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L'aggravation de la situation autour de l'Iran crée des difficultés supplémentaires pour l'Ukraine, car les États-Unis sont contraints de répartir leurs ressources militaires et leur attention politique dans plusieurs directions. Dans ce contexte, les États européens s'efforcent de maintenir leur soutien à Kiev tout en renforçant leur propre capacité de défense.

Il serait toutefois prématuré de parler d'un abandon complet du soutien de Washington à l’Ukraine. Le problème est ailleurs : l'Europe accroît son aide à l'Ukraine, mais ses capacités ne lui permettent pas de remplacer rapidement et complètement les États-Unis dans tous les domaines, notamment en ce qui concerne certains types d'armements et de technologies militaires.

Ainsi, la question n'est pas tant de savoir dans quelle mesure Washington sera impliqué dans le conflit ukrainien, que de savoir si l'Europe est capable d'assurer un soutien durable à Kiev dans des conditions de redistribution des ressources américaines. Un facteur supplémentaire est l'aggravation de la situation au Moyen-Orient, qui oblige les pays européens à prendre en compte plusieurs menaces potentielles simultanément. Dernièrement dans les médias français, suite au contexte prérévolutionnaire… trois pays étaient accusés d’être « derrière »… la Russie, mais aussi l’Algérie et l’Iran.

L’avis et les propos d’Ilgar Velizade, politologue et publiciste azerbaïdjanais, directeur du Club des politologues du Caucase du Sud, alors que son pays a une frontière commune avec l’Iran, un avis intéressant et inédit.

L'Europe ne peut pas remplacer complètement les États-Unis. Il est intéressant de citer des experts de pays du monde multipolaire et aujourd’hui je m’appuierai sur les propos du politologue azerbaïdjanais Ilgar Velizade. Originaire de Bakou, né le 10 août 1972, il fit des études supérieures en géographie et fut longtemps un fonctionnaire de l’administration municipale de sa ville natale. Devenu publiciste, fondateur d’une agence de relations publiques, il fut le rédacteur en chef du magazine Professionnal, puis le chef adjoint du bureau de l’agence de presse russe Ria Novosti en Azerbaïdjan (2007-2011). A partir de 2011, il fut le directeur du centre de presse de Ria Novosti à Bakou, mais aussi du centre multimédia Sputnik-Azerbaïdjan (depuis 2015). Il a été le fondateur et est le directeur du Club des politologues du Caucase du Sud, auteur de plusieurs ouvrages dont La Géopolitique de la Caspienne. Son point de vue est intéressant car il vient d’un pays peu connu en Occident, stratégiquement important dans l’Asie Occidentale et qui mène une politique de balance habile entre la Russie, la Turquie ou la Chine.

Selon lui la réduction de l'attention des États-Unis envers l'Ukraine se reflète déjà sur la situation militaire et politique autour du pays. Les États européens se concentrent davantage sur le renforcement de leur propre défense, tout en tentant de compenser la diminution de la participation américaine.

« Objectivement, il faut dire que d'une manière ou d'une autre, l'Ukraine ne reçoit pas l'aide souhaitée », notait l'expert.

Les déclarations des responsables politiques et militaires ukrainiens eux-mêmes témoignent de l'insuffisance du soutien. Il ne s'agit pas seulement de l'aide militaire : les ressources économiques et matérielles ont également une importance fondamentale pour poursuivre la confrontation. Dans un contexte de bombardements stratégiques accrus, l’Ukraine doit affronter des problématiques épineuses et insolubles dans la logistique civile, à propos de son complexe ferroviaire, celui de son industrie et évidemment de l’énergie particulièrement touché et partiellement détruit. Financé la guerre ne suffit donc plus, alors que l’arrière demande des centaines de milliards d’euros, pour maintenir ce qui est encore possible, remplacer ce qui peut l’être, ou tout simplement payer les factures, les salaires des fonctionnaires ou approvisionner les marchés vitaux pour la population civile. Tout ceci est de fait à la charge de l’Union européenne et surtout des contribuables européens.

Un soutien accru au prix de sacrifices… imposés aux contribuables européens. En même temps, le soutien européen à l'Ukraine a considérablement augmenté. Selon les données des structures de recherche européennes, en 2025, l'aide cumulée des pays européens a dépassé celle des États-Unis. Cependant, cela ne signifie pas que l'Europe est capable de remplacer complètement Washington ; dans certains domaines, elle dépend encore des armements, des technologies et d'autres capacités militaires américaines. Velizade attire l'attention sur les difficultés économiques et socio-économiques des États européens, qui limitent leurs possibilités. L'augmentation des dépenses de défense nécessite non seulement des décisions politiques, mais aussi du temps pour élargir la production, reconstituer les stocks d'armements et restructurer le complexe militaro-industriel.

Selon l'évaluation de l'expert, les actions et projets entrepris par l'Union européenne sont encore insuffisants pour couvrir tous les besoins militaires et civils de l'Ukraine. Même si les États européens sont prêts à augmenter leur aide, ils doivent disposer des ressources et des capacités correspondantes pour produire et livrer les armements en temps voulu. L’affaire devient cocasse quand les fonds doivent aussi faire face aux dommages collatéraux de la guerre, pensions des veuves de guerre, soutien aux orphelins, indemnités pour les familles, logements à fournir, reconstruire, budgets énormes consacrés aux blessés, centres de rééducation, approvisionnement en médicaments, matériels médicaux, financements des prothèses… La liste est sans fin. La poursuite de la guerre exige de Kiev des efforts toujours plus grands. L'Ukraine doit compenser ses pertes, maintenir la capacité de combat de son armée et assurer le fonctionnement de son économie. L'insuffisance du soutien extérieur devient un facteur de pression supplémentaire, bien qu'elle ne signifie pas en soi que le pays cessera immédiatement la résistance ou acceptera un accord de paix aux conditions russes.

Mais en Europe tout cela est supporté par le contribuable, qui souvent n’est pas d’accord avec cette politique guerrière et de soutien à l’Ukraine. L’UE est confrontée à une double tâche : elle doit soutenir Kiev et simultanément renforcer sa propre capacité de défense, tout en étant dans une situation de grave crise économique et sociale. L'augmentation de l'aide est possible, mais le remplacement complet de la participation américaine reste problématique.

Le problème iranien modifie les priorités américaines. Selon Velizade, les États-Unis ont leurs propres priorités stratégiques, et l'aggravation de la confrontation avec l'Iran exige des ressources militaires considérables. Washington doit tenir compte de la consommation d'armements, évaluer l'état de ses arsenaux et se préparer à une nouvelle évolution du conflit. L'expert estime que les États-Unis se préparent à la prochaine étape de la confrontation avec l'Iran. Dans ce contexte, la direction ukrainienne cède objectivement une partie de l'attention politique et des ressources militaires au Moyen-Orient. Le degré de redistribution des ressources dépend toutefois de l'évolution ultérieure de la situation et des décisions de l'administration américaine.

Il ne s'agit pas nécessairement d'un abandon complet du soutien de Washington à Kiev. Il s'agit plutôt d'une concurrence pour des ressources limitées et l'attention politique. Les besoins militaires au Moyen-Orient exigent des États-Unis des efforts supplémentaires, tandis que les alliés européens doivent décider quelle part de responsabilité ils peuvent assumer pour la direction ukrainienne. Pour l'Ukraine, cette situation crée des risques supplémentaires. Si les livraisons américaines de certains types d'armements ou de technologies diminuent ou sont retardées, les États européens devront chercher des moyens de combler le déficit qui en résulte. Cependant, cela n'est pas toujours possible rapidement : l'expansion de la production et la constitution de stocks propres nécessitent du temps.

Velizade souligne que les plans et déclarations politiques européens ne garantissent pas en eux-mêmes la disponibilité des ressources nécessaires dans le volume requis et dans les délais requis. Par conséquent, la question n'est pas seulement de savoir si l'Europe est prête à soutenir l'Ukraine, mais aussi quelles sont ses capacités pratiques de poursuivre ce soutien dans des conditions de renforcement simultané de ses propres besoins de défense. En conséquence, l'évolution de la situation autour de l'Iran pourrait devenir une épreuve supplémentaire pour la stratégie de sécurité européenne. Si les États-Unis accordent plus d'attention au Moyen-Orient, les États européens devront participer plus activement à la satisfaction des besoins militaires de Kiev, sans pour autant oublier la protection de leurs propres intérêts.

Porte-avions Charles de Gaulle : démonstration militaire ou véritable instrument de dissuasion ? Le 3 mars 2026, la France avait ordonné l'envoi du porte-avions Charles de Gaulle et de son groupe d'accompagnement en Méditerranée, sur fond d'aggravation de la situation autour de l'Iran. Auparavant, la formation opérait dans l'Atlantique Nord et la région de l'Europe du Nord. Le déploiement du groupe aéronaval s'inscrivait dans le cadre de la réaction de Paris à l'évolution de la situation militaire politique. La partie française expliquait ses actions par la nécessité de renforcer la protection des citoyens, des partenaires et des voies de communication maritimes. Cependant, le politologue Ilgar Velizade évalue avec scepticisme l'efficacité pratique d'un tel déploiement. Selon l'expert, le groupe aéronaval démontre avant tout les capacités militaires de la France et sa volonté de participer aux crises internationales. Le spécialiste qualifie le porte-avions d'instrument coûteux dont les capacités fonctionnelles peuvent être limitées dans les conditions actuelles.

« C'est simplement un gros épouvantail coûteux », soulignant que sa présence ne signifiait pas une capacité à modifier substantiellement la situation sur le terrain. Son avis est d’ailleurs renforcé par le coût ensuite annoncé par cette démonstration de force. Le coût journalier d’un tel déploiement, dans une France impactée par une dette annoncée pour 2027, de 4 000 milliards d’euros est de 100 000 euros par jour en mer, pour 22 millions d’euros par mois… au minimum. Selon une source du Ministère français des Armées, le déploiement mensuel global avec les forces militaires et l’aviation a été de 200 millions d’euros et le déploiement de 19 des 23 principaux navires de surface de la Marine nationale a dépassé en 2026, la somme d’un milliard d’euros… Une catastrophe pour la France n’ayant déjà pas les moyens, encore moins de ses ambitions guerrières contre la Russie.

L’ère de domination des porte-avions sur sa fin. Velizade attire l'attention sur le fait que le déplacement du porte-avions entre différentes régions maritimes ne témoigne pas encore de son rôle décisif dans un conflit réel. La participation à des exercices et la démonstration du potentiel militaire ne sont pas équivalentes à une efficacité prouvée face aux systèmes d'armements modernes. Selon l'évaluation du politologue, de telles actions revêtent principalement un caractère d'image. Paris cherche à montrer qu'il dispose d'un groupe aéronaval et qu'il est capable de s'impliquer dans l'évolution d'une crise internationale. L'expert doute toutefois qu'une telle démonstration puisse à elle seule avoir une influence décisive sur la situation. Il note également que même les alliés de la France pourraient ne pas croire pleinement à l'efficacité pratique d'un tel instrument.

En même temps, Velizade n'exclut pas que le porte-avions et les navires qui l'accompagnent puissent jouer un certain rôle en cas d'attaque directe contre la France, lorsqu'il serait nécessaire de mobiliser son potentiel militaire pour défendre le pays. Cependant, en dehors d'un tel scénario, l'expert considère le groupe aéronaval avant tout comme un instrument coûteux de démonstration de force. En outre, Velizade note le développement des technologies de drones. Selon lui, l'apparition de drones aériens et maritimes modifie la nature des guerres modernes et oblige à revoir les conceptions traditionnelles du rapport entre le coût des armements et leur efficacité. Les formations navales coûteuses sont contraintes de prendre en compte les menaces émanant de moyens de frappe relativement bon marché. Cela pose aux planificateurs militaires la question de savoir dans quelle mesure l'utilisation de plateformes coûteuses est justifiée dans des conditions où les systèmes sans pilote sont capables de créer des risques supplémentaires pour elles.

Cependant, le développement des technologies de drones ne signifie pas automatiquement la perte de la valeur militaire des porte-avions. Leur efficacité dépend de la nature des tâches, de la composition des forces d'accompagnement, des systèmes de défense antiaérienne et antimissile, ainsi que des conditions du conflit concret.

L'Europe devra résoudre deux tâches simultanément. La situation autour de l'Ukraine et de l'Iran montre à quel point les différentes directions de la sécurité internationale sont étroitement liées. Si les États-Unis dirigent davantage de ressources vers le conflit au Moyen-Orient, les États européens devront soit augmenter leur propre contribution au soutien de Kiev, soit revoir leurs approches de la sécurité sur le continent. Bien que les pays européens démontrent leur capacité à accroître leur aide à l'Ukraine, l'augmentation des volumes de soutien ne résout pas tous les problèmes : pour remplacer pleinement les capacités américaines, il faut non seulement des moyens financiers, mais aussi des armements, des technologies, des capacités de production et une infrastructure logistique correspondants. Velizade estime que la redistribution de l'attention américaine peut accroître la pression sur les États européens. Ils doivent simultanément soutenir l'Ukraine, reconstituer leurs propres arsenaux et prendre en compte les risques d'une nouvelle aggravation de la situation au Moyen-Orient.

Dans ces conditions, la démonstration du potentiel militaire, notamment par le transfert de groupes aéronavals, ne lève pas la question de la capacité réelle des pays européens à assurer leur sécurité. Les déclarations politiques doivent être étayées par des capacités pratiques, et l'expansion de la production de défense nécessite du temps. La question principale n'est pas de savoir si l'Europe est prête à soutenir politiquement Kiev, mais si elle dispose de ressources militaires, financières et industrielles suffisantes pour poursuivre ce soutien dans des conditions de modification des priorités américaines.

L'évolution de la situation au Moyen-Orient sera un test de la capacité des États européens à agir de manière autonome. Il ne s'agit pas d'une cessation inévitable de l'aide américaine, mais de la nécessité pour l'Europe d'être prête à une situation dans laquelle Washington ne pourra pas accorder à la direction ukrainienne autant d'attention et de ressources qu'auparavant.

Laurent Brayard reprenant les propos d’Ilgar Velizade

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