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<>Nous roulons dans un fourgon blindé en direction des positions du bataillon Somalie. Depuis quelques jours les combats font rages sur les positions au-delà de Peski, alors que les Républicains tentent de pousser en direction de Pervomaïsk pour couper la route d’approvisionnement des Ukrainiens et tenter de rendre intenable la forteresse d’Avdeevka. Cette bataille dure depuis des jours, et n’est presque pas évoquée par les journalistes ou les divers activistes qui informent sur l’évolution du front. Me rendre dans un tel endroit est un honneur et une chance, car peu ou pas de journalistes peuvent accéder à cette partie du front, où je passerais quelques heures riches en témoignages et en émotions, ne serait-ce que pour interroger tous ces hommes sur ce qu’ils vivent actuellement et comment ils voient la suite de cette guerre. C’est un bataillon prestigieux que Somalie, qui fut commandé par Mikhaïl Tolstykh, dit Givi, assassiné à Donetsk par les Ukrainiens le 8 février 2017. Les hommes qui m’entourent lorsque nous arrivons dans leur forteresse sont tous du cru, tous ou presque sont nés dans cette terre du Donbass.

Sergueï, 8 ans de combat pour sa terre et la liberté. Sergueï est au début de la quarantaine, père de trois filles, il est déjà grand-père et m’explique que sa famille est à l’abri, mais qu’il n’a jamais voulu renoncer à défendre ce qu’il considère comme sa patrie. Il raconte : « C’était une évidence, je n’ai pas pensé toutefois que le Maïdan nous apporterait cette guerre, c’était lointain et cela nous ne intéressait que faiblement. Mais très vite, avec les événements en Crimée, puis surtout à Kharkov, Slaviansk, Odessa ou Marioupol j’ai compris que nous allions devoir nous défendre. Nous avions espéré ; et cru même ; que cela se déroulerait comme pour la Crimée, une formalité, et nous étions tellement heureux de revenir à la Russie, au-delà du Donbass, la Russie est notre patrie comme à tous les gars que vous voyez autour de vous. Il a fallu se battre, j’ai servi d’abord dans les milices, et dans d’autres unités, et je sers désormais dans le bataillon Somalie, où je suis adjudant-chef. Personne ici n’aurait pensé que cette guerre durerait dans le temps, nous pensions que la Russie interviendrait plus tôt, mais nous avons tenu bon et nous étions heureux quand l’opération spéciale a été déclenchée par la Russie. Enfin nous allions en finir. Honnêtement je pensais que cela irait vite, comme beaucoup par ailleurs, mais je sais que la victoire sera à nous, il n’en sera pas autrement. Est-ce que cela va durer longtemps ? Je pense que oui, nous sommes maintenant dans une guerre contre les forces de l’OTAN, mais quoi qu’il arrive nous vaincrons et nous paierons le prix qu’il faut pour cela ».

Les deux cochons du bataillon, Porochenko et Zelensky. Les questions fusent et Sergueï a cœur à me montrer leur forteresse avant que je poursuive un peu plus loin. C’est une ancienne mine, les infrastructures ont été pulvérisées par des années de bombardements, mais elles servent aussi de retranchement et de base à l’arrière immédiat des premières lignes. D’ici il faut environ 10 minutes à pied pour les rejoindre, mais c’est un parcours dangereux. Les Ukrainiens possèdent en effet quantité de drones d’observation, et ont installé également des caméras fixes cachées dans les arbres ou des bâtiments. Il m’explique que certains de ses hommes attendent pour partir relever des camarades, il faut attendre la nuit pour se faufiler. Un blessé est annoncé, car non loin se déroulent des combats et l’artillerie des Républicains tire pour soutenir l’attaque. Il continue : « Nous avons un bon moral, nous savons que cela ne sera pas facile, mais nous n’avons pas tenu tout ce temps pour rien. Ces soldats sont expérimentés, beaucoup combattent comme moi depuis 8 ans et nous avons reçu l’apport de mobilisés dernièrement. Nous nous occupons de les former et de leur apporter notre expérience. Dans cette base nous avons tout ce qu’il nous faut, nous pouvons tenir un siège ! Nous avons même une douche improvisée, un réfectoire et nous avons aménagé des dortoirs pour se reposer. Il y a même une infirmerie et plus loin un enclos où nous avons deux cochons ! Nos gars s’occuperont d’eux cet hiver et nous les transformeront en saucisson ! ». Je demande en rigolant quels sont les noms des deux animaux, un soldat hilare me répond : « Porochenko ! » et j’enchéris pour le second « Zelensky ? », ce qui fait rire tout le monde. Sept années plus tôt sur une position plus au Sud, j’avais filmé un enclos où les soldats entretenaient également plusieurs cochons, où ils avaient planté un drapeau ukrainien. Les Russes contrairement à ce que l’on peut croire ont toujours beaucoup d’humour et d’espièglerie.

Nous devrons détruire l’Ukraine et reprendre ce qui a toujours été la Russie. Nous progressons dans les étages du complexe, ici tout a été détruit depuis longtemps, des impacts plus ou moins récents d’obus s’égrènent partout, mais les murs très épais protègent efficacement les combattants. La conversation se poursuit dans ces ruines, nous apercevons une hauteur qui est tenue par le bataillon Somalie, les bruits des combats tout proches montrent bien qu’ici l’initiative reste aux combattants de la République de Donetsk. La veille Sergueï m’explique que lors d’un assaut qui s’était terminé à la grenade, ils avaient fait deux prisonniers ukrainiens. L’un était originaire d’Odessa, le second d’Ivano-Frankovsk, et furent immédiatement envoyés à l’État-major. Les combats sont rudes car les positions ennemies ont été préparées de longue date, Sergueï poursuit : « Ce sera long et sanglant, mais à votre question sur ce que nous devons faire dans la suite de cette guerre, je pense que nous devons aller jusqu’au bout. Nous devons reprendre ce qui a été la Russie, et même pousser jusqu’à Lvov pour en finir une bonne fois pour toute. Cette guerre marquera l’histoire, c’est un combat juste et noble, nous sommes chez nous, c’est notre terre et nous n’abandonnerons jamais le combat. La motivation de tous est forte, nous combattons depuis si longtemps ici dans le Donbass, ce soldat là-bas s’appelle Sergueï, sa maison est à peine à quelques centaines de mètres d’ici. Moi-même je suis d’Avdeyevka, tout un symbole. Ils sont bien armés en face, ils ont derrière eux le soutien de l’OTAN, des armes, des équipements en nombre, mais s’ils croient que nous nous arrêterons avant la victoire, ils se trompent ! ». La mission se poursuit, je parle encore à plusieurs soldats, il y a Sourgout, ou encore Fantomas, les surnoms que les soldats ont reçu et bien d’autres, tous ont l’air grave. On peut percevoir leur volonté et l’un d’eux en rigolant me montre un patch qu’il porte sur le bras : « Éreinté mais pas brisé ! ». Cela résume tout, s’ils ont enduré 8 ans de guerre cette dernière n’a pas pu venir à bout de leur détermination.

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