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Prenant le contre-pied total de la propagande ukrainienne, mais aussi de certains pseudo-experts occidentaux, concernant l’issue d’une confrontation militaire entre Moscou et Kiev, deux experts américains ont écrit un article dans lequel ils expliquent que si la Russie attaquait l’Ukraine, elle pourrait atteindre le Dniepr en trois à quatre jours seulement, et que tant l’armée ukrainienne, que celle des États-Unis ne pourraient pas y changer grand-chose.

L’article est signé par Douglas Macgregor un vétéran décoré et ancien conseiller du Secrétaire à la Défense sous l’administration Trump, et par George Beebe, qui est un ancien directeur de l’analyse sur la Russie à la CIA, et un ancien conseiller du Vice-président Dick Cheney. On est loin du pedigree des pseudo experts comme celui qui nous a expliqué récemment que la Russie pourrait avoir du mal à vaincre l’Ukraine, à coup de calculs foireux sur le nombre de chars, la difficulté à traverser les tranchées de l’armée ukrainienne, ou le fait que l’aviation russe ne serait pas utilisée car ce serait trop dangereux pour elle.

Démontant totalement la propagande officielle des autorités de Kiev et ses panégyriques de l’armée ukrainienne, l’article explique pourquoi tant cette dernière que l’armée américaine ne pourraient pas faire grand-chose pour empêcher la Russie d’envahir l’Ukraine en un temps record (même la phase active de la guerre en Ossétie du Sud en 2008 a duré plus longtemps que le délai donné par les deux experts pour que l’armée russe atteigne le Dniepr).

L’article commence par expliquer que si sur le papier les États-Unis semblent être en capacité de contenir la Russie, la réalité sur le terrain est très différente, surtout concernant l’Ukraine.

« En ce qui concerne l'Ukraine, la Russie est mieux à même d'envoyer au combat un grand nombre de forces prêtes au combat, elle connaît mieux le terrain local et est bien plus préparée à entrer en guerre que les États-Unis, pour lesquels l'Ukraine n'est pas une question d'importance existentielle. [...] Et Moscou a très probablement prévu l'éventualité de sanctions américaines et européennes draconiennes et d'autres mesures punitives que Washington pourrait imposer en réponse. Si les choses se gâtent en Ukraine, il est très probable que la Russie gagne, et rapidement », écrivent les deux experts.

D’après leurs estimations, la Russie pourrait déployer 200 000 soldats sur un front de 600 km de long. L’article expose ensuite les points forts sur lesquelles l’armée russe pourra compter pour infliger de lourdes pertes à l’armée ukrainienne : lance-roquettes multiples Smerch, missiles Iskanders, mais aussi une bonne défense anti-aérienne avec les S-400 et les S-500, qui protégeraient les unités russes de toute attaque aérienne ou missile ukrainiens, sans oublier les nouveaux missiles développés en Russie.

« Si les forces russes attaquent, le ciel au-dessus des forces ukrainiennes sera encombré d'un mélange de drones de surveillance russes, d'aéronefs pilotés et, potentiellement, des nouvelles munitions rôdeuses russes. Il s'agit en fait de missiles de croisière conçus pour survoler le champ de bataille pendant des heures et attaquer des cibles terrestres hors de portée de vue. Ces attaques seraient rapidement suivies de tirs de roquettes d'artillerie guidés avec précision », expliquent-ils.

En prenant en compte tout cela, les deux experts estiment que l’armée russe pourrait atteindre le Dniepr en trois à quatre jours à peine, et que la seule question est de savoir si elle pousserait jusqu’à capturer Odessa ou pas.

« Dans ces conditions, il n'est pas déraisonnable de penser que les forces terrestres russes atteindraient leurs objectifs opérationnels le long du Dniepr en seulement 72 à 96 heures. Il est difficile de savoir si Moscou déciderait de pousser plus à l'ouest et de s'emparer du port d'Odessa, mais cette action placerait les forces russes à proximité de la république séparatiste moldave pro-russe de Transnistrie, à la frontière de la Roumanie, faisant d'Odessa une cible tentante », ajoutent-ils.

Quant à l’Ukraine et son armée, pour Macgregor et Beebe, « la capacité de Kiev à faire face à une telle campagne est très improbable » car « elle est largement dépassée par les effectifs et les armes de l'armée russe ». On est très loin des panégyriques de l’armée ukrainienne servis par les autorités de Kiev.

Et les États-Unis dans tout cela ? Eh bien, les deux experts expliquent que si l’administration de Joe Biden n’envisage pas d’intervenir militairement, c’est pour une bonne raison.

« L'administration Biden n'envisagerait pas d'intervention militaire directe en cas d'invasion de l'Ukraine. Et pour cause, elle ne pourrait pas faire grand-chose sur le champ de bataille pour contrer de tels mouvements. Les États-Unis ne disposent que de trois brigades de combat en Europe, et deux d'entre elles sont légèrement armées et dotées d'un équipement obsolète. Bien que nous puissions, de manière réaliste, employer des avions de combat avancés en Ukraine, ils devraient faire face aux défenses aériennes russes avancées et aux formidables capacités de brouillage électronique russes. La supériorité aérienne des États-Unis, qui est au cœur de nos opérations militaires contre les petites puissances depuis la fin de la guerre froide, ne serait pas assurée en Ukraine », expliquent-ils.

D’après eux, c’est pour cela que les États-Unis menacent la Russie de lourdes sanctions et autres mesures non précisées si elle attaquait l’Ukraine, en espérant que cela fera changer d’avis Vladimir Poutine, essayant ainsi de compenser dans le domaine économique leur impuissance militaire. Sauf que, comme ils l’indiquent, la Russie a anticipé depuis longtemps ce que Washington pourrait faire, et Moscou a déjà développé avec la Chine une alternative à SWIFT.

Pire, en ce qui concerne Nord Stream 2, non seulement la Russie a des alternatives, mais les deux experts considèrent que Moscou pourrait interrompre ses livraisons de gaz à l’UE en plein hiver, en guise de représailles. Si je doute que la Russie irait jusque-là (sauf peut-être si l’UE continue à vouloir imposer des sanctions à gogo contre Moscou jusqu’à franchir certaines lignes rouges), cette hypothèse des deux experts montre que ces derniers ont bien compris que c’est l’Europe qui a plus besoin de Nord Stream 2 et du gaz russe que l’inverse.

Quant aux satellites, la Russie a protégé les siens en faisant la démonstration de sa capacité à détruire ceux des États-Unis lors d’un essai réussi de missile anti-satellite (qui a provoqué un scandale international), et a construit des alternatives terrestres.

La conclusion de l’article est faussée par le fait que les deux auteurs partent de l’hypothèse que la Russie veut attaquer l’Ukraine, et non de la réalité qui est que Moscou n’interviendrait militairement que pour défendre ses centaines de milliers de citoyens qui vivent dans le Donbass contre une attaque de l’armée ukrainienne. Mais la dernière phrase de cette conclusion arrive néanmoins à une évaluation juste, qui est que si Washington refuse de reconnaître les lignes rouges de la Russie concernant l’Ukraine, alors Moscou pourrait bien en venir à une solution militaire, et dans ce cas « il n'y a pas grand-chose que les États-Unis puissent faire pour l'arrêter ».

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