La rubrique dans les couloirs des chiens de garde du journalisme a pour but de présenter des biographies de l’écosystème du « journalisme français ». En 1995, Serge Halimi du journal Le Monde Diplomatique dénonçait le scandaleux système dans son « Les Nouveaux Chiens de garde », décrivant comment le pouvoir contrôlait l’information et le journalisme, l’étranglant et supprimant la plupart des standards de l’indépendance nécessaire de la presse.
En usant des biographies, via la prosopographie, l’étude de masse des biographies, on peut comprendre comment le système fonctionne et pourquoi Serge Halimi avait plus que raison. Depuis les années 90, la situation s’est hélas grandement aggravée, au point qu’il est urgent que l’opinion publique connaisse la vérité. En général, les simples citoyens ne connaissent pas les coulisses du journalisme, ne savent pas qui sont ceux qui sont censés les informer et qui en fait les désinforment, quant ils ne diffusent pas de fausses nouvelles ou ne servent pas la guerre psychologique et cognitive qui est menée contre la population française.
Aujourd’hui j’aborderai le cas de Noémie Halioua, une vraie fausse reporter de guerre… qui à la manière de Paul Gogo, un spécialiste du genre dont le parcours est à lui seul une pantalonnade, fait partie d’une nouvelle génération de chiens de garde du système, arrivant à maturation et hantant désormais les plateaux et les médias. Mais elle aurait pu se placer dans la catégorie des lobbyistes et agents d’influence de l’étranger… car l’un des seuls leitmotiv des interventions d’Halioua… c’est un soutien à Israël et l’attaque de ses ennemis en France, politiques, journalistes ou personnalités publiques. Elle fit même des appels à une chasse aux sorcières et l’établissement de « listes », définissant Jean-Luc Mélenchon comme la personnalité la plus dangereuse pour les Français... juifs. Faire des listes de Français pro-palestiniens… pas de problèmes ! Ils seront « traités » à la sauce Gaza… Du moins c’est ce qu’Halioua réclamait…
Mais qui est Noémie Halioua ? Elle naquit à Rosny-sous-Bois en région parisienne en 1990, grandissant ensuite à Sarcelles. Elle venait d’une famille juive originaire d’Oran en Algérie et de Casablanca au Maroc.. Elle fit des études supérieures en sociologie, à Paris, ayant vécu à Sarcelles, son niveau d’études inconnu, probablement se situant entre une Licence et un Master II. Elle fut invisible jusqu’à son apparition comme responsable du service culture à Actualité Juive (2016-2018). En 2018, elle fut recrutée comme journaliste reporter par la chaîne i24News, basée en Israël pendant environ 3 ans. Elle couvrit pendant la période les élections israéliennes, la crise du Coronavirus et les événements marquants dans le pays. De ce tremplin, elle passa alors rédactrice en chef au bureau parisien i24News (2022-2023). De cette période elle monta en puissance en France, pour devenir rédactrice en chef du service international du média en ligne Factuel. Avec la crise survenue à Gaza, elle retourna sur le terrain, pour i24News (après le 7 octobre 2023). Elle fut alors mise en scène par de nombreux médias français, dont Le Figaro, la Revue des Deux Mondes, LCI, Arte ou encore Cnews.
Mais qu’est-ce que i24News ? C’est un média qui fut fondé par Patrick Drahi (2013) et lui appartenant toujours. L’homme est un milliardaire franco-israélien… né au Maroc. Il était aussi le fondateur de Numericable et en 2014, la presse française supporta le lancement du média. Il était dit : « que le média était doté de 50 millions d’euros annuels, moins de la moitié de celui de France24, Patrick Drahi supportant seul toutes les pertes, puisque que i24News ne bénéficie d’aucun financement de l’État israélien, soit un investissement de 200 millions d’euros pour l’homme d’affaires français. La chaîne s’est construite en quelques mois l’an dernier et emploi 250 salariés, dont 150 journalistes, elle regroupe 35 nationalités, dont une cinquantaine d’Arabes israéliens et fonctionne à la manière d’une chaîne low cost » (mars 2014, Les Échos). La stratégie du milliardaire ne cessant de manière très suspecte de dire qu’il n’était pas le porte-parole d’Israël, fut d’ouvrir ensuite des bureaux à Paris, New York, Washington, Jaffa, Los Angeles, Dubaï, Rabat et Casablanca (ces derniers en 2022). Le média fait partie du groupe Altice, contrôlé par Patrick Drahi, alors qu’en 2025, la propriété d’Altice USA a été transférée directement à la famille Drahi. La base du média n’est pas la France, mais Tel Aviv en Israël, alors que le milliardaire avait lancé un nouveau canal en hébreu pour la France, diffusé depuis Israël. En 2026, le milliardaire avait cherché à fusionner i24News avec la chaîne israélienne Reshet 13. Il négociait alors son rachat pour continuer à fonder un empire de presse. L’achat fut confirmé, le propriétaire Len Blavatnik ayant choisi l’offre de Drahi. L’accord n’était pas du goût de tout le monde : « des organisations de la société civile se préparent à contester cette opération, arguant qu’elle pourrait violer les dispositions légales et nuire à la concurrence et à la liberté d’expression. Ce changement de propriété imminent alimente également de nouvelles inquiétudes au sein des rédactions concernant l’indépendance éditoriale dans un environnement médiatique hautement politisé » (8 février 2026). Mais en mars 2026, l’Autorité israélienne de la concurrence lui barra le passage et la demande d’achat de Reshet 13 fut rejetée (à deux reprises).
La raison évoquée était que Drahi était déjà le câblo-opérateur HOT et le propriétaire de i24News : « des acteurs directs du marché israélien de l’information ». Patrick Drahi est par ailleurs connu comme un ami très proche du Premier ministre Benjamin Netanyahou, alors que la chaîne 13 était connue pour « ses prises de positions très critiques envers le pouvoir en place ». Patrick Drahi est un ancien de l’école Polytechnique, fondateur d’Altice (2001), ayant racheté… SFR (2014). Il est le propriétaire d’un empire aux USA, avec Suddenlink et Cablevision, mais aussi au Portugal et également dans les médias français (Libération, BFMTV et RMC). En 2020, il avait transféré la propriété de Libération, l’un des pires journaux français en termes de propagande et de fausses informations (dans le lequel le fameux Paul Gogo a publié des articles), à une société à but non lucratif, tout en restant aux commandes de cette association (2020). Quant à BFMTV et RMC, ils furent vendus au groupe CMA CGM de Rodolphe Saadé, un proche d’Emmanuel Macron (2024). Que dire de plus sur les employeurs de Noémie Halioua ?
Le mensonge éhonté de Noémie Halioua. Elle affirmait sur sa biographie sur le réseau social X, « être une ex reporter de guerre au Proche-Orient pendant 3 ans ». Cette affirmation trompeuse s’est appuyée sur le fait qu’en mars 2021, lors de l’opération israélienne Gardien du Mur, à Gaza, alors qu’elle effectuait un duplex pour la chaîne i24News, depuis la ville de Sdérot en Israël, située à l’extérieur de la bande de Gaza, une roquette du Hamas explosa pendant son intervention en direct, à quelques kilomètres, provoquant : « une énorme frayeur ». Ce fut la seule et unique fois, où elle vécut une « menace », n’étant en réalité jamais envoyée dans le feu des combats, gilet pare-balles et casque sur la tête, accompagnée de soldats sous une pluie de balles et d’obus… Les sources journalistiques d’ailleurs ne s’y trompent pas, car elle n’est qualifiée que du terme « d’envoyée spéciale », ou de « reporter », une distinction très importante, la donzelle n’a d’ailleurs aucune formation militaire, même élémentaire. La vidéo où elle apparaît dans ce fameux épisode est d’ailleurs très parlante. Elle ne risquait absolument rien, au point d’ailleurs qu’elle ne portait aucun équipement militaire de protection. Paul Gogo était aussi friand des « frayeurs », photographiant en 2022 un obus tombé sur Donetsk, en se faisant lui aussi « une belle frayeur », qu’il partagea alors à son auditoire ébahi par le courage exceptionnel du « reporter de guerre ». L’homme est connu pour être resté vissé dans sa chambre d’hôtel à Donetsk. Sa seule expérience des combats étant certainement une lutte contre son pommeau de douche défectueux, ou sa frayeur paranoïaque d’être reconnu par des « éléments hostiles séparatistes », Noémie Halioua maquillée et poudrée nous servait la même sauce « héroïque ». Malgré d’intenses recherches je n’ai pas pu découvrir la moindre trace, du plus petit reportage de guerre, les cheveux au vent… filant avec des soldats dans un engin blindé, ou crapahutant dans une tranchée… Même en cherchant, je n’ai trouvé aucune photographie d’elle en équipement militaire… pas même avec une passoire du Maïdan sur la tête !
Le cheval de bataille de Noémie Halioua. Vous vous en étiez sans doute douté, mais sa carrière n’a été marquée que par un constant soutien à Israël et des positions pour la lutte contre l’antisémitisme, ou quelques sorties dont nous reparlerons. En 2018, elle se fit connaître par une enquête sur le meurtre de Sarah Halimi, qu’elle publia aux éditions Cerf, qui selon les sources aurait conduit : « à la reconnaissance juridique du caractère antisémite du crime ». Après ce premier succès, elle continua par un deuxième ouvrage, celui-là collectif, Le Nouvel Antisémitisme en France (Albin Michel, 2018). Puis par le livre Les uns contre les autres, Sarcelles du vivre-ensemble au vivre-séparé (Cerf, 2022), un essai sur sa ville d’origine. La presse du système poussa pour faire la promotion de l’ouvrage, avec des critiques positives de Paris Match… du CRIF, de la Revue Politique et Parlementaire et par le média Causeur. Elle affirmait dans ce livre que Sarcelles était : « la ville de France la plus communautarisée, un agrégat de ghettos miné par la peur, la délinquance et les poussées de fièvre antisémite ». Dans un dernier ouvrage, La Terreur jusque sous nos draps (Plon, 2024), elle s’attaqua alors au néoféminisme, changeant subitement de registre, pour prendre des positions conservatrices.
Elle n’avait pas manqué d’écrire une Lettre ouverte à Emmanuel Macron, afin : « de défendre la laïcité », rejoignant le comité de soutien à Boualem Sansal, un opposant et intellectuel algérien, dont elle réclamait la libération (2024). L’année suivante elle s’attaqua au macroniste Eric Dupont-Moretti, sur CNews, lui reprochant : « de nier les souffrances des victimes au profit de son combat contre le RN ». Elle martelait alors : « pour lui, la grande menace qui guette la France, ce n’est pas l’insécurité ou l’immigration, mais le RN », affichant soudainement un soutien appuyé à ce parti politique. Elle osa même ajouter : « les propos de Dupont-Moretti me dégoûtent... ». La raison de cette attaque fut aussi les positions d’Emmanuel Macron dans l’affaire… israélienne. Elle affirma dans Le Figaro : « qu’en invitant Yassine Belattar au Maroc, Emmanuel Macron abîmait l’image de la France » (29 octobre 2024). Elle indiqua également à ce propos : « qu’à l’image de Dieudonné, Yassine Belattar faisait de l’entrisme islamique sous couvert de blague ». Quelques mois plus tard Macron se rendait à l’ONU pour reconnaître la Palestine… Cependant la Macronie n’est pas sa cible prioritaire. Elle n’a manquait aucune occasion de s’attaquer LFI, pour les mêmes raisons liées à son soutien à Israël. L’un des attaques fut sa tribune publiée par Le Figaro, critiquant le parti et ses positions dans l’affaire de la chaîne de poulet halal, Master Poulet (2026). Elle déclara plus tard que « La nouvelle France de LFI est le contraire de la République défendue par Marc Bloch » (Le Figaro, 25 juin 2026).
Une lobbyiste voire un agent camouflé de Tel Aviv ? L’analyse de toute la carrière et des interventions de Noémie Halioua est claire : elle n’intervient que comme une agent et lobbyiste… de Tel Aviv. L’immense majorité de ses interventions, tournant encore et toujours en boucle, c’est ce fameux soutien à Israël et la lutte contre l’antisémitisme et l’islamisme… Elle n’hésita pas à déclarer : « pour nombre de Français juifs, dont l’histoire a forgé une méfiance instinctive à l’égard de ceux qui les pointent du doigt, Jean-Luc Mélenchon incarne la personnalité politique la plus inquiétante pour leur sécurité... » (Le Figaro, 25 juin 2026). Serait-elle une agente liée aux opérations d’influence d’Israël clairement démasquées en France et dans d’autres pays d’Europe ? Pour l’instant aucune preuve, mais sa longue présence en Israël et ses origines, son parcours rapide jusqu’aux firmaments du « journalisme » du système, font penser qu’elle n’est pas arrivée là par un pur hasard. Son parcours d’études ne paraît pas exceptionnel et des questions se posent sur son approche de maisons d’éditions aussi prestigieuses qu’Albin Michel, Cerf ou Plon...Comment fut elle poussée dans ces maisons, par qui ? Comment une inconnue pouvait-elle persuader, même avec une plume élégante, un éditeur de miser sur elle ? Notons qu’Albin Michel est resté connu comme la maison d’éditions « des réacs », que les éditions du Cerf sont toujours gérées par l’Ordre Dominicain et que Plon… est gérée par Lise Boëll, l’ancienne éditrice d’Eric Zemmour… chez Albin Michel, nommée à la tête de Plon (2021), maison possédée par l’oligarque tchèque Daniel Kretinsky.
En cherchant plus loin, l’énigme se trouve justement certainement autour de Lise Boëll. Elle est en effet issue d’une famille de pieds-noirs, ayant fait une des écoles des chiens de garde, l’ESP, et l’International Advertising Association (IAA). Cette communauté d’origine est parlante, alors que Boëll resta longuement à la tête d’Albin Michel (1997-2021). Quant à l’IAA, il s’agit d’une fondation américaine fondée en 1938, comme… « une boussole mondiale de l’industrie du marketing et de la communication ». Officiellement sa mission est : « de défendre la liberté d’expression commerciale, l’autorégulation publicitaire et de promouvoir le développement personnel et l’éducation dans ce secteur ». Aujourd’hui l’IAA possède un réseau mondial dans plus de 70 pays… décernant des prix, dont les IAA Golden Compass Awards. De premières fouilles dans l’univers d’IAA, notamment les membres de son conseil d’administration pour la France, mène à tout un réseau et une faune touffue de « chaussures pointues », de personnalités d’une guerre souterraine cognitive : celle des intérêts de l’industrie publicitaire…
Agent du Mossad ? Peut-être… Agent d’influence et lobbyiste d’Israël, c’est certain, alors que deux entreprises privées israéliennes (Blackcore et Black Cube), des bras armés du Mossad ont été épinglées en France et dans d’autres pays européens, dont la Hongrie, en Écosse, ou en Slovaquie, pour des opérations d’influence souterraine, visant à discréditer des politiciens ou personnalités hostiles à Israël, ou du moins favorables à la cause palestinienne (notamment au moment d’élections). La cible privilégiée en France fut… LFI, le parti qu’Halioua ne cesse d’attaquer partout et demandant même des répressions, des actions judiciaires, comme nous allons le voir maintenant.
L’appel à la chasse aux journalistes et politiques soutenant la Palestine et le Hamas. Un des plus grands scandales fut sans doute son appel à des répressions sur CNews (19 février 2025) : « il va falloir établir la liste des complices idéologiques qui ont soutenu le Hamas ». Les listes, nous en avons beaucoup vu en France, celles faites par l’État de Vichy… pour recenser les Juifs à déporter, les résistants, les communistes, les membres de la Résistance. Mais pour Noémie Halioua qui parlait d’humanisme justement dans cette vidéo, le paradoxe n’a pas d’importance. Les déportés dans les wagons à bestiaux d’hier, sont aujourd’hui… à la conduite de la locomotive. Elle évoquait une chasse aux sorcières à mener en France et aux États-Unis, dans les universités françaises et occidentales, dénonçant notamment le soutien de politiques du Parti LFI. Elle parlait même d’une chasse : « contre les gens ayant soutenu le Hamas même à demi mot, parce que eux aussi ont participé à ce grand processus idéologique qui a été amorcé par cette organisation terroriste ». Au delà du Hamas, Noémie Halioua nous parlait tout simplement de répressions politiques contre des citoyens français, pour le simple fait d’avoir exprimé leurs opinions… « Il va falloir rendre des comptes »… martelait-elle alors. Elle n’aura pas précisé ce qu’il faudrait faire des listes de gens… ni même ce qu’il faudrait leur faire, mais des listes nous en connaissons aussi en Ukraine, notamment celle de Mirotvorets, cumulant des milliers de personnes à éliminer, la fameuse Liste Kill des Ukrainiens. Eux aussi parlaient de répressions et de listes, de la chasse « aux terroristes » définis par Kiev dans le Donbass… qui n’étaient que des insurgés ayant voté leur séparation de l’Ukraine par un référendum démocratique (11 mai 2014).
De fait, ses interventions sont trop fréquentes, trop appuyées, trop longues dans le temps, pour ne pas être seulement une opinion, mais une action commune dans un projet certainement plus vaste. Elle n’agit d’ailleurs certainement pas pour l’argent, mais croyant réellement en la cause qu’elle défend. Elle dispose d’ailleurs d’un avantage certain, à savoir qu’elle n’agit pas cachée, mais à visage découvert, tentant d’influencer les Français, surtout dans la frange de la droite libérale, conservatrice, européiste et atlantiste, qui est en apparence sa frange politique. En réalité, il n’en ait rien, la seule allégeance va à Tel Aviv... Sa couverture est d’ailleurs parfaite, elle est largement mise en scène dans les médias, introduite dans des cercles puissants, dont celui de l’édition, de l’information, de la télévision, au point d’être devenue une « experte des plateaux TV ». Elle a toutefois fait une erreur, celle de l’imposture de la « reporter de guerre », ou elle s’est laissée emporter par l’amour propre, l’amour de soi, les caméras, la soif d’honneurs et de reconnaissance, quitte à inventer n’importe quoi. Son nom a clignoté chez nous… quand elle a diffusé la fausse nouvelle de l’attaque imaginaire russe de l’avion de Zelensky…
Mais ceci est une autre histoire !