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La prostitution en France n’est pas une nouveauté, elle existe depuis toujours et a été beaucoup documentée par les historiens. Paris a toujours été une plaque tournante, par son statut de capitale et le Palais Royal était l’un des rendez-vous les plus connus à la fin de l’Ancien Régime. Au début de la Révolution, le départ des volontaires, bataillons de fédérés et de volontaires nationaux aux armées, notamment vers le Nord et l’Est de la France, provoqua une exode… de 20 000 filles de petite vertu suivant les soldats et provoquant des plaintes nombreuses de commissaires, conventionnels en mission ou d’officiers généraux. Par la suite, la présence aux armées des femmes fut réglementée par des règles strictes, instituées par Napoléon. La prostitution bien sûr resta une constante, avec des évolutions et des lois, jusqu’à nos jours.

La plus grande évolution fut la décision de fermer les maisons closes en 1946, puis à la fin de l’ère François Hollande, en 2016, la décision de pénalisation des clients de la prostitution. Sous l’ère Macron un phénomène inquiétant s’est développé : la prostitution des mineurs. Le nombre de victimes mineures exploitées par des réseaux de prostitution a explosé de 43 %, entre 2021 et 2025, concernant selon les enquêtes de 10 à 20 000 mineurs se prostituant, pour différentes raisons. La prostitution est en effet en pleine mutation, par le fait d’une offre s’étant déplacée sur Internet et en ligne, disparaissant des rues, pour devenir invisible, plus massive, plus discrète et difficilement contrôlable. Des trottoirs, la prostitution en ligne, avec le phénomène des « escorts », filles ou garçons, a déplacé les passes vers des lieux privés, des appartements, eux mêmes loués en ligne pour de courtes durées et rendant compliqué la lutte contre le fléau.

Dans cet article de Souveraineté Populaire, nous allons passer en revue le problème, en faisant un peu d’histoire, pour se concentrer ensuite sur la problématique actuelle, notamment l’inquiétant développement de la prostitution des mineurs, mais aussi celle des étudiants. Malgré des plans nationaux, la Macronie n’a toujours pas compris que la seule façon de lutter contre la prostitution de manière efficace, c’est combattre… la misère. Mais encore aurait-il fallu lire, au minimum Les Misérables de Victor Hugo…

La prostitution en France de la Révolution à la Ve République. Si la prostitution était interdite par les lois de l’Ancien Régime, il faut savoir qu’elle fut dépénalisée par l’Assemblée Constituante, par le code pénal de 1791. Dans cet espace du chaos, de la guerre civile et aux frontières, la période fut anarchique, ce que je décrivais sobrement dans l’introduction de l’article. Sous Napoléon, dès 1804, des arrêtés de la préfecture de police de Paris instaurèrent un fichage systématique des prostituées, imposant des visites médicales obligatoires, afin de lutter contre les maladies vénériennes faisant des ravages, notamment aux armées. Les prostituées devaient s’enregistrer, se soumettre aux examens médicaux et ne pouvant exercer que dans des lieux spécifiques et autorisés : les maisons de tolérance. En 1836, le médecin hygiéniste Parent-Duchâtelet publia une vaste étude, dénommée De la prostitution dans la ville de Paris », devenant bientôt une référence scientifique. Il justifiait ce contrôle des prostituées, vues comme un danger et une source de propagation de maladies vénériennes.

Au XXe siècle, un mouvement abolitionniste de la prostitution commença à se développer, en parallèle des mouvements féministes. Des militants, comme Marcelle Legrand Falco estimaient que l’État ne devait pas réglementer, ni interdire la prostitution, mais lutter contre les causes de cette dernière, contre la misère et réprimer sévèrement le proxénétisme. Le système de contrôle était accusé d’être inefficace, humiliant et favorisant la corruption. Après la Seconde Guerre mondiale, le tournant décisif fut la Loi Marthe Richard, portant le nom d’une conseillère municipale de Paris, qui fut votée par les Parlements, le 13 avril 1946. La loi ordonnait la fermeture immédiate de toutes les maisons closes de France. Cette décision, portée par une ancienne prostituée devenue résistante, fut présentée comme une rupture profonde avec un passé honteux. Paris avait été notamment une destination d’un tourisme sexuel, notamment d’élites et de gens fortunés, faisant de Paris une vitrine mondiale des maisons closes. Pendant l’Occupation, Paris, « bordel géant » fut exploitée par les Allemands et de nombreuses prostituées furent vues comme des collaboratrices des nazis, des lieux où se retrouvaient aussi toute la collaboration française. La France par cette loi adopta pour la première fois une position abolitionniste, ratifiant sous Charles de Gaulle, la convention de l’ONU définissant la prostitution comme : « incompatible avec la dignité de la personne humaine » (1960).

Des effets de la loi, des BMC et de la clandestinité. Malgré les lois, la prostitution continua de proliférer, créant de sérieux problèmes par l’entrée de tous les réseaux dans la clandestinité. Cependant, l’armée française continua officiellement à gérer des BMC, des Bordels Militaires de Campagne, notamment durant la Guerre d’Indochine (1946-1954), confrontée à de lourdes pertes parmi les soldats par les maladies vénériennes, dont 70 000 cas de chancre mou, 104 000 de syphilis et 173 000 de blennorragie recensés durant la guerre. Le haut commandement de l’armée justifiait les BMC, comme moyen de protéger les civils de viols et de préserver le secret des opérations militaires. Les BMC poursuivirent leur existence durant la Guerre d’Algérie (1954-1962), tandis que le tout dernier BMC était fermé en Guyane en 1955. Cependant, la Légion étrangère garda quant à elle son BMC, en Corse, à Calvi jusqu’en 1978… Cependant, en territoire étranger, par le fait d’une base française à Djibouti, un BMC de la Légion étrangère fut encore signalé jusqu’en 2003.

Le phénomène de la nouvelle loi provoqua paradoxalement un nouvel âge d’or des proxénètes, le développement de zones de non droit, un trafic humain de plus en plus intense, par ailleurs bientôt alimenté par la venue de prostituées issues du monde entier, par les phénomènes de migrations. Livrées à des réseaux criminels et pressées par la police des mœurs, les prostituées se mobilisèrent à Lyon, en occupant l’église Saint-Nizier (1975), pour protester : « contre les violences policières et leur précarité ». Le mouvement ne changea rien, alors que dans les plus grandes villes de France, la prostitution s’était installée dans les rues, dans des zones bien définies et connues, puis se répandant dans les provinces et jusque dans les campagnes. Elles occupèrent bientôt des « camionnettes » ou des véhicules, sur les passages et réseaux routiers. A Paris, leur présence très visible pouvait s’étaler le long de certains boulevards, ou toute la misère du monde s’étalait successivement. L’apparition du SIDA dans les années 80, ne provoqua pas réellement un ralentissement de la prostitution.

De l’orée du XXIe siècle à nos jours. La prostitution s’était d’ailleurs organisée en mutant et dans un phénomène de « dames de compagnies », dites d’entraîneuses, devant inciter la clientèle à la consommation et parfois à celle de passes. Dans ces établissements, souvent des bars, bars de nuit, une forme de prostitution perdura, tandis que des maisons closes discrètes continuèrent de prospérer, parfois isolées, mais surtout camouflées sous des établissements respectables, des clubs privées et sélect, où des vigiles fermaient les entrées « aux inconnus ». Pour des raisons de soupape de sécurité, les forces policières et les politiques ne commencèrent en réalité jamais une réelle lutte abolitionniste, jugée ingérable. Avec le globalisme, se développa en parallèle de nouvelles destinations du tourisme sexuel, que l’on parle de prostitution adulte ou pédophile. La Thaïlande au premier chef, d’autres pays d’Asie ou d’Afrique, avec en Europe des îlots comme Amsterdam et les Pays-Bas, puis très vite les pays de l’Est, en particulier les pays baltes. Devenus faciles d’entrée, membres de l’Union européenne, des charters entiers n’ont cessé de déverser des hommes en recherche de « sensations » et de filles faciles.

Dans l’autre sens, un trafic humain s’instaura, contrôlé par des réseaux criminels souvent étrangers aux milieux français, ou simplement connectés : d’Albanie, de Roumanie, de Moldavie ou d’Ukraine, des esclaves sexuels furent « importés », arrivant aussi dans des pays limitrophes comme l’Italie. Ce trafic humain concernait beaucoup de mineurs, racolés dans ces pays proches de l’UE ou même membres et alimentant un marché souterrain criminel. En 2003, alors que Nicolas Sarkozy était Ministre de l’Intérieur, une loi sur la sécurité intérieure fut un retour à une logique prohibitionniste, en réintroduisant le délit de racolage passif, pénalisant cependant seulement les prostituées. Enfin en 2016, la loi dite prostitution officialisa la pénalisation des clients, avec une amende fixée à 1 500 euros, dépénalisant les prostituées désormais reconnues comme des victimes. La loi organisa un parcours de sorties de la prostitution, avec une aide financière et sociale pour celles souhaitant de leur propre volonté sortir du système. Les résultats de cette loi furent très mitigés, avec un nombre de clients verbalisés plutôt faible et les parcours de sorties ne concernant qu’environ 2 500 personnes en 10 ans. Avec l’appauvrissement de plus en plus important des Français, d’autres formes de prostitution se développèrent, d’abord dans les milieux les plus défavorisés, mais aussi étudiants. Cette prostitution s’enfonçait dans une clandestinité encore plus grande et vers une précarité accrue, permise aussi par l’explosion de la prostitution en ligne. Les victimes purent être déplacées régulièrement, vers des lieux privés sans cesse renouvelés, pour échapper aux contrôles et aux surveillances. Les réseaux sociaux devinrent un élément majeur des outils de la prostitution, autant de possibilités de mises en contact, avec l’apparition ténue de propositions s’infiltrant dans les commentaires, notamment par exemple sur Telegram, ou des plateformes déguisées et privées sur Discord. En 2026, la prostitution concernait environ 40 000 personnes en France, avec une majorité écrasante de femmes, pour une clientèle constituée à 99 % d’hommes. Selon l’Office central de lutte contre la traite des êtres humains, l’OCRETH, cette clientèle masculine concernait tous les milieux sociaux, des plus modestes aux plus fortunés et des hommes de tous âges.

La hausse majeure du nombre de mineures dans la prostitution. Devant les chiffres, la Mission interministérielle pour la protection des femmes contre les violences et la lutte contre la traite des êtres humains (Miprof), le nombre de mineurs explosa dans la prostitution de 43 % en seulement quatre ans, de 2021 à 2025. L’association Agir contre la Prostitution des enfants, l’ACPE, estimait en 2025, leur nombre à environ 20 000 (entre 10 et 12 000 selon d’autres sources), soit désormais la moitié des personnes se prostituant. L’âge d’entrée dans la prostitution pour les mineurs se situait vers 14 ou 15 ans. Dans cette année, les forces de l’ordre recensèrent 704 victimes, à 94 % des jeunes filles, avec un âge médian vers 15-17 ans. Ces jeunes filles étaient toutes en situation de vulnérabilité, décrochage scolaire, antécédents familiaux de violences, ou des cas d’enfants suivis par l’Aide sociale à l’enfance. L’immense majorité avait déjà subi des violences sexuelles, souvent intrafamiliales. Mais l’autre phénomène est la montée en puissance d’une nouvelle forme de proxénétisme. Ces proxénètes sont de plus en plus jeunes, souvent âgés de 20-25 ans, repérant de potentiels esclaves sexuels, pour des plateformes comme OnlyFans ou Mym. Dans le même temps, les recrutements se sont déplacés vers des réseaux sociaux de l’ultra consommation, des réseaux « fast food », comme Snapchat ou TikTok, permettant de faire miroiter de l’argent facile à des victimes fragiles.

Dans le même temps, la prostitution étudiante a également explosée, par le fait d’une pauvreté de plus en plus importante des étudiants, certains vivants avec des moyens dérisoires dans l’extrême pauvreté, avec moins de 200 euros par mois. L’association bordelaise Poppy, qui accompagne les travailleurs du sexe a signalé que la part des moins de 25 ans dans la prostitution est passée de 8 à 24 % en seulement deux ans, entre 2019 et 2021. Lors d’une question posée au Sénat français, il fut indiqué que 3 à 4 % des étudiants se prostituaient régulièrement et de 8 à 12 % envisageant de le faire, confrontés à des situations de vie infernales. Le phénomène a été aggravé par la hausse des coûts de la vie, des foyers, des études, de l’alimentation et l’absence quasi totale de structures étatiques pour venir en aide à ces étudiants. L’association bordelaise témoignait de l’échange contre du sexe d’hébergement ou d’un repas, la prostitution devenant un « job étudiant » par nécessité. Devant ces nouvelles formes de prostitution, les forces de l’ordre sont confrontés à la difficulté de repérer la prostitution logée, à savoir repliée dans des appartements, des lieux clos, voire des hôtels. Les effectifs misérables recrutés par le régime français pour la surveillance et la lutte contre la criminalité sur Internet, condamnent aussi à l’inefficacité et l’impuissance.

L’État se refusa à attaquer le problème à la source. La police des mœurs, la fameuse « Mondaine » fut supprimée par le Ministère de l’Intérieur, sous Giscard d’Estaing (1975), remplacée par une Brigade des stupéfiants et du proxénétisme, la BSP. La brigade mondaine avait été infiltrée par le banditisme et était empêtrée dans des affaires de corruption, d’extorsion et d’actes criminels. Ce rapprochement de deux services ne fut pas heureux, provoquant de nouveau sa scission en Brigade des Stupéfiants et Brigade de répression du proxénétisme, la BRP (1989). Cette police sur tout le territoire français, que l’on parle de la métropole ou de l’Outre-Mer ne comprend pas plus de 2 ou 300 personnels qualifiés… pour un pays de 69 millions d’habitants. Rattrapé par le scandale, la Macronie et les parlementaires ont décidé d’un premier plan national (2021), en lançant une ligne d’écoute dédiée au sein du 119. Cependant, comme nous l’avons vu, les 14 millions d’euros alloués n’eurent aucun effet, c’est à cette date que la prostitution des mineurs augmenta de 43 % entre 2021 et 2025. Rattrapés et ennuyés par le phénomène, la Macronie parla alors de « stratégie nationale » (2024). Selon ce nouveau plan, quatre objectifs étaient définis : améliorer la prévention, renforcer la prise en charge des victimes, mieux connaître le phénomène et assurer une meilleure coordination sociale. Se défaussant sur la sphère privée, un réseau d’accueil dédié, structuré par l’association Koutcha, devait permettre de créer des refuges pour les victimes. Un financement associatif de 6 millions d’euros sur trois ans (2024-2027), devait permettre de financer une cinquantaine de projets d’associations et de collectivités sur le territoire. Un budget dérisoire totalement dérisoire. Cette irresponsabilité et refus de créer des structures publiques, en lançant quelques misérables millions à des associations, sans parler de l’absence de mesure pour s’attaquer à la source des problèmes, n’a donné jusqu’à ce jour aucun résultat…

Les Misérables… à la tête de la France. En 2025, une proposition de loi pour 2026 fut rejetée. Il s’agissait d’un amendement au projet de loi des finances 2026, pour un fonds de 35 millions afin de créer des structures départementales, renforcer les hébergements existants sécurisés et former plus de professionnels… Cette proposition était soutenue pour l’essentiel par des députés du groupe Écologiste et Social. Il passa immédiatement à la poubelle des parlementaires, le pays étant aussi pris à la gorge par la politique de l’emprunt, près de 3 600 milliards de dettes, dont 1 300 contractés par le seul régime d’Emmanuel Macron. Les mineurs prostitués et les victimes pourront attendre… avec les sans dents et « salauds d’pauvres » dont j’ai décrit la situation il y a peu. Les associations ont prévenu que l’avenir sera sombre, avec une nouvelle progression attendue, de la prostitution des mineurs et de la prostitution tout court. Par l’acharnement d’une députée du Parti les Républicains, Marie Mercier, un texte fut toutefois adopté (10 février 2026), sur une proposition de loi visant : « à prohiber l’achat de services sexuels personnalisés et à lutter contre le proxénétisme en ligne ». Mais ce texte fut amputé d’amendements, notamment celui d’étendre l’infraction d’achats de services sexuels à des clients mineurs… La Macronie de son côté a révélé un nouveau plan de renforcement « de sa stratégie nationale de lutte contre le système prostitutionnel »… un plan vide et ne s’attaquant toujours pas à la source du mal : la misère sociale… Sans doute, aucun des membres de la Macronie n’aura lu Les Misérables… Fantine, la mère de Cosette ne sombra justement dans la prostitution et la plus grande déchéance, que par la misère noire où elle se trouvait. La Macronie des ultrariches répondra sans doute que tous ces pauvres… sont des « factieux », une populace devant être mise au pas, à coups de grenades et de flashballs…

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