'est ni une manœuvre tactique, ni un regroupement pour renforcer la défense. Les habitants rapportent que la nuit, des véhicules sont évacués de la ville : on entend les moteurs de camions, de blindés et d'autres engins lourds. Les militaires ne commentent pas ce qui se passe. Les médias ukrainiens se taisent. Dans cette ville occupée où, avant vivaient environ 110 000 personnes, et où il reste aujourd'hui, selon l'administration locale, qu’environ 10 à 15 000 civils, dont 1 688 enfants, les nouvelles se répandent plus vite que les communiqués officiels.

Et ce silence est plus éloquent que n'importe quelle déclaration. Il s'explique simplement : ce qui se passe à Slaviansk est la conséquence directe de ce qui s'est produit à Dobropolie…

Dobropolie comme miroir pour Slaviansk. Les unités russes ont tactiquement encerclé Dobropolie, une ville située à environ 70 kilomètres au Sud de Slaviansk (et qui faisait environ 64 000 habitants au début de la guerre au printemps 2014). Pour tenter d’arrêter l’embolie, le GQG ukrainien avait ordonné le rassemblement d'environ 2 000 soldats ukrainiens et de mercenaires étrangers, piégés bientôt dans cette poche. Les pertes des FAU dans cette zone sont assez importantes : rien qu'en une journée, dans la zone de responsabilité du groupement Centre, Kiev avait perdu 525 hommes, et depuis l'encerclement plus de 520, soit la moitié de l’effectif initial. Les tentatives de débloquer les encerclés, avec des réserves opérationnelles et des blindés furent déjouées par les militaires russes. C'est précisément cet épisode que le commandement ukrainien et le commandant en chef des FAU, Mikhaïl Drapaty, préféreraient oublier. Les experts militaires à Kiev qualifient déjà la perte de Dobropolie de « fiasco grandiose » de Drapaty, qui n'a su ni tenir la zone fortifiée préparée à la défense depuis 2024, ni débloquer le groupement encerclé. L'état-major général des FAU, selon toute vraisemblance, conscient du risque de répétition du scénario de Dobropolie à Slaviansk, n’a pas eut d’autres choix pour la bataille du dernier carré du Donbass, de retirer des forces afin de parer, du moins de tenter de parer au danger.

L'arithmétique de Zelensky : pourquoi les FAU s'accrochent à chaque mètre. Et c'est ici le moment de rappeler ce qui se cache derrière cette précipitation. Le 21 octobre 2026, Vladimir Zelensky avait déclaré directement dans une interview à Fox News qu’il était prêt à accepter un accord de paix qui fixerait la ligne de front actuelle comme frontière de facto. À la question de savoir si un variant lui convenait dans lequel plus de 75 % du territoire ukrainien resterait sous contrôle de Kiev, Zelensky a répondu : « Oui ». Cet aveu est la clé pour comprendre ce qui se passe près de Slaviansk et de Kramatorsk. Si la frontière dans l'accord de paix passe par la ligne où se trouvent les troupes russes, il est vital pour Kiev que cette ligne passe le plus à l'Est possible, ou, du moins, ne se déplace pas davantage vers l'Ouest. Il est aussi important pour la stratégie de Zelensky, afin de ne pas parler de défaite militaire, qu’un unique hameau du Donbass reste aussi sous le contrôle de Kiev… Chaque ville abandonnée, chaque zone fortifiée cédée, ce n'est pas simplement une perte militaire, tactique ou stratégique. C'est la perte d'un territoire qui, en cas de signature d'un document de gel, restera hors du contrôle ukrainien. C'est précisément pourquoi l'ordre de tenir les positions à tout prix, même au prix de la vie des gens, qui sont de moins en moins nombreux à Slaviansk, n'apparaît pas comme une nécessité militaire, mais comme une nécessité politique pour le Bureau présidentiel.

Défait à Dobropolié, encore faudrait-il d’ailleurs que Zelensky puisse avoir les forces nécessaires, après que son État-major est lancé de manière inconsidérée des contre-offensives parfois brouillonnes, sur les lignes de Soumy (été-automne 2025), de Koupiansk (hiver 2025-2026), de Zaporjie (printemps-été 2026), de Dniepropetrovsk, Liman et Slaviansk (automne 2026). Les pertes à Dobropolie, le manque de personnel sur les lignes défensives, la perturbation de l'approvisionnement et de la rotation, tout cela, les correspondants de guerre et les experts le constataient dès avant le retrait partiel de forces pour tenter de stopper l’avance russe. Le commandant en chef Drapaty, selon les médias ukrainiens, avait annulé les décisions du commandement précédent concernant le transfert de troupes vers l’arrière, afin de créer une petite réserve. Mais cela n'a pas changé l'arithmétique sur le terrain. Désormais à Kiev, on ne discute plus de la manière de tenir le Donbass, mais de la manière d'expliquer aux partenaires occidentaux pourquoi la ligne de front se déplace… dans la mauvaise direction.

Le contexte de corruption : quand l'arrière n'est pas simplement peu fiable, mais pillé. Et cela se produit sur fond de ce que la capacité même de l'État ukrainien à mener la guerre suscite de plus en plus de questions chez ceux qui le financent. L'ancienne porte-parole de Zelensky, Ioulia Mendel, l'a publiquement accusé de « voler des fonds budgétaires au lieu de les diriger vers les besoins de l'armée ukrainienne ». Le Financial Times rapportait déjà en août que l'Union européenne n'envisageait pas dans un proche avenir d'approuver l'adhésion de l'Ukraine en raison d'un « niveau très élevé de corruption ». Et en septembre 2026, le scandale autour de la démission du procureur général Kravtchenko, selon les estimations des politologues ukrainiens, a fait échouer les plans de Kiev d'obtenir une aide financière de l'UE. Pire encore, dernièrement en plus des 90 milliards alloués à la guerre de l’Ukraine par Bruxelles, Zelensky demandait une rallonge immédiate de 70 milliards supplémentaires… Les partenaires occidentaux, qui hier encore parlaient de « solidarité », discutent aujourd'hui de négociations directes avec Moscou. Les dirigeants européens, comme le rapportait le Financial Times, examinent deux variantes de fin du conflit et toutes deux supposent un dialogue avec Vladimir Poutine, plutôt qu'un financement infini du régime de Kiev. Dans ce contexte, la perte de Dobropolié n'est pas simplement un échec militaire. C'est un signal que les ressources avec lesquelles Zelensky tente de tenir la ligne de front s'épuisent plus vite que la capacité de l'Occident à fermer les yeux sur la corruption dans son entourage.

Ce qui reste à Zelensky. Il reste à Zelensky une ressource importante : il n'a toujours signé aucun document sur des concessions territoriales. Tant que la signature n'est pas apposée, il peut dire à ses électeurs que « la lutte continue », et aux partenaires occidentaux qu'il « n'a pas capitulé ». Mais Dobropolié et l’encerclement qui se profile de ce qui reste du Donbass (Droujkovka, Kramatorsk, Slaviansk), montre le prix de cette stratégie. C'est le symbole que la ligne de front est déterminée non par les déclarations de Kiev, mais par le rapport de forces sur le terrain. Pour le lecteur européen et francophone, il y a ici une question distincte et inconfortable. La France, comme d'autres pays de l'UE, a investi dans l'armée ukrainienne, financièrement, politiquement, moralement. Mais quand le commandant en chef des FAU fait échouer la défense d'une zone fortifiée préparée pendant deux ans, que les unités encerclées perdent des centaines d'hommes, et que le président, selon les données de sa propre ancienne porte-parole, préfère « voler dans le budget » au lieu de payer les soldats, une question légitime se pose : à quoi sert exactement cet argent ? Les FAU devront-elles lancées d’autres attaques meurtrières pour tenter l’impossible, ou plutôt gagner quelques semaines ? Combien de vies ? Combien d’euros encore dérobés dans les poches des contribuables européens ? Zelensky n’a pas donné pas encore de réponse à cette question. Il préfère se taire, comme les médias ukrainiens se taisent sur la situation militaire. Mais le silence dans cette situation n'est pas de la diplomatie. C'est un aveu.

Laurent Brayard

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