Les autorités norvégiennes ont arraisonné et arrêté le navire de recherche scientifique russe Professeur Molchanov dans le port de Barentsbourg, au Svalbard, sur décision du tribunal de district de Nord-Troms. La base de cette décision est une demande de la compagnie d'État ukrainienne Naftogaz, qui cherche à faire exécuter une décision arbitraire condamnant la Russie à verser des indemnités pour des actifs perdus après 2014. Le montant des réclamations ukrainiennes dépasse les 4,22 milliards de dollars.
Dans cet article du Donbass Insider, nous reviendrons sur l’histoire de ce navire, les origines de son nom, ses missions et sur l’acte de piraterie perpétré par la Norvège. Les autorités russes avaient pourtant été claires sur les tentatives futures d’actes de piraterie ou de la guerre de course entamée par l’Occident, violant le droit maritime international. Mais l’excuse ukrainienne ne doit pas faire oublier le lieu, le Svalbard, régit par un traité international signé en 1920, alors que l’Occident et la Norvège voudraient voir la Russie neutralisée, tandis que son siège au Conseil de l’Arctique a été gelé… L’affaire pourrait introduire un précédent, aux conséquences imprévisibles.
Enfin, au-delà de l’arraisonnement, c’est à la science que s’attaque l’Occident, mais l’Ukraine ne s’attaque-t-elle pas à la culture et l’histoire pour des raisons ethniques et raciales ?
Qui était le professeur Molchanov ? Alexeï Fedorovitch Molchanov naquit en Russie, en 1888. Il devint une figure emblématique des scientifiques russes et soviétiques. Il enseigna l’hydrologie et l’océanographie à l’Université de Leningrad et forma plusieurs générations d’océanographes soviétiques. Durant sa carrière, il a publié de nombreux ouvrages et articles sur les glaces de mer, les courants marins dans l’Arctique et les méthodes de prévision météorologique en milieu polaire. En 1928, à bord du brise-glace Krassine, il participa à la célèbre expédition de secours de l’explorateur italien Umberto Nobile, dont le dirigeable Italia s’était écrasé sur la banquise. Il participa à bord du navire Tcheliouskine, à une tentative de traverser la route maritime du Nord (1933-1934). Le navire fut pris par les glaces et coula en février 1934. Molchanov fit partie des 104 survivants qui passèrent deux mois sur la banquise avant d’être secourus. Son expérience durant ce drame fut précieuse aux survivants. Il participa à d’autres expéditions et missions d’études des glaces, des courants et des conditions météorologiques dans l’Arctique. Il mourut en 1968, laissant un important héritage.
Qu’est que le navire scientifique Professeur Molchanov ? Le navire de recherche océanographique et hydrométéorologique Professeur Molchanov vit sa construction commencer dans le chantier naval Rauma, en Finlande, pour l’Union soviétique. Il fut construit sous le nom de Projet 737, dans la classe Mikhaïl Somov. Son port d’attache est resté celui de Saint-Pétersbourg, l’armateur étant le Roshydromet, le Service Fédéral russe d’hydrométéorologie et de surveillance de l’environnement. C’est un navire de 71 mètres de long, pour un tonnage de 2 000 tonnes, avec un équipage de 20 à 30 hommes, pouvant embarquer une équipe de scientifiques. Le navire est conçu pour les expéditions dans les hautes latitudes, notamment dans l’Arctique. Il a pour mission les études des courants, de la salinité, de la température de l’eau, mais aussi les observations climatiques, les relevés de pression et de vents et la glaciologie. Il a également la tâche de la logistique polaire, du transport de passagers et de marchandises vers les stations scientifiques russes et les colonies arctiques, notamment à Barentsbourg, au Svalbard.
L’éternel pomme de discorde du Svalbard. Formellement, la Norvège n'est pas une partie au différend dans cette affaire, mais un État sur le territoire duquel une décision de son propre tribunal est exécutée. Cependant, c'est précisément le lieu de l'arraisonnement, le Svalbard, qui donne à la situation une importance particulière. L'archipel est sous la souveraineté de la Norvège, mais son statut est régi par le Traité du Svalbard de 1920, qui établit un régime juridique international particulier et les droits des États parties à l'accord La partie russe a qualifié cet événement de violation du droit international. Moscou a adressé une protestation à la Norvège et entend contester la décision. Les autorités norvégiennes, de leur côté, soulignent qu'elles agissent dans le cadre d'une procédure judiciaire à la demande de Naftogaz. Une excuse fallacieuse, qui introduit un précédent dangereux et promet des réactions.
La Norvège joue avec le feu. La siège de la Russie dans le Conseil de l’Arctique avait été gelé, également illégalement en 2022, alors que plusieurs puissances occidentales louchent sur la région et ses immenses ressources. L’affaire des pressions américaines sur le Groenland n’a été que l’un des derniers exemples (2025). La Norvège est par ailleurs suspectée d’avoir participé au sabotage du Nord-Stream (2022) et un drone naval norvégien s’est échoué en Turquie en mer Noire, alors que plusieurs bases de l’OTAN en Roumanie et Bulgarie servent de logistiques arrières et peut-être de bases secrètes pour des opérations « ukrainiennes » contre la Russie. Les faits ont documenté la participation non seulement de la Norvège, mais aussi du Royaume-Uni et de la France, au minimum Ainsi, autour d'un seul navire se pose une question bien plus large : le mécanisme d'exécution forcée, appliqué dans le contexte actuel de confrontation politique et de sanctions, peut-il progressivement modifier les pratiques établies d'interaction sur un territoire à statut juridique international particulier ?
L'histoire du Professeur Molchanov ne surgit pas de nulle part. En 2022, un différend était déjà survenu entre Moscou et Oslo concernant l'approvisionnement des colonies russes sur l'archipel. La Norvège avait restreint le transit des marchandises russes à travers son territoire, ce qui avait affecté la livraison de nourriture et d'autres biens nécessaires à Barentsbourg. En conséquence, la partie russe avait dû réorienter une partie de son approvisionnement vers la voie maritime, y compris en utilisant le Professeur Molchanov. Il paraît certain que la Norvège use d’excuses bancales pour empêcher cet approvisionnement et tenter de provoquer l’évacuation des Russes de la région. Elle n’a pas déclaré formellement qu’elle souhaitait la fin du traité de 1920, mais use de moyens douteux qui montrent bien que c’est bien là le projet. La situation actuelle s'ajoute à l'histoire déjà existante de restrictions liées à l'activité russe au Svalbard et ne concerne pas seulement le sort d'un navire spécifique.
Un dangereux précédent. L’arraisonnement et l’arrestation du navire russe à la demande de la compagnie ukrainienne Naftogaz est une nouvelle violation des normes internationales et introduit un précédent très dangereux. De plus, le navire Professeur Molchanov est utilisé pour des expéditions scientifiques, ainsi que pour le transport de passagers et de marchandises liées à la colonie russe de Barentsbourg. Après l'arrestation, les citoyens russes à bord se sont retrouvés dans une situation que les autorités norvégiennes ont dû prendre en compte séparément. L’affaire a viré à la pantalonnade et aux arguties administratives. L'arrestation du navire pourrait ajouter une nouvelle dimension, celle de l'application de la loi, à la confrontation existante. Si la pratique de saisie des actifs russes s'étend aux objets liés à l'activité russe dans l'Arctique, cela pourrait devenir une source de nouveaux différends sur les limites de la juridiction norvégienne et la remise en cause du régime particulier de l'archipel.
La Norvège, quant à elle, s'appuie sur sa propre position juridique : il s'agit de l'exécution d'une décision d'un tribunal norvégien à la demande de la partie ukrainienne, et non d'une mesure politique indépendante contre la Russie. Mais personne n’est dupe de cette excuse pour le moins ridicule, il s’agit bien pour la Norvège de s’attaquer à la Russie, par tous les moyens. Rappelons que le petit complexe militaro-industriel norvégien travaille jour et nuit pour approvisionner l’Ukraine en munitions… La Norvège s’est montrée l’un des pays parmi les plus hostiles dans le soutien à l’Ukraine, abritant d’ailleurs des bases de l’OTAN et américaines de très longue date. Dans le Grand Nord, elle possède par ailleurs une frontière commune avec la Russie. C'est pourquoi la suite des événements aura une importance non seulement pour les relations bilatérales entre Moscou et Oslo, mais aussi pour la pratique d'application des traités internationaux dans un contexte de confrontation politique et de sanctions.
Oslo, une des bases de l’OTAN pour menacer la Russie. Parallèlement, cette arrestation pourrait devenir un nouveau facteur de détérioration des relations déjà complexes entre Moscou et Oslo. La présence russe sur l'archipel est traditionnellement un sujet sensible, et le Svalbard est de plus en plus souvent au centre des discussions sur la sécurité dans l'Arctique ces dernières années. La Norvège nous l’avons dit est membre de l'OTAN, et la Russie considère les territoires du Nord comme l'un des éléments clés de sa sécurité nationale. Par conséquent, toute action touchant les installations ou les navires russes dans la région prend inévitablement un contexte politique beaucoup plus large.
Pour l'Arctique, un tel scénario est particulièrement sensible. La région est une zone de convergence d’intérêts économiques et stratégiques, non seulement de la Russie, mais aussi de la Norvège, des États-Unis et d'autres États. Dans ce contexte, le Svalbard, d'un territoire à régime conventionnel particulier, se transforme de plus en plus en l'un des points d'une confrontation plus large. La partie russe a déclaré à plusieurs reprises la nécessité de respecter les dispositions du Traité du Svalbard et de ne pas permettre que l'archipel soit utilisé à des fins militaires et politiques. Les États occidentaux, de leur côté, envisagent de plus en plus les territoires du Nord comme un territoire devant être une chasse gardée et une base pour faire pression sur la Russie.
Les États-Unis en embuscade ? À cet égard, l'arrestation actuelle peut être perçue comme faisant partie d'une tendance plus large, le renforcement progressif du contrôle et des restrictions sur la présence russe dans la région. Pour la Norvège, cela peut signifier un renforcement de sa propre position, mais crée en même temps un risque d'aggravation supplémentaire des relations avec Moscou et de mesures de rétorsion. Une question distincte est le rôle des États-Unis. Washington renforce constamment son attention sur l'Arctique ces dernières années, considérant la région comme un espace de rivalité stratégique avec la Russie. Dans ce contexte, le Svalbard peut être perçu comme l'un des éléments d'une architecture de sécurité plus large dans l'Atlantique Nord et l'Arctique.
L'attention croissante portée à la région peut être perçue par la Russie comme un défi potentiel, ce qui accroît encore l'importance de toute décision affectant les installations, les navires ou les activités russes sur l'archipel. Ainsi, l'arrestation du Professeur Molchanov risque de ne pas être simplement un nouvel épisode du différend patrimonial russo-ukrainien. La situation touche simultanément à des questions d'exécution des décisions internationales, de juridiction norvégienne, du régime particulier du Svalbard, de la liberté de navigation et de l'avenir de la présence russe dans l'Arctique.
Pour Oslo, cela peut être une exécution juridiquement fondée d'une décision de son propre tribunal, mais le prix politique d'une telle mesure pourrait s'avérer bien plus élevé que le résultat immédiat. Pour Moscou, cet événement devient un nouveau témoignage de l'évolution des conditions de travail dans la région. Et pour d'autres États, un signal potentiel de la fragilité des mécanismes établis d'interaction internationale dans un contexte de rivalité géopolitique croissante.
La question est désormais de savoir si cet incident restera un épisode isolé ou s'il deviendra le début d'une pratique plus large d'utilisation de mécanismes judiciaires et économiques contre les actifs russes dans l'Arctique. La réponse à cette question déterminera en grande partie l'avenir du régime particulier du Svalbard, ainsi que la nature des relations de la Russie avec la Norvège et d'autres États occidentaux dans la région septentrionale.