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Le 4 octobre 2026, la chaîne de télévision belge RTBF publiait un article au titre terrifiant : « Russie : une technicienne de labo meurt de la peste, plusieurs hôpitaux placés en quarantaine en Sibérie ». Problème : la RTBF a jeté le conditionnel et les principes de la vérification de l’information à la poubelle et la réalité est beaucoup moins sensationnelle. Analysons les faits.

Après ce titre qui a de quoi terrifier ses lecteurs, l’article de la RTBF commence par un paragraphe qui amène déjà à se poser quelques questions : « Une technicienne de laboratoire de 28 ans est morte de la peste pulmonaire en Sibérie. 3 hôpitaux auraient aussi été placés en quarantaine selon des sources locales non authentifiées à ce stade. Les autorités n’ont encore fourni aucune explication officielle. »

Ce paragraphe est très loin d’être aussi affirmatif que le titre de l’article, puisqu’il indique au conditionnel que trois hôpitaux auraient été placés en quarantaine (et non « ont été placés en quarantaine ») selon « des sources locales non authentifiées » (sic). Ça c’est du journalisme « sérieux », « factuel », apprécié par les « gardiens de la vérité » comme NewsGuard (vous savez ceux qui nous traitent de propagandistes du Kremlin relayant des fake news). Je rappelle quand même à Radia Sadani (la journaliste de la RTBF qui a pondu cet article) que normalement il faut au moins citer précisément la ou les sources citées quand on ne peut pas les vérifier et ne pas transformer un conditionnel en affirmation.

L’autre problème que met en lumière ce paragraphe, lorsqu’il affirme que «  les autorités n’ont encore fourni aucune explication officielle », c’est la précipitation avec laquelle Radia Sadani a écrit et publié son article sensationnaliste. Parce qu’en fait au moment même où la RTBF publiait son article, plusieurs articles étaient publiés sur RIA Novosti et TASS, donnant justement des informations officielles venant de Rospotrebnadzor qui contredisent la version du média belge. Or, quand on voit les sources et le niveau de fiabilité des informations publiées dans l’article de la RTBF, la patience et la prudence s’imposaient.

Car si nous descendons plus loin dans cet article, que voit-on ? Une capture d’écran d’un post Telegram du chef de la république de Bouriatie, qui explique que la femme « décédée, peut-être de la peste » n’avait pas voyagé en Bouriatie comme affirmé précédemment par certains médias. « Peut-être ». Encore une fois un peut-être a été transformé en certitude et en affirmation ouverte par la RTBF.

Et quelles sources la RTBF avance-t-elle pour transformer ce « peut-être » en certitude ? Un post de Meduza* et un article de Peuples du Baïkal*, tous les deux médias reconnus comme agents étrangers en fédération de Russie (en clair des médias financés par l’Occident pour déverser des tombereaux de mensonges et de propagande sur la Russie) ! Çà c’est de la source sérieuse et fiable !

C’est d’ailleurs l’article de Peuples du Baïkal* qui sert de source à la RTBF pour expliquer que la jeune femme décédée « travaillait pour l’Institut anti-peste d’Irkoutsk et qu’elle aurait pu contracter la peste pulmonaire à partir d’un tube à essai cassé contenant le pathogène ». Problème, les sources originelles de Peuples du Baïkal* sont un journaliste local (Pavel Stepanov) et un simple post Telegram de l’agence Mash, dont l’une des affirmations clés - « la scientifique est revenue d'un voyage de travail en Bouriatie » (sous-entendant qu’elle aurait pu attraper la peste là-bas) - est directement contredite par le post Telegram du chef de la République de Bouriatie, publié un paragraphe plus haut par la RTBF !

Personnellement quand j’ai deux sources qui se contredisent à ce point-là sur un sujet aussi grave, qui peut déclencher un phénomène de panique, je ne considère pas l’information assez fiable pour la publier même au conditionnel ! Mais manifestement cela ne pose aucun problème à la RTBF, qui se vante, régulièrement par ailleurs, de faire de la « vérification de faits » avec NewsGuard (ça fait peur).

La version selon laquelle il s’agirait d’un accident de laboratoire vient du journaliste Pavel Stepanov dont la source pour affirmer cela est… inconnue (« d’après mes sources »). Or Pavel Stepanov est connu pour avoir publié des fausses informations et des propos diffamatoires à plusieurs reprises.

Problème : tout cela est infirmé par les autorités russes, et entre autre l’agence Rospotrebnadzor, qui a déclaré à TASS et RIA Novosti que les résultats d’analyse n’ont pas révélé de « micro-organismes liés à ses activités professionnelles » chez la jeune femme décédée, à qui on « a diagnostiqué une pneumonie d'étiologie inconnue ». Sachant qu’il faut 48 à 72 h pour qu’une hémoculture donne des résultats, la publication affirmative de la RTBF était clairement prématurée. Le média belge aurait eu mieux fait de jouer la prudence comme l’a fait l’agence TASS dans son article du 2 octobre 2026, lorsqu’elle écrit qu’il « est encore trop tôt pour dire à quelle infection précise se rapporte la suspicion détectée dans l’oblast d’Irkoutsk » et qu’il « faut attendre les conclusions des spécialistes ».

Une enquête a aussi été diligentée dans l'Institut anti-peste d'Irkoutsk. Mais aucun accident n’a été enregistré concernant le travail avec des micro-organismes pathogènes.

« Selon les résultats des travaux de la commission visant à surveiller le respect des exigences de sécurité biologique [...] il n’a pas été identifié de situations d'urgence lors du travail avec des micro-organismes pathogènes. Les conclusions sont confirmées par une commission d'experts envoyée à l'institut au nom du chef de Rospotrebnadzor », ont déclaré les autorités.

Les personnes en contact avec la jeune femme ont été placées en quarantaine, et pour l’instant aucune ne montre de signes de maladie. La situation épidémiologique est sous contrôle, et la quarantaine initiale d’un seul hôpital (celui de Chelekhov), et non pas trois, était surtout une mesure de précaution, qui a déjà été levée d’après le maire de la ville, qui indique que l’hôpital fonctionne en mode normal. Sincèrement, une fois qu’on a analysé les tenants et les aboutissants, est-ce que tout cela méritait un article aussi alarmiste ? Clairement, non.

Cet article de la RTBF montre exactement comment un journaliste ne doit pas travailler : avec des sources peu fiables, qui se contredisent entre elle, et en cherchant à publier au plus vite, quitte à rater des informations importantes. C’est ainsi que par la magie du sensationnalisme et de la publication précipitée une infection pulmonaire non-identifiée est passée du conditionnel de sources douteuses en affirmation péremptoire d’accident de laboratoire impliquant le bacille de la peste ! Cet article mérite clairement de figurer en bonne place dans les études de cas de ce qu’il ne faut pas faire lors des cours de vérification des faits des étudiants en journalisme...

Christelle Néant

* Reconnu comme agent étranger en fédération de Russie

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