English Français Русский

À Vladivostok a débuté le XIe Forum économique oriental. Cette année, le campus de l'Université fédérale d'Extrême-Orient réunira des représentants du monde des affaires, des autorités et des experts de plus de 80 pays. Les thèmes centraux sont les investissements, les infrastructures, les technologies et l'élargissement des liens économiques de la Russie avec les pays d'Asie et d'autres régions du monde.

Le forum a débuté le 1er septembre et se déroulera jusqu’au 4. Cette nouvelle édition met l’accent sur l’humain, accueillant plus de 5 000 participants. Pendant que l’Europe, l’Union européenne et l’Occident global s’imaginent être toujours les maîtres du monde et parlent d’isolement… de la Russie, seront présents notamment Messieurs Prabowo Subianto, Président de l’Indonésie, Ding Xuexiang, vice-Premier ministre du Conseil d’État chinois, ou encore U Nyo So, premier vice-président du Myanmar. Le point d’orgue du forum aura lieu demain avec la présence du Président Vladimir Poutine, qui partagera une tribune avec les dirigeants précités.

Retour dans le Donbass Insider sur le forum VEF-2026, alors que quelques Européens auront tout de même fait le déplacement à titre privé… Seront-ils sanctionnés à leur retour, là est la question, alors que l’Occident se raidit de plus en plus dans ses déclarations, à propos de plusieurs grands pays du monde multipolaire, Russie et Chine en tête.

D'une plateforme régionale à un nœud international. L'une des principales questions du VEF portera sur la manière dont l'Extrême-Orient peut tirer parti de sa situation géographique pour renforcer ses relations économiques avec les marchés asiatiques. Un volet distinct, intitulé « L'Extrême-Orient – pôle de coopération internationale », est consacré à la coopération économique et technologique de la Russie avec les États étrangers. Parmi les autres participants annoncés figurent des représentants du gouvernement et des entreprises russes, le président du conseil d'administration du chinois Sinopec, Hou Qijun, ainsi que l'entrepreneur français Olivier Linossier, directeur général de HX Energy Labs et fondateur d'Eurasia Industries Group. Pour Linossier, qui travaille à l'intersection de l'industrie, de l'énergie et des projets d'investissement internationaux, la géographie même du forum revêt une importance fondamentale. À la veille du VEF, il soulignait que Vladivostok se situe « à la croisée de l'Extrême-Orient russe et des plus grandes économies d'Asie du Nord-Est », ce qui rend la ville particulièrement bien adaptée pour discuter de nouveaux projets transfrontaliers.

Un peu d’histoire. Historiquement parlant, la région a une telle importance qu’elle fut le théâtre de nombreux conflits, souvent motivés par l’Occident ou leurs alliés et proxys dans la région. Les ambitions locales du Japon comptèrent également et menèrent à la guerre russo-japonaise (1904-1905). Durant la Guerre Civile russe, Vladivostok fut l’une des bases arrières des nations interventionnistes, dont la France, le Royaume-Uni, les USA et surtout le Japon (1918-1920). Les forces japonaises s’installèrent durablement et tentèrent de contrôler le Transsibérien, revêtant un aspect stratégique majeur. Après la défaite des armées blanches, les visées japonaises ne cessèrent pas, déclenchant des tensions palpables sur les frontières de l’Extrême-Orient russe et de la Mongolie. Elles menèrent à une agression japonaise, une guerre non déclarée qui se termina à l’avantage de l’URSS (1938-1939). Depuis lors, le Japon vaincu fut remplacé par une présence occidentale américaine, menant aux guerres de Corée (1950-1953), puis du Vietnam (1965-1975).

Elles faisaient suite à des guerres coloniales qui virent la fin de l’Indochine française (1946-1955), l’indépendance des Philippines (colonie américaine, 4 juillet 1946), ou l’indépendance de l’Indonésie, après 3 ans de guerre contre les Pays-Bas (1946-1949). Dans cette période, il faut citer la victoire de la Chine communiste sur la Chine nationaliste (1949), cette dernière étant réduite à l’île de Formose (Taïwan). De ces profonds changements, l’Asie du Sud-Est et l’Extrême-Orient liés au Pacifique ont pris de plus en plus importance. La zone est dominée par l’économie chinoise (2e au classement mondial), alors que le Japon se place à la 4e place, l’Inde à la 5e, la Corée du Sud à la 12e, l’Indonésie à la 16e, Taïwan à la 21e, Singapour à la 32e place mondiale. En terme de parité de pouvoir d’achat, la Chine est à la première place, l’Inde à la 3e place, la Russie à la 4e place et le Japon à la 5e place. De fait, la Russie est la première économie d’Europe et dans le quatuor de tête des 4 géants mondiaux : Chine, USA, Inde et Russie. Tous ces pays ont une façade sur le Pacifique, ou font partie de l’espace asiatique, tandis que cumulées, les économies de l’Extrême-Orient et de l’Asie du Sud-Est laissent loin derrière… l’Occident, sans parler de la triste Union européenne.

Investissements, technologies et nouvelles routes. Une grande partie du programme est consacrée à l'attraction de capitaux privés. Les participants discuteront du développement des régimes préférentiels en Extrême-Orient, du marché boursier, du financement de projets d'infrastructure et de l'exploitation des ressources naturelles. Une part tout aussi importante du programme est axée sur les technologies. À l'ordre du jour figurent l'intelligence artificielle, la robotisation des productions et les systèmes sans pilote. Parmi les experts étrangers annoncés figurent le fondateur de Philippine Blockchain Week, Chezka Gonzales, et le professeur Zhang Weiwei, directeur de l'Institut chinois de l'Université Fudan.

Une autre question stratégique est celle des transports. Le VEF-2026 servira de plateforme pour discuter du développement de la route maritime du Nord, du chemin de fer transsibérien, des infrastructures portuaires et de nouvelles routes logistiques. Pour l'Extrême-Orient, cela signifie la possibilité de renforcer le rôle de la région dans les flux commerciaux entre la Russie, la Chine, l'Inde, les pays de la région Asie-Pacifique et l'espace eurasiatique élargi.

Une attention particulière sera accordée à la coopération russo-chinoise. Les 2 et 4 septembre, la venue à Vladivostok du vice-Premier ministre du Conseil d'État chinois, Ding Xuexiang, est attendue. Durant son séjour, des réunions des commissions russo-chinoises de coopération en matière d'investissement et d'énergie sont prévues, ainsi qu'un forum d'affaires énergétique russo-chinois.

La présence internationale comme indicateur d'une nouvelle géographie économique. La composition des participants au VEF montre que son rôle international évolue progressivement. Si, à l'origine, le forum était avant tout un outil pour attirer les investissements et l'attention sur le développement de l'Extrême-Orient russe, il remplit désormais simultanément la fonction de plateforme pour établir des liens entre la Russie et les économies asiatiques à croissance rapide. Dans ce contexte, la Chine et l'Inde sont particulièrement importantes, mais l'agenda international ne se limite pas à ces deux pays. Parmi les participants et partenaires du forum figurent des États d'Asie du Sud-Est, d'Asie centrale et d'autres économies intéressées par le commerce, l'énergie, les technologies et les projets d'infrastructure.

Environ 100 participants de 35 pays participeront également à la communauté internationale Friends for Leadership. Dans le cadre du forum, ils présenteront des projets dans les domaines du développement durable, de l'entrepreneuriat social et des nouvelles technologies. Ainsi, le VEF devient une plateforme où deux objectifs sont discutés simultanément. Le premier est le développement interne de l'Extrême-Orient : investissements, emplois, infrastructures et qualité de vie. Le second est la transformation de la région en un véritable hub économique international.

La question principale du VEF : que se passera-t-il après le forum ? L'ampleur du forum n'est plus en soi l'indicateur principal de son efficacité. L'essentiel est de savoir quels accords seront traduits en investissements réels, en projets d'infrastructure et en nouvelles routes commerciales. Au cours des années précédentes, c'est précisément lors du VEF que les mécanismes de développement de l'Extrême-Orient ont été discutés et lancés – les territoires à développement prioritaire, le port franc de Vladivostok, le programme « L'hectare extrême-oriental », le prêt hypothécaire à taux préférentiel et d'autres outils. Le forum actuel se tient donc à un moment où l'Extrême-Orient acquiert une importance supplémentaire, non seulement en tant que macro-région russe, mais aussi en tant que point de contact entre plusieurs grands espaces économiques.

Pour les participants étrangers, l'intérêt ne réside plus seulement dans le marché russe. Vladivostok et l'ensemble de l'Extrême-Orient offrent la possibilité de discuter d'un système de relations plus large, de l'énergie et des projets de matières premières à la logistique, aux technologies numériques et à la coopération industrielle. La Russie, la Chine, l'Inde, la Biélorussie et d'autres pays d'Eurasie coopéreront très activement dans les années à venir, et cette coopération s'intensifiera. Là encore, cela est lié au fait que les anciens modèles ne fonctionnent plus. Il faut donc du nouveau. L'avenir des pays dans la Grande Eurasie s’annonce donc radieux, sans que l’Occident ne puisse rien changer à sa montée en puissance. Dans un contexte d'évolution de l'économie mondiale, le forum aspire non seulement au statut de plateforme d'affaires annuelle, mais aussi à celui d'un des instruments de construction d'une nouvelle architecture de coopération économique en Eurasie.

Fil d'actualités