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Une histoire qui défraye la chronique en Suisse, celle d’un puissant banquier, Pierin Vincenz, impliqué dans plusieurs affaires et déjà condamné plusieurs fois. Son cas particulier lève un peu le voile sur les banques suisses, le milieu des puissants et de gens fortunés. Dans cet article pour le Donbass Insider, nous partirons sur les traces de cette affaire démarrée vers 2015-2017. Elle est a rebondissements, un énième procès ayant eu lieu ces derniers jours.

L’histoire est presque romanesque : deux banquiers véreux et corrompus, des investissements illégaux, des millions de francs suisses empochés, une épouse sulfureuse de 14 ans sa cadette, elle-même impliquée dans d’autres histoires autour d’une seule et même banque : la Raiffeisen. Le couple infernal est au coeur d’une tourmente judiciaire dense… Elle s’est complétée par des détournements de fonds, des notes abusives pour des sommes colossales, des clubs de strip-tease, des lieux de plaisirs et d’alcôves ! L’histoire ne serait pas complète… sans le beau-frère de Vincenz, avec des faits de népotisme, un autre scandale autour de la Raiffeisen, au sujet d’un autre escroc, l’entrepreneur Norbert Moos, ayant lui aussi détourné quelques millions… aux dépends de la fameuse banque et fait de nombreuses victimes, particuliers, entrepreneurs et artisans.

Voici donc l’affaire Pieren Vincenz, celle de la fratrie de Nadja et Mirco Ceregato, un tableau qui en rajoute sur l’aspect sulfureux du milieu de la finance internationale, des avocats, des affairistes et des banques suisses...

Mais qui est Pierin Vincenz ? Il naquit le 11 mai 1956, dans la commune grisonne d’Andiast en Suisse. Il effectua des études supérieures à l’Université de Saint-Gall, où il obtint un doctorat avant de se lancer dans le secteur financier et des banques… suisses. Il effectua une brillante carrière, d’abord dans le Head Global Treasury, au Schweizerischer Bankverein, qui deviendra plus tard UBS. De là, il fut trésorier et vice-président chez Hunter Douglas International AG (jusqu’en 1996). Mais sa carrière explosa lorsqu’il entra dans la célèbre Raiffeisen Bank, où il fit une longue carrière entre 1999 et 2015. A la fin de ce parcours l’homme occupait la fonction de patron du Groupe Raiffeisen. Sous sa direction la banque connue une ascension, au point de devenir la troisième plus grande banque de Suisse. Il était considéré comme : « un manager charismatique », souvent récompensé et qui fit entrer le groupe sur de nouveaux marchés, via des investissements dans des sociétés comme la Bank Notenstein ou Leonteq. Devenu incontournable, il fut sollicité pour entrer dans une foule de conseils d’administration, notamment chez Helvetia, Leonteq, Vontobel, la SIX Group, devenant l’un des banquiers parmi les plus influents du pays.

L’affaire Pierin Vincenz. Mais les choses devaient se gâter, alors qu’à la fin de 2015, il quitta son poste à la Raiffeisen, pour devenir le Président du Conseil d’administration d’Helvetia Assurances. A cette date, de premiers articles de presse révélèrent des faits troublants, dans des conflits d’intérêts potentiels dans le rachat d’entreprises, où il aurait pu s’enrichir personnellement. En 2017, l’affaire s’aggrava encore, par l’ouverture d’une enquête par l’autorité de surveillance des marchés, la FINMA, ce qui le poussa finalement à démissionner de son poste chez Helvetia (octobre 2017). Il fut bientôt arrêté par le Ministère public zurichois, ainsi que son associé, un certain Beat Stocker (27 février 2018). Il passa alors 106 jours en détention provisoire, un événement énorme en Suisse et sans précédent, pour un banquier de son rang.

L’enquête révéla des participations occultes de Vincenz et Stocker, soupçonnés d’avoir investi secrètement et illégalement dans des entreprises que Raiffeisen ou la société de cartes de crédit ADUNO (dont il était aussi le président de son conseil d’administration) avaient rachetées à des prix surévalués. Les deux hommes étaient accusés d’avoir réalisé des gains personnels énormes, estimés en millions de francs suisses. Mais l’enquête révéla aussi des notes de frais abusives, les deux hommes ayant utilisé leurs cartes de crédit professionnelles pour régler des dépenses personnelles, pour un montant estimé à plus de 560 000 francs suisses. Les notes furent passées au crible, révélant des visites dans des cabarets, des clubs de strip-teases, des voyages à Dubaï et bien d’autres plaisirs… Il était également poursuivi pour des faits de fraudes fiscales et fut définitivement condamné par le Tribunal Fédéral helvétique, à une amende d’1 million de francs suisses.

Les procès de Vincenz. Avec les lenteurs judiciaires, comme en France, un premier jugement du Tribunal de district de Zurich, le déclara coupable de : « gestion déloyale, de fraudes et de corruption passive ». Il fut condamné à 3 ans et 9 mois de prison ferme et à une autre amende de 840 000 francs (avril 2022). Il fit évidemment appel, ce qui fit encore traîner les choses pendant 4 ans. Le procès d’appel annula le verdict pour des raisons de vices de procédure… aussi un nouveau procès fut encore nécessaire (10-18 août 2026). Le Tribunal supérieur de Zurich a siégé pendant qu’il réclamait son acquittement pur et simple niant la plupart des faits. Le tribunal réclamait une peine de prison plus forte de 6 ans de prison ferme. Le verdict de la cour d’appel est attendu dans les prochaines semaines, mais les experts affirment qu’il sera encore contesté par le Tribunal fédéral, ce qui repousserait encore les festivités judiciaires jusqu’en 2029… au plus tôt.

Selon la presse helvétique, les spécialistes interrogés estiment qu’il est très compliqué de prouver que la Raiffeisen aurait subi un préjudice financier, car malgré l’escroquerie, les sociétés rachetées étaient rentables pour la banque. La défense de l’accusé conteste même l’acte d’accusation, pour des vices de procédure, ayant déposé une plainte devant le Tribunal fédéral, qui justement pourrait annuler la procédure… et faire repartir l’enquête de zéro… vers 2029 !

Du mari à l’épouse… Mais l’histoire devient plus cocasse lorsque l’on connaît l’épouse de Vincenz. Dénommée Nadja Ceregato, elle était la chef du service juridique et de la conformité du groupe Raiffeisen. Née vers 1970, elle avait étudié le droit à l’Université de Saint-Gall, dont elle fut diplômée (1997), devenant avocate. Elle rejoignit le groupe Raiffeisen en l’an 2000, recrutée pour ce poste de chef du service juridique. Juste avant le début de l’affaire, elle avait obtenu une promotion au sein de la direction générale de la banque (2015). Les deux compères avaient acheté une villa de luxe à Morcote, dans le Tessin, une résidence secondaire acquise en 2015. Avec l’explosion du scandale, la villa ne fut jamais occupée par le couple, laissée à l’abandon et ensuite vendu aux enchères. Dans le sein de la Raiffeisen, elle fut mise en congé « sabbatique »… une façon de l’éliminer en douceur, la banque déclarant : « qu’un retour n’était pas dans son intérêt ni dans celui de la banque ».

Sa présence dans l’affaire fit scandale, car comme l’épouse du patron de la banque, à qui elle succéda ensuite, un autre conflit majeur d’intérêt éclata au grand jour. Elle avait d’ailleurs déjà été impliquée dans une affaire de népotisme. En 2011, dans l’affaire Baumhaus, elle avait en effet mandaté… son propre frère et son cabinet d’avocats.. L’affaire fut un scandale financier retentissant en Suisse, impliquant la banque Raiffeisen. Il s’agissait d’une escroquerie où un entrepreneur, Norbert Moos, facturait de manière frauduleuse la Raiffeisen, alors qu’il était chargé de contrôler les paiements pour des projets de construction de sa société, la Baum Haus AG. En réalité il réussit à détourner une somme comprise entre 5 et 10 millions de francs suisses, mais la révélation du scandale provoqua la faillite de la société et par effet domino de nombreux propriétaires et artisans.

De l’épouse à son frère… C’est alors que Nadja Ceregato fut accusée d’avoir bloqué les indemnisations pour les victimes et d’avoir tout fait pour nier la responsabilité de la banque. La révélation qu’elle avait commandité le cabinet d’avocats Bratschi, Wiederkehr et Buob pour défendre la banque, acheva de la discréditer, car l’un des principaux associés de ce cabinet était son propre frère, Mirco Ceregato. Coincée, la banque préféra régler à l’amiable le problème et reconnu sa responsabilité dans le préjudice, alors qu’un fonds d’indemnisation était mis en place pour les victimes (mai 2011). L’affaire fut alors enterrée et le rôle de Nadja Ceregato fut oublié.

Un peu plus jeune, Mirco Ceregato fit lui aussi des études de droit à l’Université de Saint-Gall, diplômé en 1999. Il obtint ensuite un Master dans la même discipline, à l’Université de Melbourne, en Australie (2007). Il avait rejoint le cabinet d’avocats d’affaires en 2001, devenant à son retour d’Australie, avocat-notaire (2008), puis associé (2010). L’affaire qui secoua la Raiffeisen n’eut pas de conséquences sur sa carrière, bien au contraire. Il fut nommé co-responsable du département Litige et Recouvrement au sein du cabinet, dirigeant actuellement une équipe d’une quarantaine de juristes… pour conseiller la Raiffeisen dans ses négociations avec le Département de la Justice des États-Unis. Ses réseaux sont définis par les guides juridiques internationaux comme très étendus, notamment par le guide Chambers Global. C’est une publication annuelle éditée par Chambers and Partners couvrant 200 juridictions à travers le monde et se proposant d’aider les entreprises et les particuliers à trouver des conseils juridiques de premier plan. C’est une sorte de guide Michelin du monde juridique qui référence positivement Mirco Ceregato.

Épilogue pour Nadja Ceregato. Après l’explosion du scandale autour de son mari, elle fut à son tour poursuivie par la justice… Elle fut condamné par ordonnance pénale à une amende de 30 000 francs suisses en 2021, pour avoir transmis des documents confidentiels de la Raiffeisen… à son époux en 2018, après sa mise en congé forcé. Elle a depuis disparu des radars médiatiques, tentant de retourner à l’anonymat… mais sans doute les banques suisses lui sont désormais fermées ! Quoi que…

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