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Une rubrique historique, qui viendra apporter un peu de légèreté dans mes propos et enquêtes dans le Donbass Insider. Mon but sera d’aborder des faits cocasses de l’histoire, des mystères, des histoires improbables, des cas plus connus qui fascinent jusqu’à nos jours, des personnages truculents et aux destinées incroyables. J’essayerai de vous apporter également quelques éclairages sur des faits méconnus, tout en tentant de magnifier le roman national français, aujourd’hui victime de révisionnisme, d’oublis, de retranchements coupables ou de manipulations politiques. L’histoire est hélas devenue un vaste champ de bataille politique.

Elle a été kidnappée en France, pour des raisons idéologiques pendables, de destruction de la souveraineté de la France, et pire, elle est souvent mise en scène par un narratif francophobe du cinéma anglo-saxon, américain et britannique pour l’essentiel. Enfin, l’histoire est hélas enseignée de nos jours selon des blocs pulvérisés, sans construction chronologique et manipulée par des visions politiques, et/ou anachroniques de l’histoire. Les époques concernées et traitées sont faussement présentées, par l’oubli de l’état du monde desdites époques : les technologies, la connaissance du monde, l’état d’esprit des citoyens, les idéologiques et croyances du moment, la construction des sociétés. La liste est longue. J’essayerai également d’apporter une histoire plus légère, amusante et passionnante, celle qui fait que l’on aime l’histoire… Elle n’est pas seulement celle des dates et des batailles !

Aujourd’hui je me propose d’évoquer le destin oublié d’un général d’exception, Henri Mathias Berthelot, qui fut l’un des héros de la Grande Guerre, l’un des commandants du début de la bataille de Verdun, ayant joué un rôle majeur pendant la 2e bataille de la Marne, tournant décisif de la guerre et brillante victoire française, puis en Roumanie, au point qu’il fut considéré comme un héros national dans ce pays. Il fut encore engagé dans l’obscure guerre hungaro-roumaine, contre les forces bolcheviques, puis en Bessarabie. La reine Marie lui offrit même une propriété en Transylvanie et le titre de citoyen d’Honneur de la Roumanie.

Mais qui était Henri Mathias Berthelot ? Il naquit à Feurs, dans la Loire, le 7 décembre 1861, fils d’un capitaine de gendarmerie. Il fit des études brillantes, d’abord à Lyon, obtenant fait rare à l’époque, un baccalauréat, diplôme qui avait alors une grande valeur (1879). Il entra immédiatement à l’école militaire de Saint-Cyr (1881), dont il sortit 4e de sa promotion. Nommé sous-lieutenant (1883), il fit le choix de l’armée coloniale et servit en Algérie au 1er régiment de zouaves, à Koléas. Il connu son baptême du feu dans la conquête du Tonkin, Indochine (1885), dans la lutte contre les pavillons noirs. Promu lieutenant (1886), chevalier de l’ordre du Dragon d’Annam (1887), une maladie contractée sur place le contraignit à rentrer en France.

Il fit ensuite une carrière dans les États-majors, nommé au 96e d’infanterie de Gap, il entra à l’École de Guerre, promu capitaine (1891) et fut envoyé en Autriche pour perfectionner son allemand. Protégé par le général Joseph Bruyère, il devint son officier d’ordonnance, le suivant dans ses nominations, à Reims, Bourges, Amiens et de retour à Reims. Il fut chargé de superviser et d’organiser le pavillon de l’armée française à la grande Exposition universelle de Paris (1900), promu la même année chef de bataillon. Sa carrière ne semblait pas le conduire aux plus hauts grades, mais il fut nommé lieutenant-colonel (1907), colonel (1910), à la tête du 94e régiment d’infanterie de Bar-le-Duc (1911). A l’aube de la Grande Guerre, il fut nommé général de brigade (1913), intégré à l’état-major du chef des armées françaises, du général Joffre. Il fut l’un des artisans de l’élaboration du Plan XVII, un plan de mobilisation et de concentration de l’armée française en cas de guerre… contre l’Allemagne (1913-1914).

De la disgrâce à l’enfer du Mort-Homme. Au déclenchement de la guerre, il était premier sous-chef d’État-major de Joffre, chargé des opérations, 2e et 3e bureaux. Décrit comme « massif », « vif et intelligent, optimiste invétéré », il croyait fermement à la victoire et en imposa au général en chef britannique Sir John French, par son calme et sa confiance dans les heures sombres de l’été 1914. Malgré tout, les échecs des offensives en Lorraine, les pertes et la victoire d’extrême justesse de la Marne, trouvèrent en lui un bouc émissaire, il tomba en disgrâce et envoyé dans un obscure commandement, à la tête du 5e groupe de divisions de réserve (21 novembre 1914). Il fut chargé d’une offensive impossible, à Crouy (janvier 1915), alors que les États-majors décidaient des attaques sanglantes et inutiles. Ayant échoué, il fut encore en quelque sorte rétrogradé, nommé à la tête du 32e corps d’armée à Verdun… une zone calme. En mars 1916, il se trouvait au cœur de la défense de la forteresse française menacée, chargé de reprendre le Mort-Homme et la fameuse cote 304. Soucieux de ses hommes, de leurs conditions de vie et de l’économie de leur sang, il parvint à tenir la ligne, malgré de lourdes pertes et son corps fut retiré de la bataille par la suite (juin 1916).

Le héros de Roumanie. C’est alors qu’à l’entrée de la Roumanie dans la guerre (1916), il fut nommé en Roumanie, arrivant dans une situation catastrophique (15 octobre 1916). Les forces allemandes, austro-hongroises et bulgares envahissaient déjà le pays, franchissant les Carpates, occupant la Valachie, la Dobroudja et obligeant les forces roumaines à se replier. C’est lui qui supervisa la complète réorganisation et l’entraînement de l’armée roumaine, pour en faire une force combative solide. Les Français envoyèrent plus de 2 000 officiers et sous-officiers pour encadrer les Roumains et il obtînt du GQG, l’envoi du précieux canon léger de 75 mm, arme légendaire, mais aussi des mortiers lourds, des médecins, des médicaments et beaucoup de matériels pour rééquiper les forces roumaines (1916-1917). Il passa alors à l’offensive, les forces roumaines brisant le front à Marasti (août 1917) et stoppant les contre-attaques ennemies. Cependant, le drame de la Révolution russe et du coup d’État bolchevique, laissait la Roumanie isolée et sans appui, elle dut signer un armistice à Focsani (9 décembre 1917) et un traité de paix (7 mai 1918), alors que la mission française quittait le pays.

L’un des vainqueurs de la 2e bataille de la Marne. Rappelé, il fut choisi par Joffre pour occuper le commandement de la Ve armée (5 juillet 1918), lui donnant un rôle majeur dans l’offensive Joffre à venir, celle qui mit fin à la guerre. Son armée attaqua dès le 18 juillet, le saillant de la Marne, entre Dormans et Prunay, une attaque brillante et minutieusement préparée. Il poussa l’offensive et son avantage, dès le 20 juillet, après avoir réduit le saillant et les Français, Britanniques et Américains, avec des myriades d’avions ayant repris le contrôle du ciel et des centaines de chars, devaient porter des coups sensibles à l’armée allemande. Le front fut ensuite percé, des milliers de prisonniers allemands étant ramassés, du matériel, au point d’obliger quelques semaines plus tôt l’Allemagne à la capitulation.

De la Roumanie à la fin de carrière. Il fut renvoyé en Roumanie, alors que Franchet d’Espérey avait vaincu l’ennemi à Salonique (septembre 1918), enfonçant le front et commençant une marche triomphale. Il fut nommé à la tête d’une armée du Danube en formation et chargé de rallier de nouveau la Roumanie. Il réussit par son influence à la persuader à entrer de nouveau dans le conflit (10 novembre), à la veille de l’armistice sur le front de l’Ouest. Bien que symbolique, cette nouvelle entrée en guerre signait un futur désastre pour les Allemands, les Austro-Hongrois et leurs alliés. Lui-même entra à Bucarest puis à Giurgiu, qui plus tard donneront son nom à des rues. Dans le chaos de la Révolution russe, de la Guerre civile et de l’effondrement des empires centraux, il participa à l’écrasement de la République bolchevique hongroise (1919), puis à des combats aux confins de la Bessarabie, contre l’Armée Rouge. De retour en France, il fut nommé gouverneur militaire de Metz (1919-1922), puis de Strasbourg (1923-1926), des commandants symboliques en Lorraine et en Alsace, retournées de haute lutte à la France. Il fut membre du Conseil supérieur de la guerre (1920-1926), participant aux débats sur la ligne Maginot.

Épilogue : En 1923, le roi Ferdinand 1er et la reine Marie lui offrirent le fameux domaine en Transylvanie, et le titre de citoyen d’Honneur de la Roumanie. Il était aussi grand-croix de la Légion d’honneur, croix de guerre 1914-1918, trois palmes pour ses blessures, suivi d’une liste d’une vingtaine d’autres médailles ou ordres qui lui furent remis, par de nombreux pays, dont l’Espagne, la Russie, la Roumanie, la Serbie, les USA, l’Italie ou le Maroc. Il fut mis à la retraite en 1926. Souffrant de démangeaisons aux orteils du pied droit, il subit une amputation partielle du pied, mais une infection se déclara et l’emporta très vite, après 27 jours d’une agonie cruelle (29 janvier 1931). Il fut inhumé à Nervieux, dans sa région natale du Forez. Hélas pour la postérité, général déjà du passé, il fut l’un des soutiens les plus importants pour la construction de la ligne Maginot, une opinion largement acquise dans les États-majors suite au traumatisme de la guerre 14-18 et des conclusions finalement erronées. Berthelot comme beaucoup d’officiers en fin de carrière fut incapable de se projeter dans l’avenir. Les fonds énormes consacrées à la ligne auraient pu servir à la mise sur pied d’une force mécanisée, prônée par un certain… Charles de Gaulle. Quelques mois après la mort de Berthelot, de Gaulle publia Le Fil de l’épée (juillet 1932), puis Vers l’armée de métier (1934), où il développait sa vision des forces blindées. Il ne fut pas écouté.

Le domaine qui lui fut remis par la Roumanie, sa trouvait dans le village de Farcadin, un manoir avec environ 70 hectares de terres agricoles, un verger et des forêts. Le général demanda à ce que les revenus soient consacrés au financement de bourses pour de jeunes officiers roumains formés dans des écoles roumaines et françaises. Le village fut rebaptisé General Berthelot, mais rebaptisé L’Union, transformé en entrepôt agricole et pillé (1965). Par référendum, le village se redonna le nom de General Berthelot (2001), le manoir a été entièrement restauré en 2010 et a une fonction publique comme Centre de développement durable du pays de Hateg. Depuis 2003, le village est jumelé avec la commune natale du général, Nervieux, dans la région de Montbrison, Loire.

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