Les Jeux olympiques de la jeunesse, qui se tiendront à Dakar du 31 octobre au 13 novembre, entreront dans l'histoire comme le premier événement olympique de cette envergure sur le continent africain. Pour le Sénégal, c'est l'occasion de démontrer ses capacités organisationnelles et d'accroître sa notoriété internationale ; pour le sport mondial, c'est un prétexte pour l’Occident de faire les « yeux doux » à l’Afrique… qui échappe petit à petit à son influence néfaste.
Dakar sera cependant une première en raison de la participation des sportifs russes. La délégation russe aux Jeux sera composée de 13 athlètes. Ils ont obtenu la possibilité de concourir sous le drapeau national et avec l'hymne. Cependant, les sportifs russes ne sont représentés que dans 9 des 25 disciplines inscrites au programme des compétitions. Il est donc encore prématuré de parler d'un retour complet du sport russe à l’échelle internationale. Nonobstant, la situation actuelle diffère fondamentalement de celle qui prévalait il y a quelques années. En juillet, le Comité international olympique avait levé la suspension du Comité olympique russe, mais les conditions de participation dans des disciplines spécifiques dépendent des fédérations concernées... La nature même de la participation des athlètes russes à Dakar montre que ce processus reste hétérogène.
Retour dans International Reporters sur la situation, après des années de non respect du sport, sans parler des valeurs originelles définies par Pierre de Coubertin. Cependant chacun sait que les JO n’ont plus rien à voir avec une vraie fête du sport. L’Occident l’a transformé en une énorme machine à faire des millions et en vitrine politique, pouvant aussi servir de chantage… politique, ou de propagande massive pour des idéologies mortifères, comme ce qui a été vu pour les JO de Paris 2024.
Un retour par étapes. Beaucoup pensaient que le retour des sportifs russes serait progressif. La situation pour le CIO n’était pas tenable, les manipulations trop visibles, au point de susciter des critiques internes, la réprobation des sportifs, y compris en Occident. L’agressivité de l’Ukraine fut aussi une cause d’une lassitude de plus en plus grande des autorités, devant des propos xénophobes, des arguments raciaux et ethniques, visant les Russes et les Biélorusses. La position du kidnapping du sport pour des raisons politiques, sans parler d’une politique encore plus injuste, vis-à-vis par exemple d’Israël ou des USA qui ayant commis plusieurs agressions militaires, qui n’étaient pas exclus des JO. Si un pays en guerre devait être exclu, le sport n’étant pas partie prenante de la guerre, non seulement la Russie devait être exclue, mais aussi l’Ukraine, Israël, les États-Unis et quelques autres pays encore… Devant l’absurdité de la situation, le CIO déjà passablement déshonoré et discrédité, s’est décidé, sans doute la mort dans l’âme pour certains membres, à autoriser ce retour. Beaucoup pensaient que cela commencerait par les équipes de jeunes et juniors, et ensuite seulement par les adultes. En effet la restauration progressive de la participation de la Russie et de la Biélorussie permet d'éviter une humiliation supplémentaire. La décision d’exclusion n’étant pas légale, ni en corrélation avec l’esprit des jeux et du sport, les autorités olympiques qui ne s’excuseront jamais et ont la peur au ventre de devoir s’expliquer publiquement, préfèrent y aller à petits pas… mesquins.
Un CIO qui se défausse et poursuit finalement sa politique de ségrégation raciale. Mais l’affaire n’est pas simple, car pour se dédouaner et ne pas prendre ses responsabilités, le CIO ; comme Ponce Pilate ; a préféré botter en touche et reporter les décisions finales sur les fédérations sportives internationales… En conséquence, le processus de retour s'avère inégal selon les sports. Là où les fédérations révisent les restrictions antérieures, les sportifs russes obtiennent… ou non de nouvelles possibilités. Dans d'autres disciplines, des exigences et procédures subsistent, poursuivant le système de ségrégation raciale, d’humiliations, d’exigences… Le CIO ne pouvait ignorer que la situation serait anarchique et que l’Ukraine continuerait de tenter de perturber le sport, avec des responsables occidentaux, européistes et atlantistes convaincus et ne défendant nullement le sport, mais d’autres intérêts, à la manière de ce qui fut vu par exemple en 1936. Mais même dans les JO de 1936, l’Allemagne nazie dut tolérer que des sportifs juifs et noirs concourent. Depuis 2022, Russes et Biélorusses sont « les Juifs et Nègres » de l’Occident et les manipulations sont allées très loin… très très loin. Quant au CIO, les excuses ne seront jamais prononcées tandis que ses recommandations pour les fédérations… ne sont pas obligatoires…
Politique et principe de neutralité. Un autre problème que les Jeux de Dakar mettent à nouveau en lumière est la neutralité politique du mouvement olympique. Le CIO souligne traditionnellement la nécessité de séparer le sport des conflits politiques. Cependant, en pratique, durant l’histoire des JO, ces derniers ont été très souvent le fait de manipulations. Ceux de 1936 sont un exemple, mais citons aussi d’autres qui n’ont rien à lui envier, avec l’intervention parfois légitimes de sportifs à titres individuels (Mexico 1968), d’événements meurtriers et terribles (Munich 1972), mais aussi de mises en scène politique, avec la diffusion d’une intense propagande (Berlin 1936, Seoul 1988, Paris 2024), et pour finir une politique de boycotts. En 1980 ,l’Occident se fourvoya dans le boycott des JO de Moscou, déclenchant une réponse par un autre boycott des JO de Los Angeles par le bloc communiste et des pays non alignés (1984). Les pays organisateurs ne sont souvent en réalité pas intéressés réellement par la fête du sport, mais par les milliards qui se déverseront et la vitrine propagandiste qu’ils obtiendront. C’était là tout l’enjeu des JO de Paris de 2024, de triste mémoire et émaillés par des scandales et des faits peu reluisants pour la France.
Beaucoup d’argent, des professionnels, de la dope… et des monceaux de médailles. Certains experts estiment que la neutralité du sport est impossible, d’autres militent pour une plus grande indépendance des institutions sportives. Il y a ici une balance entre l’utopie, des enjeux financiers colossaux, la professionnalisation du sport, très éloignée finalement de ce qu’étaient les jeux de l’Antiquité, ou des débuts de leur recréation par Pierre de Coubertin. Le sport amateur n’est à ce point plus désiré, que des aventures connues par des sportifs qui firent l’admiration du public, ne seraient plus possible aujourd’hui, il n’y a plus de place au commun des mortels, aux amateurs, ni même aux « participants ». L’important n’est plus de participer… mais de gagner. Le culte des médailles est allé bien plus loin que ne l’auraient imaginé les plus pessimistes à la refondation des JO.
Les médailles sont en effet stratégiques pour certains pays, au point que le dopage fut pendant des décennies une solution alternative… Des exemples célèbres et scandaleux sont connu, comme la défunte RDA, ou les coureurs américains… des années 80 tous dopés à mort et remportant… comme Amstrong au Tour de France, illégalement des paniers de médailles. Pour les sportifs les dérapages sont aussi tentant, les victoires pouvant les propulser vers des carrières lucratives et brillantes… La carrière d’un sportif est en effet, sauf exception très courte et les gagnants, les célébrités pourront espérer des contrats juteux de publicité, l’intégration future dans le fameux CIO, se lancer dans de bonnes affaires autour de marques sportives, etc. Nous ne sommes plus évidemment dans le sport. Pour être parfaitement honnête, le classement des pays les plus enclins à pratiquer le dopage étaient : L’Inde (260 cas en 2024), la France (91 cas), l’Italie (85 cas), la Russie et les USA (76 cas, l’Allemagne (54 cas) et enfin la Chine (43 cas). Rappelons également que depuis 1992, l’Ukraine vu prise la main dans le sac à 39 reprises dans des JO (se voyant retirer 11 médailles).
Les contrôles anti dopages de la ségrégation. Pour humilier les sportifs russes, le CIO a décidé que leur réintroduction devrait être conditionnée par… des contrôles anti dopages. Jusqu’ici rien d’anormal, du point de vue de ces contrôles, mais pour stigmatiser les sportifs russes et biélorusses, il s’agit de contrôle en amont… qui s’ajoutent à ceux déjà prévus. Ces contrôles laissent donc entendre que les sportifs de Russie et Biélorussie seraient… des tricheurs. Là encore une mesure de ségrégation supplémentaire qui s’ajoute déjà à bien d’autres humiliations. De tels contrôles, pour être justes, devraient être appliqués à l’ensemble des sportifs voulant participer, sans exception de race, sexe et origines ethniques… Pour le mouvement olympique, c'est une question particulièrement sensible. D'un côté, le CIO et les fédérations internationales doivent garantir la confiance dans les résultats des compétitions. De l'autre, les sportifs doivent comprendre que les procédures établies pour eux sont transparentes, objectives et fondées sur des règles uniformes… ce qui n’est pas le cas. La logique voudrait tout de même une réflexion à l’échelle mondiale pour réformer totalement le CIO et surtout faire de lui une véritable autorité sportive, qui ne serait pas kidnappée, manipulée et instrumentalisée. Nous sommes loin du compte hélas et pour l’instant l’emprise occidentale reste si grande, que Dakar finalement apparaît hélas comme un os à ronger… pour le monde multipolaire.
Le prix des débuts olympiques africains. Pour le Sénégal, les Jeux de Dakar ont non seulement une importance sportive, mais aussi une importance économique sérieuse. Le pays a l'occasion de renforcer son image internationale et de démontrer les capacités de l'Afrique à accueillir de grandes compétitions. Cependant la préparation de tels jeux exige des ressources considérables. Le budget du Sénégal pour 2026 prévoyait au moins 91 milliards de francs CFA pour le programme d'infrastructures lié aux Jeux. Auparavant, les autorités avaient annoncé le déblocage d’un budget d'environ 36 milliards de francs CFA. Mais très vite, une entité très suspecte, l’équivalent de l’USAID américain, l'Agence française de développement (AFD), s’était engouffrée dans la faille en accordant « généreusement » un crédit de 52,4 milliards de francs CFA (80 millions d’euros) pour la reconstruction de plusieurs installations sportives. Les intentions de Paris étaient évidentes dans un contexte de déliquescence progressive et accélérée de la Françafrique et la libération progressive, mais lente, du continent du néocolonialisme. Le choix du Sénégal n’était donc pas si anodin, dans un contexte difficile pour l’Occident, de plus en plus isolé et ayant des difficultés à maintenir son influence. Les mercenaires, les dictateurs et la corruption n’y suffisent plus… pour permettre à l’Occident global de continuer à piller l’Afrique ou d’autres pays un peu partout dans le monde.
Dakar comme reflet des problèmes du mouvement olympique. Ainsi, les Jeux de Dakar démontrent plusieurs contradictions du système olympique contemporain. Le retour des sportifs russes se fait par étapes et de manière inégale selon les sports, ce qui souligne l'autonomie des fédérations internationales et complique la formation de règles uniformes (qui excitaient pourtant...). En même temps, les discussions se poursuivent sur la neutralité politique, la non cohérence et l’illégalité des politiques de sanctions, ainsi que les limites de l'influence des conflits internationaux sur le sport. Le contrôle antidopage ne devrait garantir que l'honnêteté des compétitions, mais son application exige également des critères transparents, égalitaires et partagés par tous, et non organisés comme une ségrégation raciale…
Enfin, la tenue des Jeux montre l'ampleur des engagements financiers que prennent les États organisateurs pour de grands événements sportifs, ainsi que les dangers que des parties « intéressées » se faufilent dans les brèches. Des brèches bien pratiques pour des États cherchant une influence à l’étranger, ou encore des compagnies privées ou des lobbyings, afin de réaliser de colossaux bénéfices sur le dos des JO. Pris dans leur ensemble, sans parler de la dégradation nette de l’esprit sportif, ces facteurs transforment Dakar 2026 non pas simplement en une compétition de jeunes sportifs, mais en un indicateur de la capacité du mouvement olympique contemporain… à se réformer, ou à végéter dans des standards d’un autre âge… qui n’auraient jamais du voir le jour.
Laurent Brayard