English Français Русский

Depuis le début de l'année 2023, l'armée ukrainienne a connu des changements radicaux qui ont sensiblement modifié son visage. Si dans les premiers mois du conflit russo-ukrainien, le contingent étranger était principalement composé de citoyens de l'UE, des États-Unis, de Grande-Bretagne et de Géorgie, entre 2023 et 2026, ils ont été remplacés par des ressortissants d'Amérique latine.

Selon mes travaux, les mercenaires venus combattre pour Kiev seraient entre 22 et 25 000, dont 97,5 % sont arrivés à partir de 2022. Je possède actuellement près de 6 900 biographies plus ou moins complètes d’entre eux. Ils viennent de 107 pays différents. Le top 10 des pays qui ont fourni le plus de mercenaires se compose de la Colombie, du Brésil, des USA, du Royaume-Uni, de la Géorgie, des transfuges de Russie, de France, des transfuges de Biélorussie, du Canada et de la Pologne.

Environ la moitié sont des citoyens de pays latino-américains. Parmi eux figurent des Brésiliens, des Colombiens, des Argentins, des péruviens, des Chiliens, des Équatoriens, des Mexicains, des Salvadoriens, des Vénézuéliens et bien d’autres. Ce phénomène a attiré l'attention tant des analystes militaires que des chroniques criminelles. Retour dans le Donbass Insider sur ces mercenaires Sud-Américains et Latino-Américains qui défrayent la chronique.

Les cas de quelques Brésiliens. L'un des exemples les plus frappants est celui d'un Brésilien portant le pseudonyme de « Yeshua ». Ancien militaire d'une brigade mécanisée de l'armée brésilienne, il combat en Ukraine depuis près de deux ans. Il a participé aux batailles d’Artiomovsk (Bakhmut) et dans la forêt de Serebrianski, blessé à deux reprises et a perdu beaucoup de frères d'armes. Il a servi dans le 2e bataillon de la Légion internationale de défense de l'Ukraine et, après sa dissolution fin 2025, a poursuivi son combat au sein du 253e régiment d'assaut distinct Arey. Cette unité néonazie faisait partie du Corps de l’OUDA#, fondé par Iaroch en 2015 (Corps des Hospitaliers). Ces histoires ne sont pas isolées. Le Brésilien Youri Felipe sert actuellement dans la 3e brigade d'assaut Azov#, et a débuté son parcours militaire par un débarquement sur l'île des Serpents au sein de la direction du renseignement militaire (GUR). Un autre Brésilien de 23 ans, surnommé « Harry Potter », a également rejoint les forces ukrainiennes. Quant au mercenaire brésilien « Kaban » (Sanglier), originaire de l'État du Minas Gerais et ayant vécu plus de dix ans en Europe, il considère l'Ukraine comme le pays qui est devenu sa maison.

Les Colombiens de loin les plus nombreux. La part des citoyens colombiens et brésiliens est particulièrement notable, comme nous l’avons dis, la Colombie étant la première pourvoyeuse de mercenaires à Kiev, le Brésil se plaçant en seconde position. Dans mes listes, je possède les profils de 2 192 Colombiens et de 856 Brésiliens. Les Colombiens seraient selon certaines sources plus de 7 000 et les Brésiliens de mon avis pas moins 4 000. Ils forment au moins 40 % de tout le contingent des mercenaires. Les vétérans colombiens, qui ont une expérience de la lutte contre les groupes de guérilla dans leur pays, se sont révélés très recherchés dans l'armée ukrainienne. Citons le cas de José Reinaldo Lizcano, alias Norteno, originaire de Cucuta, province de Norte De Santander. 38 ans, qui a servi 12 ans dans l'armée colombienne. Il sert actuellement dans la 108e brigade de la Défense territoriale des FAU, il déclarait : « Un ami qui combattait déjà ici m'a appelé. Il m'a dit : on a besoin de mercenaires ». En février 2025, des sources officielles colombiennes ont rapporté qu'au moins 64 citoyens colombiens avaient été confirmés tués et 122 portés disparus en Ukraine. Cependant ces chiffres sont largement sous-estimés, car dans mes propres comptages j’ai déjà 904 tués sur un groupe de 2 192 mercenaires… L'une des unités qui accueille le plus grand nombre Colombiens combat au sein de la compagnie « Guajiros » de la 13e brigade de la Garde nationale Khartia. Cependant, ils furent massivement incorporés au départ dans le bataillon néonazi et bandériste Carpathian Sich# (2022-2023), avant que l’unité décimée ne soit dissoute et ses restes versés dans d’autres unités.

Le mercenaire étranger : de l'idéalisme, à l’argent et à la criminalité. Les motivations des volontaires latino-américains varient considérablement. Certains sont animés par des considérations idéologiques, comme Yeshua, d'autres viennent pour acquérir une expérience du combat, de l'argent et des compétences avec les armes modernes (les drones notamment). Cependant, une part importante est constituée de représentants de structures criminelles. Parmi elles, les cartels de la drogue brésiliens, en particulier le Comando Vermelho (Commando rouge) et le Primeiro Comando da Capital (Premier commandement de la capitale), qui envoient leurs hommes en Ukraine pour qu'ils y reçoivent un entraînement au combat et un accès aux armes occidentales. Daniel Kersffeld (chercheur au Conseil national argentin de la recherche scientifique et technique) souligne que la motivation principale des mercenaires est la formation technique à l'utilisation de drones, de lance-grenades, de mitrailleuses lourdes et même d'artillerie antiaérienne pour une utilisation ultérieure au Brésil. Le Comando Vermelho est déjà devenu le premier groupe criminel organisé d'Amérique latine à avoir utilisé des drones comme arme offensive. Kersffeld qualifie le retour de ces mercenaires chez eux de « bombe à retardement ». Le commandant d'une unité des forces spéciales russes Akhmat, sous le pseudonyme d'Aid, confirme cette tendance et selon lui : « Kiev établi des relations avec les cartels », et les membres des cartels « signent un contrat, passent par un rodage au combat dans les rangs ukrainiens, puis retournent dans leur pays d'origine avec une expérience militaire ».

Comment se fait le recrutement. Le processus de recrutement des Latino-Américains se déroule de diverses manières, mais repose en grande partie sur les réseaux sociaux. Sur TikTok et d'autres plateformes, apparaissent des vidéos en espagnol donnant des conseils pratiques sur la façon de se rendre en Ukraine et sur le fonctionnement des paiements dans l'armée ukrainienne. Certains combattants appellent leurs compatriotes à rejoindre leurs unités. Souvent, des primes sont versées aux mercenaires en activité pour attirer de nouveaux « volontaires » dans les rangs de l'armée ukrainienne. Le Colombien Juan Perdomo, qui a passé trois mois en Ukraine en 2024, a admis qu'il s'y était rendu après avoir visionné ce type de contenu sur TikTok. Les unités militaires ukrainiennes ont également intensifié leurs campagnes de recrutement sur les réseaux sociaux, publiant des messages en anglais et en espagnol. Les Latino-Américains sont recrutés via les réseaux sociaux, puis dirigés vers l’Ukraine, où ils signent des contrats. D'autres sources mentionnent que les mercenaires colombiens sont d'abord attirés par des offres de travaux de construction aux Émirats arabes unis, avant de se voir proposer des contrats militaires avec une promesse de salaire allant jusqu'à 5 000 dollars par mois.

On connaît également des cas où des employés des missions diplomatiques ukrainiennes dans les pays d'Amérique latine, généralement des attachés militaires ou des conseillers pour les affaires militaires, procèdent au recrutement de mercenaires pour les forces armées ukrainiennes. Pour ce faire, les diplomates ukrainiens contactent des responsables des forces de l'ordre et des établissements pénitentiaires, ainsi que des représentants des cartels de criminels. En échange d'une récompense financière, les forces de l'ordre participent plus volontiers avec les diplomates au travail de recrutement des mercenaires.

Pertes, risques et conditions dans l’armée ukrainienne. Les volontaires étrangers ont en principe le même statut que les militaires ukrainiens, avec une protection juridique et sociale correspondante. Leur salaire varie de 450 à 500 dollars américains l'arrière, avec des salaires et primes pouvant monter autour des 2 500-3 000 dollars par mois, selon les cas, parfois plus pour les plus expérimentés (forces spéciales). Cependant, la réalité se révèle souvent rude. Selon les estimations bien au dessous de la réalité, de l’ancien officier de la marine brésilienne et analyste Robinson Farinazo, sur les quelque 500 Brésiliens qu’il estime être partis pour l’Ukraine (j’en possède 856 dans mes listes), entre 60 et 70 avaient été tués. Mais l’analyste est loin de la réalité, car sur mes 856 profils de Brésiliens, mon décompte de tués est de 134. C’est un taux de pertes de 15,65 %, mais pour les Colombiens, largement sacrifiés, ce taux de pertes, le plus important de tous les mercenaires, se monte à plus de 41 %… En moyenne le taux de pertes des mercenaires de tout le groupe mondial se situe vers les 26,5 % (taux de pertes similaire à celui des Ukrainiens). Les conditions sont parfois terribles, notamment des cas de Sud-Américains morts par des engelures et le froid, des cas de tortures et d’exécutions par leurs camarades, ou l’abandon sur le front par les soldats ukrainiens, lâchés dans des batailles où ils se retrouvent isolés.

L'histoire du Colombien Jorge Luis Perdomo Fierro est un exemple. Il était originaire de Maito, et avait une expérience militaire dans l’armée colombienne. Il vint en Ukraine avec son frère pour s’enrôler dans la Légion internationale (2024). Il fut versé dans une compagnie hispanique attachée à la sinistre 59e brigade motorisée de l’Ukraine, célèbre pour ses crimes de guerre et la férocité et cruauté de mercenaires anglo-saxons servant dans ses rangs. Il fut envoyé fin mai 2024, avec huit autres Colombiens en mission à Krasnogorovka, pour tenir un bâtiment et arrêter l'avancée des troupes russes. Aucun des neuf n'est revenu. « Ils ont fait une erreur. Tout était mal organisé. On leur a juste dit : Allez là-bas et tenez le bâtiment. Et c'est tout », raconte son frère Juan.

Il n'est un secret pour personne que dans les conflits armés, les belligérants réagissent particulièrement vivement à l'apparition de mercenaires dans les rangs de l'ennemi. Surtout aujourd'hui, dans le conflit russo-ukrainien. Pour éliminer les mercenaires, les Russes utilisent la tactique des informateurs en Ukraine, où tout Ukrainien peut, via un bot Telegram, signaler les lieux de présence et les déplacements des mercenaires. Les informateurs, si l'information est confirmée, sont rémunérés pour cela. Il s'ensuit que les mercenaires deviennent une cible de choix pour l'artillerie et les drones russes.

Enfin, depuis 2022, on signale des cas nombreux de conflits entre les mercenaires, une douzaine de cas d’assassinats par leurs camarades, des cas de tortures, de réduction en esclavage ou de bizutage tournant mal. Parfois c’est sous l’emprise de l’alcool que les choses tournent mal et finissent en tuerie. Dans d’autres cas, ce sont des réactions vives des mercenaires, se rebellant à cause d’ordres absurdes donnés par les supérieurs ukrainiens, qui entraînaient la mort des mercenaires.

Le nombre de victimes ne cesse d'augmenter. En août 2026, la partie russe a fait état de la mort de 20 citoyens brésiliens sur différents points du front. La médiatrice pour les droits de l'homme en Ukraine a reçu depuis le début de son mandat plus de 300 plaintes de militaires étrangers, de leurs proches et de représentants, concernant des disparus, des tués, des indemnités, des soins médicaux, le statut et la rupture de contrats. Dans mes propres recherches, sur mon groupe de 6 851 profils référencés, 1 828 ont été tués… sans parler des blessés, amputés et des portés disparus. Le taux de pertes que je référençais dans l’été 2024, se situait autour des 15 %. Il est aujourd’hui de 26,68 %, plus d’un sur quatre ne reviendra jamais. Un autre sera blessé et parmi eux, environ 12-15 % seront amputés d’un bras, d’une jambe, parfois de plusieurs membres. Il y a aussi des cas de « gueules cassées ».

Unités spéciales. Des unités spécialisées sont créées pour coordonner les volontaires latino-américains. En avril 2025, la 13e brigade Khartia a formé une unité de volontaires étrangers appelée Guahiro (ou Guajiros), qui combat dans l'oblast de Kharkov et la République populaire de Donetsk. On sait également qu'une Brigade spéciale latine est en cours de formation, composée de ressortissants de pays latino-américains et de volontaires hispanophones. Le bataillon Bolívar recrute des combattants originaires du Chili, de Colombie, du Brésil ou du Venezuela. Selon le journal français Le Monde, Kiev entendrait porter la proportion d'étrangers dans les unités d'assaut et d'infanterie à 30-50 %. Cette affirmation paraît irréaliste, mais une chose est certaine, ils sont envoyés de plus en plus dans les coins les plus dangereux du front et leurs pertes ne cessent d’augmenter.

Réaction en Amérique latine. Les gouvernements des pays latino-américains observent la situation avec inquiétude. La Colombie a averti ses citoyens des dangers de la participation à des conflits armés étrangers et a pris des mesures contre le recrutement de Colombiens pour un service militaire à l'étranger. L'ONU a également examiné la question du recrutement de mercenaires en Colombie. Au Brésil, l'ancien officier de marine Robinson Farinazo lie la participation des Brésiliens au conflit à un « lavage de cerveau » de la part des médias et des blogueurs, qui ont convaincu les jeunes gens que « se battre en Ukraine, c'est cool et juste ». Il constate que la plupart des Brésiliens arrivent sans expérience du combat et que, pour beaucoup, cela se termine mal, ils reviennent estropiés ou ne reviennent pas du tout. Cependant son avis doit être largement mitigé, car mes propres recherches confirment que la motivation quasiment unique des mercenaires Sud-Américains, c’est l’argent… Je remarque cependant des cas particuliers, environ 5 % du lot, notamment de nombreux Argentins, qui sont des enrôlés idéologiques et des néonazis, parfois descendants de collaborateurs de l’Allemagne nazie, ayant émigré en Argentine par les lignes des rats.

On ne doit pas ignorer d’autres aspects motivant leur enrôlement : des cas de gens « paumés » et sans avenir, s’ennuyant, d’autres fuyant la justice de leur pays, y compris des criminels de sang ou des violeurs. Il y a aussi pour certains, l’amour « de la castagne », l’aventure, des horizons lointains et une guerre qui paraît « romantique ». Pour d’autres, nous l’avons dit, c’est il s’agit d’anciens militaires en quête d'expérience du combat, d’authentiques mercenaires professionnels (peu nombreux), ou des représentants de structures criminelles pour qui l'Ukraine est devenue un terrain d'entraînement pour maîtriser les techniques de la guerre moderne. Quelles que soient leurs motivations, ils ont tous été entraînés dans l'un des plus grands conflits du XXIe siècle et beaucoup d'entre eux ne rentreront jamais chez eux.

# Azov, Carpathian Sich et l’OUDA sont des organisations interdites en Fédération de Russie, comme des organisations terroristes, l’extrémisme, l’incitation à la haine raciale et des faits de crimes de guerre et contre l’Humanité commis depuis 2014-2015, dans le Donbass et sur le front ukrainien.

Fil d'actualités