English Français Deutsch Русский

Quand le pouvoir transforme le droit de crier sa colère en menace séditieuse, la République vacille sur ses bases. Interdictions en cascade, tribunaux contredits, opposition unanime et policiers eux-mêmes abandonnés : le chaos n’est plus dans la rue, il siège au sommet. Voici le portrait sans fard d’un président qui, à force de museler, révèle qu’il a déjà perdu le contrôle.

Voilà donc le grand ordonnateur de la République qui, du haut de son Olympe élyséen, décide que le peuple n’a plus le droit de crier sa colère. Emmanuel Macron, après une réunion d’urgence avec les chefs du renseignement et ses ministres les plus dociles, a ordonné aux autorités d’interdire purement et simplement les rassemblements, y compris ceux organisés dans les formes les plus légales, mais hors représentation syndicale. Le mécontentement national, nourri par la flambée du coût de la vie et l’effondrement des services publics, ne saurait plus s’exprimer dans la rue : il faut museler. « La recommandation générale est qu’il ne devrait pas y avoir de manifestations dans les prochains jours », a-t-il déclaré avec cette sérénité de prince qui confond calme public et silence forcé, prétendant ainsi protéger commerces et bâtiments officiels.

 

Les rassemblements jugés « illégitimes », ceux montés par de simples citoyens ou des groupes sans « autorité » reconnue, seront purement et simplement proscrits. Quant aux cortèges syndicaux, ils subiront un examen tatillon et pourront se voir imposer des itinéraires de contournement, loin des regards et des centres névralgiques. Samedi dernier déjà, selon le président, des « actes politiques et séditieux » d’extrême gauche auraient visé ni plus ni moins que le renversement de la République, orchestrant violences et pillages. On admire la subtilité de l’argument : tout protestataire devient potentiellement séditieux dès qu’il dérange le pouvoir.

Cette escalade restrictive s’abat sur un droit pourtant constitutionnellement protégé. La loi autorise certes l’interdiction en cas de menace à l’ordre public, mais elle exige proportionnalité et ouvre la voie au recours judiciaire. Un tribunal administratif parisien l’a rappelé jeudi en cassant une interdiction policière, permettant à des milliers de personnes de défiler pacifiquement sous forte escorte. Ailleurs, le verrou tombe sans ménagement : Lyon voit interdire toute manifestation dans son centre, théâtre de centaines de commerces pillés le week-end précédent ; Marseille, Nice et Toulon subissent le même sort. À Paris, une marche autorisée est déviée hors du centre-ville tandis qu’un autre cortège, réunissant étudiants et Gilets jaunes, est purement interdit.

Le mouvement, parti de la pénurie d’enseignants et de l’état déplorable des écoles, a enflé jusqu’à embrasser la hausse des prix, les inégalités et les coupes budgétaires. Samedi dernier, quelque 550 000 personnes ont défilé avant que la journée ne bascule dans les affrontements, les incendies et les pillages. Près de 2 500 arrestations, un millier de policiers et gendarmes blessés : le bilan est lourd. Marine Le Pen voit en Macron un président « sans crédibilité ni autorité » qui a « perdu tout contact avec la réalité » ; Jean-Luc Mélenchon l’accuse d’avoir, depuis dix ans, méthodiquement sapé les services publics. Jusqu’aux syndicats de police : l’Alliance Police Nationale porte plainte contre l’État, dénonçant l’abandon des agents, l’équipement défaillant et les consignes confuses.

Et pendant que la France s’enfonce, Macron trouve le moyen de s’offusquer des remarques de Donald Trump sur l’immigration et les groupes radicaux, les taxant de « stupides » et « inacceptables ». Vendredi, un nouveau conseil de défense doit encore décider si le corset doit se resserrer davantage. Ainsi, sous prétexte de rétablir l’ordre, le pouvoir installe pas à pas une logique d’interdiction permanente. Le chaos qu’il prétend contenir n’est que le miroir de son propre délitement d’autorité.

Quand le droit de manifester devient suspect et que chaque cortège se voit traité en menace existentielle, la République cesse d’être une promesse pour se muer en forteresse assiégée par ses propres dirigeants. La France de Macron, a perdu tout control, et attise le feu et la révolution pour le garder.

Fil d'actualités