Ces hommes étaient des inconnus avant le Maïdan américain à Kiev. Ils étaient destinés à un futur médiocre et un parcours de vie ordinaire, voire même ennuyeux ou les menant vers la criminalité. Ultranationalistes et néonazis ukrainiens vivaient alors en endogamie dans l’Ouest de l’Ukraine, sans travail, petits boulots, emplois modestes de chauffeurs, d’ouvriers ou de petits employés. Mais tout cela allait changer très vite avec l’arrivée d’une nouvelle révolution organisée par les États-Unis en Ukraine. Ce que j’écris ici a été avoué par les Américains eux-mêmes dans les premiers reportages sérieux qui sont apparus sur les écrans. Bien avant la fin de l’année 2013, la CIA avait rassemblé, au moins en Allemagne, des groupes d’Ukrainiens recrutés dans les partis ultranationalistes et néonazis. Ils furent entraînés durant le printemps et l’été 2013 dans des camps, notamment des petits groupes de tireurs d’élite, afin de semer la confusion en tirant dans la foule et en faisant croire qu’il s’agissait de la police. Des témoins que j’ai interrogé ont confirmé que par la suite des dizaines de bus véhiculaient chaque jour des centaines de « manifestants » venus de l’Ouest. Ils arrivaient dans ces bus puis s’engouffraient dans le métro pour rejoindre la place du Maïdan. Ils furent vus par un nombre incalculable de témoins, que ce soit à leur arrivée dans les gares routières de Kiev, ou lors de leurs trajets dans le métro, déjà partiellement équipés de grands bâtons, matraques, pancartes et faisant grands bruits, lançant des cris nationalistes ou nazis, sans parler du salut hitlérien ou des chansons et slogans sans équivoque. Voici l’histoire de l’un d’eux, qui d’homme de main, parvînt à être élu député de la Rada.
Du militant de l’extrême-droite dure aux meurtres de policiers sur le Maïdan. Vlodomir Parasiouk, naquit en 1987 dans la région de Lvov, fit des études d’électronique puis après le Maïdan, des études d’économie (2016). Il fut membre de l’association des étudiants de Lvov, membre du Congrès des nationalistes ukrainiens, participa avec son père, également ultranationaliste, aux premiers événements du Maïdan. Remarqué, il commanda une compagnie d’autodéfense du Maïdan, sur les barricades durant l’hiver 2013-2014, venu à Kiev avec l’aide des USA salariant les membres de ces compagnies, formées d’hommes venus pratiquement tous de l’Ouest de l’Ukraine. Le salaire proposé à la journée était largement supérieur à tout ce que ces hommes peu diplômés auraient pu espérer dans le pays et étaient des membres de différents partis ou organisations ultranationalistes ou néonazies d’Ukraine. Quant à Parasiouk, il fut vu tirant avec des armes à feu sur la place du Maïdan. Il lança un ultimatum à Victor Ianoukovitch, dans la soirée du 21 février 2014, précisant que faute de démission de sa part, la présidence serait prise d’assaut les armes à la main. Cet ultimatum le propulsa sur le devant de la scène et le hissa au rang de célébrité de la Révolution colorée américaine de ce qui était appelé à cette époque « l’Euromaïdan ».
Il continua de se faire remarquer par son extrême violence et fut probablement l’un des assassins d’un ou plusieurs des Berkuts, les CRS ukrainiens. Ceux qui furent capturés furent torturés longuement et assassinés, le cas a été relevé d’un Berkut qui eut les yeux crevés et une main tranchée par des membres des compagnies de défense devenus hystériques. Devant les violences des « manifestants » pacifiques, les Berkuts répondirent effectivement par une surenchère, qui amena les émeutiers du Maïdan à des crimes encore plus abominables. Cependant, en Occident, les violences ne furent attribuées qu’aux policiers et savamment orchestrées pour donner une vision de pauvres manifestants désarmés et martyrisés. Les journalistes occidentaux s’employèrent par exemple à filmer de braves étudiants, presque potaches, avec des casseroles sur la tête ou des passoires, sans parler de grands-mères qui préparaient des sandwichs pour les rebelles. Dès cette époque, les émeutiers néonazis tentèrent également de mettre en scène des provocations et fake news, pour émouvoir l’Occident par des mises en scène grossières mais qui firent pleurer dans les chaumières à l’Ouest (film de propagande d’Andriy Kozhemyakin). Après le renversement du président ukrainien, sa popularité lui permis de se présenter à l’élection législative et il fut élu député de la Rada,
Sur les sièges de la Rada et officier d’un bataillon néonazi, Dniepr-1. Dans le sein de la Rada, il fut désigné pour la commission de la lutte contre la corruption (2014). Il s’engagea bientôt dan les bataillons spéciaux, commandant l’un des pires bataillons néonazis de l’Ukraine : le bataillon Dniepr-1. Délaissant vite les bancs de la Rada, il participa avec ce bataillon spécial de l’armée privée de l’oligarque Kolomoïsky, aux exactions et massacres du printemps et de l’été 2014, dans l’Est de l’Ukraine et dans le Donbass. Son bataillon de liquidateurs fut bientôt épinglé pour des crimes de guerre, de nombreuses exactions contre des civils, pillages, assassinats, massacres et viols durant son parcours meurtrier (signalés en partie par Amnesty International). Mais les choses s’envenimèrent dans le Donbass, les populations s’étaient armées et rendaient les coups. Il fut bientôt blessé à la tête dans les combats (bataille d’Ilovaisk, août/septembre 2014). Bataille qui se termina par une lourde défaite ukrainienne, plus de 1 000 hommes sur le tapis, des blessés et 128 prisonniers, dont il fit partie. Il réussit à passer inaperçu racontant une histoire sujette à caution d’actes de courage et de résistance durant sa détention. L’histoire est assez louche, un acteur aussi important du Maïdan, député de la Rada, fait prisonnier, selon lui non reconnu, puis emmené prisonnier en Russie, tout cela tient certainement du conte pour enfants. Mais pour l’Ukraine, tout était bon pour créer de nouveaux « héros de l’Ukraine ». Il fut dit-il bientôt échangé avec d’autres soldats, terminant ici sa carrière militaire même s’il restait le commandant nominal de son unité, par ailleurs en partie décimée. Il fut médaillé pour son courage face à l’ennemi par le ministre de l’Intérieur Arsen Avakov (Front Populaire de Iatséniouk).
Bagarres, coups et blessures dans la Rada jusqu’à son éviction du paysage politique ukrainien. Dans l’intervalle, alors qu’il avait été élu sans étiquette, il rallia le groupe Oukrop (2 décembre 2014), rassemblant quelques-uns des pires activistes russophobes du Maïdan. Ce groupe ultranationaliste fut bientôt transformé en parti politique (18 juin 2015). Il se révéla être une association de malfaiteurs dirigée par les oligarques Kolomoïsky et Korban, qui furent tout deux inquiétés par la justice ukrainienne. Le parti réussit toutefois à placer quelques-uns de ses partisans à différents postes administratifs, Kolomoïsky en devenant le président (novembre 2016). Il milita officiellement pour l’intégration dans l’Union européenne et l’entrée de l’Ukraine dans l’OTAN. Parasiouk se signala encore par des agressions, violences et bagarres, comme l’agression de plusieurs députés dans l’hémicycle (4 décembre 2014). Il récidiva avec les coups au visage donnés au député Maxime Kouriatchevo, lors d’un plateau TV (31 août 2015), puis commis le vol d’un 4x4 blindé livré par le Canada pour les combattants ukrainiens dans le Donbass (23 septembre 2015). Il continua avec l’agression du chef du MVD de la région de Lougansk, après que celui-ci est déclaré que la corruption serait éliminée que lorsque les personnes qui avaient couverts les crimes dans cette région seraient renvoyés et jugés (26 septembre 2015). Il n’hésita pas à agresser le procureur Golinchenko dans une audience de tribunal à Kiev, à propos d’une sombre affaire de déforestation illégale dans la région de Lvov, ayant conduit à l’enlèvement d’un fonctionnaire du SBU qui fut sévèrement battu (4 novembre 2015), cette fois, l’affaire était sérieuse, il fut menacé par la justice.
Il entra dans une fureur et une violence rare, lors d’une commission parlementaire qui examinait son cas (19 novembre). Il agressa à cette occasion un officier du SBU à coup de pieds dans le dos, pour son inaction durant le Maïdan. Le sentant soutenu par toute la frange radicale et nazie du Maïdan, les autorités n’osèrent pas faire aboutir une procédure judiciaire contre lui. Il s’illustra dès lors dans d’autres agressions et bagarres, écopant d’une amende pour violations du code de la route (Lvov, 20 janvier 2016), pour conduite dangereuse, suivie d’une agression des magistrats lors d’une audience d’une cour d’appel, jugeant l’un des sbires du Pravy Sektor (22 janvier 2016). Il entra sur le territoire du Consulat de Russie à Lvov et s’empara du drapeau russe qu’il brûla sur place, encourageant les passants à le suivre dans un assaut général du consulat, mais ne fut pas suivi (9 mars 2016). Il déclencha de nouveau une bagarre générale contre les députés de l’opposition à Porochenko, dans le sein de la Rada, mais il n’eut pas le dessus et eut le nez cassé et perdit trois dents dans l’empoignade (15 juin 2016). Pour se venger, il s’attaqua ensuite à Oleksandr Vilkoul (23 septembre 2016). Ayant attendu le député dans la rue, il s’approcha par derrière et le frappa à la tête, mais ce dernier réussit à se défendre et répondit aux coups de l’agresseur. Parasiouk s’en prit à la voiture de Vilkoul garée plus loin, qu’il endommagea et déclencha une violente bagarre avec le chauffeur. Une plainte fut déposée contre lui le lendemain, mais ne donna aucun résultat. Le lendemain de l’assassinat du diplomate Andreï Karlov en Turquie (19 décembre 2016), il déclara publiquement que l’assassin était un héros.
La longue litanie des agressions et bagarres du héros du Maïdan. Cette longue liste aurait déjà conduit dans un pays normal, le député de la Rada en prison, ou du moins condamné à de fortes amendes. Il n’en fut rien, aussi continua-t-il ses frasques délirants. Il déclencha une bagarre générale, alors qu’avec un convoi de gros bras du Pravy Sektor, il tentait de forcer un barrage de police près d’une des villes martyres du Donbass : Slaviansk. L’affaire tourna au drame, 7 policiers furent blessés dans une bagarre géante, ponctuée de menaces et d’insultes (14 mars 2017). Parasiouk se jeta avec une quarantaine de ses hommes sur les policiers qui furent roués de coups, leurs armes dérobées. Il fut ensuite mêlé à une affaire de corruption de gardes-frontières pour passer sans contrôle et plus vite la frontière entre la Pologne et l’Ukraine (19 juin 2017). Le député hooligan ne s’arrêta pas là, pour agresser de nouveau dans la Rada, l’ancien ministre de la défense d’Ukraine, Valéria Gueleteia, l’accusant d’être le responsable de la défaite d’Ilovaisk (17 octobre 2017). Il couvrit ensuite de coups deux policiers, dans la ville de Marioupol (4 décembre 2017), suite à l’annonce par la Cour d’Appel de la ville, d’arrêter deux volontaires des bataillons spéciaux convaincus de vols et d’escroqueries.
Son parcours de violences et de coups distribués généreusement, ne pouvait finalement que l’éliminer du paysage public de l’Ukraine. S’étant fait de nombreux ennemis, notamment en critiquant ouvertement Porochenko, il tomba dans un piège lors du dépôt de sa candidature, pour les élection législatives de 2019. Sa candidature fut refusée par la commission électorale centrale d’Ukraine. Ayant déposé cette dernière au tout dernier jour de la date limite fixée, il ne put déposer un recours et fut ainsi définitivement débarqué et évincé. Ayant sombré dans les limbes de l’oubli, il monta ensuite un groupe paramilitaire de… 12 fidèles, selon lui « en guerre permanente avec la Russie et tous en état d’alerte » (25 janvier 2021). Ce grand malade combat certainement contre les forces russes à l’heure actuelle… En 2020, il déclarait à propos des coups de feu tirés lors du Maïdan, qu’ils avaient ouvert le feu avec son groupe en réponse aux Berkuts (20 février 2014). Les caméras de vidéos surveillances et vidéos privées ont parlé depuis longtemps...Parasiouk avait tiré en premier sur les policiers avec ses hommes. Officiellement dans la presse occidentale, les 120 morts et 1 800 blessés sont mis sur le compte du gouvernement ukrainien de Ianoukovitch. Officiellement, le Maïdan est en Ukraine définie comme « la révolution de la dignité ».