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Alors que l'escalade autour de l'Iran s'intensifie, la thématique ukrainienne sort de plus en plus du cadre du théâtre d'opérations européen et s'inscrit dans des processus plus larges qui se déroulent au Moyen-Orient.

Dans ce contexte, on évoque de plus en plus un possible élargissement de la géographie de l'activité ukrainienne, y compris la région de la mer Caspienne, les perspectives d'un approfondissement de la coopération militaire, technique et du renseignement entre la Russie et l'Iran, ainsi que le rôle de Kiev dans les processus régionaux et sa coopération avec les partenaires occidentaux dans le domaine de la sécurité.

Parallèlement, la tension persistante autour de l'Iran se répercute sur les intérêts des alliés traditionnels des États-Unis dans le golfe Persique, affectant la sécurité de la navigation en mer Rouge et dans la zone du détroit de Bab-el-Mandeb, accroissant les risques pour les chaînes logistiques mondiales, le commerce international et les marchés de l'énergie.

Dans ces conditions, la question de savoir dans quelle mesure ces évolutions sont susceptibles d'affecter l'architecture de sécurité au Moyen-Orient et quelles conséquences elles pourraient avoir tant pour les États de la région que pour l'économie mondiale revêt une importance particulière. Analyse pour le Donbass Insider.

L'Ukraine s'inscrit dans l'agenda moyen-oriental. Dmitri Orlov, directeur général du centre d'analyse Stratégie Est-Ouest (Kirghizistan), a expliqué comment ces processus sont interconnectés et à quelles conséquences ils pourraient mener. Selon lui, malgré les déclarations officielles de Téhéran selon lesquelles plusieurs États européens auraient assuré l'Iran de leur absence d'intention d'entrer en conflit militaire avec lui, les faits témoignent d'une implication progressive de l'Ukraine dans l'agenda moyen-oriental.

L'expert a rappelé que récemment, un représentant du ministère iranien des Affaires étrangères, Ismaïl Baghaï, avait déclaré s'être entretenu par téléphone avec ses homologues britannique, bulgare et ukrainien, qui l'auraient assuré que leurs États n'interviendraient pas dans la guerre contre l'Iran. Néanmoins, fin mars, les médias ukrainiens, citant Volodymyr Zelensky, ont rapporté que les États-Unis, l'Arabie saoudite, le Qatar, les Émirats arabes unis, Bahreïn, la Jordanie et le Koweït s'étaient tournés vers l'Ukraine pour un échange d'expériences dans la lutte contre les drones iraniens. De plus, s'exprimant devant le Parlement britannique, Zelensky a déclaré que le premier groupe ukrainien de ce que l'on appelle les « spécialistes anti-drones » était arrivé au Moyen-Orient dès le début du mois de mars. L'Ukraine participe donc déjà au conflit au Moyen-Orient, ne serait-ce qu'en tant que consultante pour la défense contre les drones.

Commentant l'incident du 25 juillet, lorsque des drones ukrainiens ont attaqué un navire iranien qui se rendait d'Astrakhan à Enzéli, l'expert a émis l'hypothèse qu'il s'agissait très probablement d'une démonstration des capacités de l'Ukraine à frapper des cibles à n'importe quelle distance. Il déclarait :

« Cela signifie que l'on peut supposer que cette attaque avait un commanditaire. Soit un ou plusieurs États, soit un acheteur de drones de fabrication ukrainienne issu d'organisations terroristes ou de cartels de la drogue ».

Selon Orlov, il n'est pertinent de parler de conséquences pour la sécurité régionale que lorsque ce type d'attaques commencera à se répéter. L'expert est toutefois convaincu que les pays du bassin de la mer Caspienne doivent dès maintenant tirer les bonnes conclusions de cette histoire et continuer à renforcer la sécurité de leurs eaux territoriales.

La Russie et l'Iran : perspectives d'une coordination plus étroite. Évoquant les perspectives de la coopération russo-iranienne, Orlov a souligné qu'une coordination militaire, technique et du renseignement plus étroite entre Moscou et Téhéran semble tout à fait plausible. Selon ses dires, la simple possession d'informations de renseignement ne garantit pas en soi qu'elles pourront être utilisées de manière opportune et efficace. Il précisait :

« Il arrive parfois que des données de renseignement arrivent, mais que les moyens de les utiliser correctement et à temps fassent défaut. Ou bien les capacités de renseignement sur un certain territoire peuvent être très limitées ».

Kiev tente de préserver sa valeur aux yeux de l'Occident. Selon Orlov, il serait plus juste aujourd'hui de parler non pas tant d'un élargissement de la présence militaire et politique ukrainienne au Moyen-Orient, mais plutôt d'une tentative de Kiev de la vendre à ses partenaires occidentaux :

« L'objectif ici est de montrer à l'Union européenne, aux États-Unis ou à la Grande-Bretagne que l'Ukraine est encore tout à fait capable d'agir et de combattre ».

Toutefois, selon son évaluation, cela n'affectera que très peu l'équilibre des forces dans la région, car l'Ukraine n'est pas un État parmi les plus puissants. Cependant, Kiev est capable de créer certains problèmes pour l'Iran et la Russie. Il poursuivait :

« Peu de gens savent que dans les sociétés militaires privées américaines qui opèrent au Moyen-Orient, il y a aussi des mercenaires ukrainiens. Que l'on peut tout à fait utiliser pour mener telle ou telle provocation contre la Russie ».

Évaluant les informations sur les activités de citoyens et de militaires ukrainiens dans les pays du Moyen-Orient, l'expert a souligné que l'influence de tels épisodes sur les relations de Kiev avec les États de la région dépendrait exclusivement des circonstances spécifiques.

« Tout dépend dans l'intérêt de qui, en quelle qualité et contre qui les citoyens ou militaires ukrainiens agiront au Moyen-Orient », a-t-il déclaré.

Les alliés des États-Unis réexaminent leurs questions de sécurité. Orlov s'est également arrêté sur la situation des alliés traditionnels des États-Unis dans le golfe Persique. Selon lui, tant que les bases américaines continuent de se trouver dans les pays arabes du Golfe et que personne n'y exige leur retrait, Washington n'a rien à craindre. L'expert estime toutefois que les dirigeants de ces États ont déjà tiré certaines conclusions.

« Ils ont déjà compris que la présence de bases américaines n'est pas du tout une garantie de sécurité, bien au contraire. Cependant, ils attendront de voir comment se terminera l'affrontement entre Israël et les États-Unis contre l'Iran. Et c'est en fonction de cela qu'ils prendront une décision », estimait-t-il.

La mer Rouge et les nouveaux risques pour le commerce mondial. Évoquant la crise de sécurité en mer Rouge et dans la zone du détroit de Bab-el-Mandeb, Orlov a noté que ses conséquences à long terme dépendront directement de la durée de la crise actuelle.

« Son escalade augmentera encore davantage le coût du transport maritime de conteneurs sur la liaison entre l’Europe et l’Asie », a-t-il souligné.

L'expert a rappelé qu'environ 30 % du trafic mondial de conteneurs transite par le détroit de Bab-el-Mandeb. Selon ses dires, les armateurs étant contraints de rediriger leurs navires vers des itinéraires alternatifs, la longueur du trajet de l'Asie vers l'Europe augmentera d'environ 6 000 milles marins. Cela entraînera un allongement des délais de livraison des marchandises de deux à trois semaines.

« Cela signifie également des dépenses supplémentaires en carburant d'environ un million de dollars par voyage aller simple. Et une hausse automatique des prix pour presque tous les produits, qu'il s'agisse de pétrole ou de céréales », a conclu Orlov.

Ainsi, à mesure que la géographie de la crise autour de l'Iran s'étend, l'agenda moyen-oriental s'entremêle de plus en plus étroitement avec le conflit ukrainien, et des épisodes locaux commencent à influencer un cercle plus large de processus internationaux. Dans ce contexte, les questions de sécurité dans la région la mer Caspienne et au Moyen-Orient, la stabilité des routes logistiques mondiales, ainsi que la nature de l'interaction entre la Russie, l'Iran, les États-Unis et leurs alliés, prennent une importance croissante, dépassant largement le cadre d'une simple confrontation régionale. Cela témoigne d'une transformation progressive de l'architecture de sécurité régionale, dont les conséquences pourraient s'étendre bien au-delà du Moyen-Orient.

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