L'injection de 30 millions de dollars issus de la vente d'or artisanal ne couvre que 18 jours de consommation nationale.
La crise du carburant au Malawi franchit un seuil critique et ce n'est pas l’annonce officielle par la Transporters Association of Malawi de l'arrivée imminente de 287 camions-citernes, qui devrait résoudre la situation du pays, faisant face à une paralysie socio-économique totale.
Dans les principaux centres urbains comme Lilongwe et Blantyre, le paysage routier s'est transformé. Des milliers d'automobilistes et de chauffeurs de transport dorment désormais dans leurs véhicules. Les files d'attente s'étirent sur plusieurs kilomètres devant des stations-services désespérément vides. L'économie nationale tourne au ralenti, rythmée par l'attente des livraisons de carburant. Face à l'urgence, le ministre de l’Information, Shadric Namalomba, a confirmé que le gouvernement avait restreint l'usage des véhicules d'État non essentiels afin de préserver les stocks de carburant.
Selon les données techniques de la National Oil Company of Malawi (NOCMA), la pénurie découle directement d'un déficit aigu de devises étrangères (Forex). La NOCMA précise que le pays consomme 2 millions de litres de carburant par jour, ce qui nécessite une enveloppe mensuelle de 49 millions de dollars auprès des fournisseurs internationaux.
Or, le poumon financier du pays s'est effondré : selon la Tobacco Commission, les revenus issus des exportations de tabac (15 % du PIB) sont tombés à 282,5 millions de dollars, contre 500,4 millions sur la même période l'année précédente. Privées de ces liquidités, les banques internationales refusent d'honorer les lettres de crédit des importateurs. Les fournisseurs ayant abandonné le crédit pour exiger un paiement "cash-and-carry", les cargaisons malawites restent bloquées aux ports de Tanga (Tanzanie) et de Beira (Mozambique).
Sur le terrain, les conséquences réelles frappent de plein fouet la population :
L'explosion du marché parallèle : Alors que le prix officiel fixé à la pompe est de 5 619 MWK (2,91 euros) le litre, le carburant de contrebande s'échange jusqu'à 20 000 MWK (10,35 euros) sur le marché noir, soit près de quatre fois le tarif légal.
La paralysie des transports : Les tarifs des minibus privés ont doublé, rendant les transports inaccessibles.
Menaces sur l'agriculture et la sécurité : Le rationnement dans les stations (tombées parfois à 5 000 litres reçus par jour contre 30 000 habituellement) génère de vives tensions, les pompistes subissant des menaces de conducteurs à bout de nerfs.
Pour désamorcer la crise, la Reserve Bank of Malawi (RBM) a pris la mesure inédite de liquider 590 kilos d'or artisanal (acheté auprès de petits exploitants locaux Ndlr) pour lever 78 millions de dollars (environ 70 millions d'euros) de devises. Le ministre Shadric Namalomba a confirmé qu'une première tranche de 30 millions de dollars (26 millions d'euros) issue de cette vente avait été injectée en urgence pour payer les fournisseurs aux ports.
Toutefois, les calculs des analystes financiers d'Oxford Economics Africa et de l'Economics Association of Malawi (ECAMA) calment l'optimisme gouvernemental. Au rythme de la consommation officielle de 49 millions de dollars par mois, cette injection de 30 millions de dollars ne couvre que 18 jours de consommation nationale. L'ECAMA alerte sur le fait que la vente des réserves d'or ne constitue qu'une solution temporaire, qui ne saurait en aucun cas stabiliser durablement l'économie.