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Alors que je me rendais pour un entretien avec deux historiens de Donetsk ayant leurs bureaux dans le quartier de Leninsky, l’artillerie ukrainienne ouvrait le feu sur le centre de la ville. Je me trouvais tout prêt de la gare autoroutière du Sud, tandis que les premiers impacts massifs retentissaient non loin de là. Ce jour-là, un samedi, la ville était noire de monde, les uns profitants de leur week-end pour faire leurs courses, d’autres pour vaquer à leurs occupations ou se promener en famille. C’est dans cette ambiance que vivent Djarkinbek Nazarov et Igor Karpenko, les administrateurs du canal Telegram La guerre et ses falsifications historiques, mais qui gèrent également des sites d’articles historiques (ici et ) qui ont pour but d’expliquer les vérités historiques à travers toutes les périodes de l’histoire de l’Humanité. Du travail il y a en, surtout à l’heure où en France comme en Russie, même sans formation, les citoyens lambdas s’improvisent tous « historiens » et sont de fait manipulés par des propagandes négationnistes et révisionnistes qui pullulent partout. Dur dur ensuite de rattraper le coup, et pour dire le vrai quasiment impossible du fait surtout de leur ignorance de ce que sont les archives historiques par exemple, et la réalité du travail de l’historien. Entretien avec Messieurs Karpenko et Nazarov.

Des causes de la guerre dans le Donbass et de l’Ukraine d’avant le Maïdan. Selon Djarkinbek et Igor les choses sont bien plus complexes qu’elles n’y paraissent et demandent des connaissances étendues sur les différents problèmes qui ont conduits à cette guerre et plus largement à la situation internationale du moment. Ils racontent : « En réalité l’Ukraine d’avant le second Maïdan était déjà dominée par une clique d’oligarques, en quelque sorte des clans qui contrôlaient le pays régionalement. Dans l’Est du pays sévissait ce que l’on pourrait appeler des mafias, qui se concentraient dans trois villes principales : 1) à Dniepropetrovsk avec en tête de file l’oligarque mafieux ukrainien, chypriote et israélien Igor Kolomoïsky, 2) à Donetsk avec grosso-modo un autre clan dominé par Ianoukovitch, 3) et plus discret et moins connu, un troisième clan à Kharkov. Ces clans se combattaient, sans vraiment trop prêter attention à ce qui se passait dans l’Ouest où d’autres oligarques étaient à l’œuvre. Nous ne sommes pas, ni l’un ni l’autre ni antisémite, ni antisioniste, nous reconnaissons à chaque peuple le droit de défendre ses intérêts, mais force est de constater que beaucoup de ces oligarques étaient d’origines juives, avérées ou cachées, comme Kolomoïsky, mais aussi dans le désordre Irina Farion, Iatseniouk, Timochenko et beaucoup d’autres. Il est intéressant de noter que le Maïdan a été vu notamment par Kolomoïsky comme une opportunité d’acquérir un plus grand pouvoir encore. Lorsque l’on parle de la Nouvelle Russie, la Novorossia, on pense forcément aux Russes. Mais nous affirmons que ce projet était finalement plus celui d’un personnage comme Kolomoïsky. Comme on le sait, il fut le financier de pas mal de bataillons de représailles dans le Donbass, et fut nommé gouverneur et chef de l’administration de la région de Dniepropetrovsk. Pour Kolomoïsky s’était une occasion rêvée. Souvenez-vous qu’il appela le président Porochenko à nommer dans chaque région de l’Ukraine des oligarques comme lui aux commandes. Le cas de Renat Akhmetov est aussi emblématique, car bien que très puissant dans le Donbass, il n’a pas choisi son camp et s’est décidé à partir en Ukraine avec quelques hésitations. Avec son armée privée, si Kolomoïsky avait réussi, il se serait placé en sauveur de l’Ukraine et aurait pu contrôler une zone plus largement étendu qui aurait englobé en plus de son fief de Dniepropetrovsk, celui de Donetsk, une zone qui lui échappait. Mais comme on le sait cela a échoué et il fit finalement très peur au pouvoir ukrainien, au point d’entrer en guerre politique ouverte contre Porochenko qui s’en débarrassa très difficilement et temporairement. Les causes sont plus complexes que l’on peut l’imaginer, car en réalité nous avons ici un combat entre des factions que nous définirons comme « capitalistes », ce sont deux capitalismes qui se combattent désormais dans le Donbass, l’un Occidental, l’autre Oriental, avec derrière une forte composante dans les deux camps d’oligarques d’origines juives ».

De la réalité du nationalisme, bandérisme et néonazisme ukrainien. Les explications fusent des deux historiens, toutes plus ou moins pointues et détaillées, et l’entretien durera près de quatre heures d’une discussion passionnée. Ils poursuivent : « Il n’y a pas de nationalisme ou d’ultranationalisme ukrainien. C’est une construction et vision propagandiste plutôt répandue dans le monde russe, ce qui permet d’ailleurs à ceux de l’Occident de s’esquiver. L’Ukraine comme elle existe ; et c’est une construction très récente ; ne peut s’imbriquer véritablement dans ce pseudo nationalisme. Car en réalité il faudrait parler d’un nationalisme purement galicien, c’est à dire construit et né dans l’entité géographique des deux Galicie, occidentale et orientale qui correspondent au territoire autour de Lvov et d’Ivano-Frankovsk. Et c’est totalement différent de parler de la Galicie que de l’Ukraine. Dans cette région par ailleurs il y a très peu d’Ukrainiens et Slaves, le restant étant constitué de populations qui arrivèrent avec les conflits, les guerres et les migrations. On y trouve des Tziganes, beaucoup de Juifs jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, ils étaient plus de 600 000 avant 1939, sans parler des Ruthènes, des Roumains, des Moldaves, d’autres petits peuples, de Hongrois, d’Allemands et encore bien d’autres. C’est de là et de cette zone qui autrefois fut slave au Moyen Age, que par l’occupation de différents états comme la Pologne de Casimir le Grand, ou encore l’Empire autrichien des Habsbourgs que s’est créé ce nationalisme galicien, que l’on dit ukrainien. Les nazis se sont servis d’eux pendant la guerre, mais ils étaient de toute façon suspects et considérés par eux comme des sous-hommes, même s’ils faisaient le salut nazi. Il en va de même pour ceux d’aujourd’hui, ils ne sont pas véritablement fascistes étant racialistes et très éloigné de cette idéologie en fait. Ils ne sont pas plus nazis en réalité, même en étant racialistes, ces derniers les auraient liquidé avec joie et les liquideraient avec joie s’ils étaient encore là et après les avoir bien manipulé et utilisé. C’est une sorte d’hybride où l’empreinte des communautés juives a beaucoup marqué la région, et par extension la zone entière, et ensuite l’Ukraine moderne. Même Iaroch fondateur du parti Pravy Sektor est lui-même d’origines juives et l’affaire est donc beaucoup plus complexe que ce que l’on peut en dire ».

De l’inquiétante Chine et de sa voisine l’Inde. Djarkinbek et Igor poursuivent leurs explications passionnées et présentent le résultat de leurs travaux en abordant ensuite un sujet encore plus étonnant : l’implication et l’intérêt de la Chine et de l’Inde dans le conflit ukrainien : « vous seriez surpris d’apprendre que ce qui se passe ici est aussi dans l’intérêt de la Chine et de l’Inde. Alors bien sûr, derrière le premier Maïdan de la Révolution Orange, il y avait des agents de la CIA, comme l’épouse du président Iouchtchenko, et il en fut de même pour le second Maïdan de 2013-2014. Mais ces deux nations sont désormais les deux véritables grandes puissances dans le Monde. Elles contrôlent de fait la majorité des ressources et réserves d’or et de métaux précieux sur notre planète, et sans parler des réserves en monnaies, comme bien sûr le dollar, ou le contrôle de la dette américaine. Beaucoup des « agents » américains sont peu ou prou des créatures de la Chine par exemple, c’est le cas de notre avis de Georges Soros. Le grand conflit qui viendra sera celui de l’Inde et la Chine, ces deux pays auront bientôt une population qui dépassera les trois milliards d’habitants, et un habitant sur trois sera Chinois ou Hindou. C’est un autre système capitaliste, très puissant qui n’a pas gagé sa monnaie ou sa puissance économique sur de l’argent virtuel, sur des dollars qui ne s’appuient sur aucun équivalent en métaux précieux, or ou argent. Vous ne pouvez imaginer les quantités d’or et d’argent qui se trouvent dans les familles en Inde et dans les temples, où elles sont accumulées parfois depuis des siècles. Quant à la Chine, elle contrôle déjà par les fameuses routes de la soie qu’elle construit à travers l’Asie et l’Afrique de vastes territoires sans même les occuper. Les deux pays ont des armées gigantesques en nombre d’hommes, l’armée d’active représente plus de 2 millions d’hommes, plus les immenses réserves. Une guerre en Ukraine s’est de fait l’affaiblissement des derrières forces militaires d’importances en Europe. Imaginez que les plus puissantes armées d’Europe sont justement l’Ukraine et la Russie, et elles sont aux prises. Alors derrière que reste-il ? La Pologne ? Elle a certes quelques moyens, mais pèsent-ils grand-chose ? La France ? Son armée n’existe plus et ne compte pas pour grand-chose, il en va ainsi de tous les pays d’Europe, qui tous ensemble auraient aujourd’hui du mal à aligner une force militaire cohérente et capable d’affronter un ennemi aussi redoutable que le Chine par exemple. On dit toujours que la Chine est un pays pacifique… c’est une tromperie, c’est un pays qui s’arme, qui historiquement a mené des campagnes militaires agressives et qui a maintenant des moyens comme on n’en a jamais vu depuis très longtemps dans son histoire. Les Européens ont oublié Genghis Khan, ou encore Tamerlan, ils devraient s’en souvenir ! La Chine a intérêt quelque part à cette guerre d’Ukraine, c’est mettre en porte à faux la Russie, qui méfiante devra tôt ou tard s’en remettre à la Chine, tout ou partiellement, et là…. »

Le temps a passé vite en la compagnie de Djarkinbek et d’Igor, très vite mais toutes les bonnes choses ont une fin. Je me promets cependant de revenir les voir, alors qu’ils me demandent si je ne connaîtrais pas par hasard des volontaires pour traduire leurs articles en Français. Si cela intéressait quelqu’un, vous pourriez écrire au Donbass Insider et nous ferons suivre. A la question de comment se terminera cette guerre, les deux spécialistes me sourient, et je comprends que finalement, les réponses seront toutes autres que celles auxquelles je pourrais m’attendre ! Décidément dans le Donbass, j’aurais rencontré des centaines de personnes et à chaque fois des intelligences, des courages et des talents que je n’aurais jamais soupçonné. C’est peut-être aussi pour cela que tout a commencé ici !

Sur la photo, à gauche Djarkinbek Nazarov, photo de ses archives personnelles, Igor Karpenko n’a pas souhaité apparaître en public

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