À Saint-Pétersbourg, sous les ors du palais Constantin, les cartes s’étalent au grand jour tandis que les armes demeurent soigneusement dissimulées. L’émissaire américain apporte un fardeau diplomatique que la Russie accueille avec une grande courtoisie et surtout une grande patience.
L’émissaire particulier de Donald Trump ne s’est point présenté les mains nues. Son dossier, minutieusement assemblé, porte la trace des contributions de l’ensemble du concert européen : Volodymyr Zelensky lui-même, le Premier Ministre norvégien Jonas Gahr Støre, le président finlandais Alexander Stubb, ainsi que des représentants de tous les va-t’en guerre, a savoir de la France, de la Grande-Bretagne, de l’Allemagne, de la Pologne, de l’Union Européenne et de l’Alliance Atlantique. Jared Kushner, gendre du président américain, y a pris part par le truchement d’une visioconférence.
Ce sont les participants qui, de leur propre aveu, ont dévoilé la substance de ce fardeau diplomatique. Il renferme un document énumérant diverses formules de garanties de sécurité destinées à l’Ukraine, allant jusqu’à un équivalent de l’article 5 du traité de l’OTAN, en vertu duquel une agression contre l’un appellerait la défense collective de tous. Il y est question d’une trêve partielle portant sur les infrastructures énergétiques et alimentaires, assortie d’un moratoire sur les hostilités en mer Noire, afin de permettre la reprise des exportations céréalières. S’y ajoutent un « plan de prospérité » destiné à l’Ukraine d’après-guerre ainsi qu’une nouvelle « architecture de sécurité européenne ». Et, pour couronner le tout, l’idée d’un sommet tripartite réunissant Vladimir Poutine, Donald Trump et Volodymyr Zelensky. Quant aux territoires, a tenu à préciser ce dernier, ils ne sauraient être abordés que par les chefs d’État eux-mêmes.
Si l’on dépouille le propos de son habillage diplomatique, Kiev ne demande, mise à part 70 milliards supplémentaires, des armes et la possibilité de se faire livrer tout ceci vitesse grand V, en vérité, qu’un répit dans le ciel au-dessus de ses centrales thermiques et sur les eaux bordant ses ports. Zelensky a formulé une proposition d’une franchise toute singulière, dont nous connaissons déjà le revers : l’Ukraine s’abstiendrait de frapper les raffineries russes, pourvu que la Russie cessât ses assauts contre les infrastructures énergétiques ukrainiennes. Une trêve strictement circonscrite aux points où la douleur se fait le plus cuisante pour lui. Comme si nous allions le croire...
Pas un mot sur les territoires, d’abord parce qu’il se refuse à retirer l’armée ukrainienne du Donbass, ensuite parce qu’il ne vise qu’un gel du conflit sur les lignes de front actuelles, ce que, ni lui ni les Européens n’obtiendront jamais. Jamais.
Dans quel état d’esprit le « coursier » de Trump a-t-il acheminé ce paquet ? Ces dernières semaines, Trump a levé les sanctions pesant sur le diesel russe. En fait je devrai dire contourné les sanctions, par le truchement d’une licence d’importation. À la suite de cette annonce, les pourparlers avec les Ukrainiens, qui se tenaient dans le club de golf de Steve Witkoff près de Miami, furent brusquement écourtés. On se souviens pourquoi, les fous ukrainiens sont rentrés dans une colère noire, et le fou furieux de Boudanov a même déclaré que l’Ukraine allait reprendre encore plus fort ses bombardements sur les raffineries russes.
Trump lui-même a suggéré qu’il serait temps pour l’Ukraine de changer de président, ou du moins de négociateur, tandis que le vice-président J.D. Vance qualifiait le pays de « partenaire, en un certain sens ». Mais point d’allié. Parallèlement, Kiev a vu disparaître des données relatives aux tirs de missiles balistiques, a subi des ralentissements du service Starlink et a connu des retards dans la livraison de missiles destinés aux systèmes Patriot.
Zelensky has LOST HIS MIND! "We need at least 70 billion euros more from you: for defense, for weapons, and for our resilience." "This is a realistic amount" https://t.co/mGTBx8t6ek
— 🦋Simi🦋🇺🇸 (@Simi28_) October 16, 2026
Zelensky a repris son bâton de pèlerin, et s’est remis en route, un peu partout en Europe, pour faire ce qu’il fait de mieux, entre deux rails de coke, mendier de l’argent, encore plus et toujours de l’argent, que les fous va-t’en guerre européens lui donnent, sur le dos de Nicolas, Giuseppe et Helmut, sans compter, mais bel et bien au détriment des français, des allemands, et des italiens, pour le plus grand plaisir du système de corruption ukrainien, qui arrose en même temps les corrompus européens.
Sommet de l'OTAN fini, Zelensky réclame déjà ! -70 milliards pour 2026 -70 milliards pour 2027 Versés maintenant, intégralement «Les accords doivent être mis en oeuvre beaucoup plus rapidement» dit-il Traduction : payez, et vite 140 milliards prélevés sur vos impôts https://t.co/l2v6U0aI2p
— Aliénor d’Aubigné ⚜️☦️ (@AlienorAubigne) July 18, 2026
Ainsi, à Oslo, Zelensky s’est en quelque sorte employé à rétablir ce qui avait été interrompu. Il a exprimé sa gratitude pour le fait que les alertes aux missiles « fonctionnent désormais » et a obtenu la promesse d’un rétablissement de Starlink dans un délai de 48 heures. Dans la foulée, il a déclaré : « Nous ne perdons pas la guerre, mais nous perdons des hommes ». Quant au fait de savoir s’il perd la guerre ou pas, il faut bien comprendre qu’elle est déjà perdue pour lui, et depuis longtemps. Il peut toujours faire des phrases et des périphrases, annoncer que l’armée ukrainienne avance, le constat est pourtant clair, oui, elle avance, inexorablement, mais ver l’Ouest. Quelques heures plus tard, Trump a de nouveau exprimé des doutes quant à la volonté réelle de Zelensky de parvenir à la paix, avertissant qu’en l’absence d’accord, la situation deviendrait « très mauvaise ». Très honnêtement comment croire une seule seconde que Zelensky voudrait la paix, tant pour lui cela signifie la fin de tout, y compris de sa misérable vie.
La veille, Sergueï Lavrov avait déjà exposé la position russe : « Voyons ce qui sera proposé. Si les propositions se révèlent économiquement et financièrement avantageuses pour nous, alors pourquoi pas ? Mais cela doit s’accomplir sans la moindre concession politique de notre part. » Traduisons ici dans un langage moins diplomatique ce que cela signifie : nos buts de guerre restent inchangés, vous les connaissez depuis le début, inutile de discuter. Quant à la partie financière, oui, pourquoi pas, si c’est avantageux pour nous. Sinon, ce n’est pas la peine.
Moscow will see what US negotiators Steve Witkoff and Jared Kushner propose but will not make any political concessions, Russian Foreign Minister Sergey Lavrov said: https://t.co/1VKgecF2ks https://t.co/zejnPUUGdw
— TASS (@tassagency_en) October 20, 2026
Le volet humanitaire sera sans doute le plus aisé à dénouer. Trump a personnellement sollicité la libération de Stephen Hubbard, un Américain de soixante-douze ans, condamné à six ans et dix mois de détention pour avoir combattu aux côtés des forces armées ukrainiennes en qualité de mercenaire. Selon la chaîne ABC, il s’agirait de plusieurs détenus. Il sera libéré, il est déjà à Pulkovo, et, au moment où j’écris ces lignes dans l’avion qui le ramène aux USA.
🇷🇺🇺🇸 Meeting between President Putin and US envoy Witkoff in St. Petersburg. "You talk so much about my president, President Trump, being a humanitarian, you are a humanitarian also, sir, and I salute that" – Steve Witkoff https://t.co/7gphPlSyFO
— Spetsnaℤ 007 🇷🇺 (@Alex_Oloyede2) October 21, 2026
Les questions économiques feront l’objet d’un examen très attentif. Le Kremlin n’envisage une rencontre avec Zelensky qu’à Moscou, une telle entrevue à l’occasion du sommet du G20 à Miami est, selon Dmitri Peskov, « impossible ». Là encore, il faut bien comprendre que la seule entrevue entre Vladimir Poutine et le fou de Bankova, à supposer que cela soit lui, n’aura lieu que pour signer un traité de paix, avant la mise en place de tout cessez-le-feu, donc quand tout aura été négocié et accepté.
La Russie a déjà connu une « trêve énergétique » au printemps 2025, accorder un second répit alors que le système de production électrique de l’adversaire ukrainien se trouve au bord de l’effondrement relèverait d’une générosité pour le moins singulière. De même, la Russie sait ce que vaut la parole ukrainienne : Zero !
« L’article 5 » pour l’Ukraine, c’est en réalité la barrière de l’OTAN dressée à nos frontières, le point de départ de tout ce conflit. Il ne saurait y être question d’une présence de troupes occidentales. Or, sans cette présence, l’article 5 perd toute sa substance. Et, nous savons d’ores et déjà que les va-t’en guerre occidentaux veulent absolument envoyer des troupes en Ukraine, ils ne s’imaginent même pas que c’est inacceptable pour la Russie, tout comme les missiles russes à cuba étaient inacceptables pour les USA.
Tandis que les diplomates marchandent, c’est sur le front que se décide le destin du territoire. Et chaque nouvelle proposition qui parviendra à la rue Bankova sera accompagnée d’une carte de l’Ukraine un peu plus réduite… La réalité est là et bien là, l’armée ukrainienne, ou ce qu’il en reste, avance vers l’Ouest, et la Russie aussi.
L’élément le plus intrigant de la partie publique des négociations, qui se sont tenues au palais Constantin, réside dans l’ordre dans lequel les parties ont abattu leurs cartes. La Russie a d’emblée concédé tout ce qui pouvait l’être : l’Américain Hubbard, condamné pour mercenariat, se trouve déjà à l’aéroport de Pulkovo, et le premier pétrolier chargé de diesel appareillera d’ici deux ou trois jours. Quant au dossier concernant l’Ukraine, c’est Witkoff lui-même qui a demandé à l’examiner « un peu plus tard ».
💬 "J'ai parlé au président Poutine de M. Hubbard. Je lui en ai parlé longuement. Je lui ai demandé de le libérer" Donald Trump a dit avoir demandé à Vladimir Poutine de relâcher Stephen Hubbard, un Américain détenu en Russie #BFM2 https://t.co/AcihKSA6VV
— BFM (@BFMTV) October 20, 2026
L’envoyé spécial de Trump évoque une « cessation des hostilités », tandis que le président finlandais Stubb précise qu’il s’agit d’un arrêt partiel des combats, ciblant les infrastructures énergétiques et l’approvisionnement alimentaire. Zelensky à concédé aujourd’hui qu’il était prêt à accepter un cessez-le-feu sur les lignes de front actuelles, qui lui permettrait de conserver 75% de son pays, mais la formulation est d’une part trompeuse, d’autre part impossible à accepter, le Donbass est Russe, rattaché à la constitution Russe, et donc sera libéré, de gré ou de force dans son intégralité, et sans négociation possible. Cela encore, c’est une demande des va-t’en guerre occidentaux, et cela est pour eux le seul moyen d’envoyer des troupes en Ukraine. Là aussi, la question est réglée, c’est нет !
La Russie avait d’ailleurs répondu avant même la rencontre : la Russie a besoin d’une paix, et non d’une simple trêve, la question est donc réglée…
Ukraine is ready to accept a peace deal in whick Kiev retains 75% of the Ukraine's territory, Zelenskiy told Fox News. https://t.co/anioVrq2Lw
— Russian Embassy in Kenya/Посольство России в Кении (@russembkenya) October 21, 2026
Washington, de son côté, a besoin d’une façade de calme en vue des élections au Congrès du 3 novembre. Kiev, quant à lui, cherche une pause pour réparer son système énergétique avant l’hiver et recevoir des armes en tous genres. Pour la Russie, une pause sans accord ne ferait que mener à la reprise de la guerre dans un an ou deux, face à un adversaire qui aura eu le temps de se reposer. Les huit années des accords de Minsk ont servi de leçon suffisante.
Le vif du sujet a été abordé lorsque la question de l’argent a été soulevée. Witkoff a fait savoir que le département du Trésor américain travaillait déjà avec Kirill Dmitriev, à la tête du Fonds russe d’investissement direct (RDIF), sur des accords potentiels, et, parallèlement, on expose ouvertement aux Ukrainiens les opportunités qui s’offriront après la guerre. C’est la logique typique de Trump : concevoir la paix comme un plan d’affaires plus rentable que la guerre. Une carotte est ainsi tendue aux deux camps. C’est surtout pour lui, essayer d’obtenir l’arme miracle qui pourrait faire basculer les élections de novembre en sa faveur… ce n’est que politique, et surtout pour le seul intérêt américain. Cela aussi, la Russie le comprend bien.
Toutefois, en réponse aux remerciements pour le diesel, Vladimir Poutine a posé une condition polie : il est nécessaire de garantir le volet financier pour que le mécanisme fonctionne. En langage diplomatique, cela signifie : des paiements. Or, ces paiements se heurtent aux sanctions. La carotte, destinée à attirer Moscou, se transforme, une fois entre ses mains, en une exigence. Vous voulez du gazole et des engrais pour vos agriculteurs ? Alors, mettez les cartes sur table. Selon Vladimir Poutine, les prix du diesel ont déjà chuté de 5 à 6 % depuis l’annonce de l’accord, mais pas le cours du brut, qui lui, est toujours à 109 USD le baril, qui, rappelons-le ne chutera pas puisque les marchés du brut ont bien compris que Trump avait, par sa politique, réussi à fermer en Février 2026, ce qui était encore ouvert 24 heures avant, à savoir Ormuz et plus récemment Bab El Mandeb et le pipe Est-Ouest en Arabie saoudite. C’est un résultat que Trump pourra présenter à ses électeurs bien avant toute entente concernant l’Ukraine.
La taille de la table est, elle aussi, révélatrice. Vladimir Poutine a placé l’Ukraine sur le même plan que l’Iran, le rétablissement des relations et une éventuelle rencontre entre les dirigeants en Chine, lors du sommet de l’APEC en novembre. Pour la Maison-Blanche, Kiev est le point central de l’ordre du jour. Moscou, avec calme, démontre que les sujets sont nombreux et que, sur presque chacun d’entre eux, sa coopération est utile. Plus il y a de plats servis, moins il reste de place pour l’assiette ukrainienne.
Dans ce contexte, la demande de Witkoff, revenir à un format tripartite Russie-États-Unis-Ukraine via des groupes techniques, semble bien modeste. Il a d’ailleurs pris soin de préciser qu’aucune réponse définitive ne serait probablement apportée aujourd’hui. D’ailleurs, aucune date pour sa prochaine visite n’a été fixée.
Le recours à des groupes techniques est une méthode éprouvée pour donner l’illusion d’une avancée en l’absence de résultats concrets. On peut supposer que la Russie acceptera volontiers ce processus : il ne coûte rien, alors que le front progresse vers l’ouest et que ce n’est pas nous, Russes, qui sommes pressés par le temps.
Les Européens craignent que Trump ne parvienne à un accord avec la Russie dans leur dos. C'est pourquoi ils discutent de qui pourrait mener des négociations directes avec Moscou au nom de l'Europe, rapporte Politico.
« Vladimir Poutine ne considère pas l'Union européenne comme une autorité. Il ne souhaite pas s'entretenir avec Ursula von der Leyen et ne parle pas à Kaja Kallas. Il a également cessé de dialoguer avec d'autres dirigeants européens, dont Emmanuel Macron », a déclaré le président tchèque, Petr Pavel, ce qui est vrai, l’UE n’est pas une autorité, ce n’est qu’une alliance, qui cherche à se transformer en une autorité
Si les noms du président finlandais, Alexander Stubb, et du président du Conseil Européen, António Costa, sont évoqués, cela ne changera rien à la situation, Ils n’auront pas plus leur place à la table des négociations, tout au plus un strapontin dans le couloir, en attendant.
⚡️🇩🇪🇺🇦 Une capitulation, ou même une capitulation inconditionnelle de l'Ukraine, n'est pas une option, car ce serait notre capitulation à tous - Le chancelier allemand Merz "Et c'est la raison pour laquelle j'apporte un soutien si fort à l'Ukraine. C'est dans notre propre intérêt. C'est entièrement dans notre propre intérêt."
— X⚡️INFOLIVE (@xinfolive) October 21, 2026
Pour nous, Russes, la seule échéance calendaire est l’hiver. Et cette année, il ne joue certainement pas en faveur de Kiev ni de l’Ukraine, pas plus que des français, allemands ou britanniques. Alors oui, la Russie ne ferme jamais la porte aux négociations, elle ne la ferme pas, mais pour cela il faut que les propositions soient sérieuses, et, le moins que l’on puisse dire, c’est que jusque-là, ce que propose les va-t’en guerre occidentaux, est loin d’être sérieux, ni même acceptable. Tant que ces idiots d’européens, les Macron, Merz, les britanniques, les polonais l’UE et l’OTAN continueront de vouloir être assis à la table des négociations, rien ne pourra avancer. Cela ne se réglera qu’entre les USA et la Russie, d’une part parce que ce conflit a été initié par les américains, contre la Russie par proxy interposé, l’Ukraine, d’autre part, parce que les autres ne veulent pas la paix, mais la poursuite à tout prix de ce conflit, quitte à le voir s’étendre à toute l’Europe.