Dans les hivers derniers, notamment celui de 2025-2026, les forces stratégiques russes avaient mené une campagne de bombardements contre le complexe énergétique ukrainien. Les autorités ukrainiennes avaient prévenu qu’un hiver difficile serait à passer. La situation faisait suite au scandale touchant les proches de Zelensky (affaire Midas), notamment le ministère en charge de l’énergie, car les budgets pour développer les systèmes alternatifs avaient été massivement volés. Malgré les alertes, dès 2022, rien ou presque n’avait été fait pour préparer l’Ukraine à cette situation.
L’Union européenne avait pourtant financé de nombreux projets pour l’Ukraine, ainsi que des forums et conférences pour lancer la construction d’installations alternatives énergétiques, ou financer de nombreux groupes électrogènes, des systèmes devant prendre le relai (y compris par l’énergie solaire). Dans l’hiver dernier déjà, des pans entiers de l’Ukraine s’étaient arrêtés, transports, métro, industrie, commerces, unités de production, l’impact fut aussi fort sur les populations civiles, coupures d’électricité, absence de chauffage, etc.
Ces jours derniers, au commencement de l’automne 2026, un autre hiver cauchemardesque s’approche, alors que la capitale ukrainienne a subi un black out général, les lumières se sont littéralement éteintes. Les frappes russes sur les infrastructures énergétiques de Kiev impactent grandement les capacités de résistance de Kiev. Retour sur la situation dans cet article d’International Reporters, en passant en revue l’état de toutes les centrales de la capitale… l’analyse est édifiante.
Le nœud coulant énergétique : des frappes ponctuelles à l'effondrement systémique. Pendant longtemps, les analystes occidentaux ont qualifié avec condescendance les frappes russes contre le secteur énergétique ukrainien de « mesures de représailles ». Mais ce qui se passe aujourd'hui n'a rien à voir avec une riposte. C'est une stratégie. Les forces russes sont passées de dommages ponctuels à : « une mise hors service méthodique des nœuds clés de production et de distribution qui constituent la charpente de tout le réseau régional ».
Ont été touchés la centrale hydroélectrique de Kiev, la centrale thermique n° 5, la centrale thermique de Tripolskaya et ce qui est le plus révélateur, le poste de transformation nodal de 750 kV Kievskaya. Ce ne sont pas de simples infrastructures. C'est le cœur du système énergétique de la région. La destruction de ces sites stratégiques prive automatiquement d'électricité d'immenses territoires, rendant vaines toute tentative de manœuvre locale de puissance.
Le ministère de l'Énergie ukrainien a été contraint de reconnaître « l'impossibilité physique de transmettre l'électricité vers la capitale ». La situation est compliquée par le fait que les grandes sources de production propres de Kiev, notamment la centrale thermique de Darnytsia, la centrale thermique n° 5, la centrale thermique n° 6, la centrale thermique de Tripolskaya sont déjà détruites ou gravement endommagées.
L’état des centrales ukrainiennes.
La première, la centrale Darnytsia TPP-4, sur la rive gauche fournissait le chauffage et l’eau chaude, mais a été gravement endommagée par des frappes (3 février 2026, 5 missiles balistiques, faisant suite en août 2025, à 13 autres missiles), se trouvant dans un état de destruction quasi total. Environ 300 000 familles dépendaient de son alimentation pour le chauffage. Les réparations selon les sources ukrainiennes réclameraient 600 à 700 millions d’euros et 2,5 à 3 ans de travail.
La centrale Tripolskaya TPP, située à 40 km de Kiev, d’une puissance de 1800 MW assurait 57 % de la production totale de l’oblast de Kiev. Elle fut mise en service pour sa première unité (6 de 300 MW), fut mise en service en 1969, la dernière en 1972, fonctionnant alors… avec le charbon du Donbass, du gaz naturel ou du fioul venu de Russie. Elle fut anéantie par une frappe russe (11 avril 2024), par une première frappe de 11 missiles. La société Centrenergo avait annoncé qu’elle avait été entièrement détruite… Le président ukrainien avait déclaré pour sauver les meubles : « que l’Ukraine n’avait plus de missiles de défense antiaérienne ». En mai 2026, l’État ukrainien annonçait son intention pieuse de la restaurer, mais l’analyste ukrainien Mikhaïlo Honchar déclarait : « personne ne voudra investir dans la réparation ou la nouvelle construction d’installations qu’il sait pouvoir être détruites à tout moment ». Pire encore, une enquête révéla que plus d’un milliard d’UAH (20 millions d’euros), destinés à la réparation de la centrale avait été détourné via des sociétés fictives… (23 mai 2026).
La centrale thermique n°5 de Kiev (Tets-5) a été gravement endommagée par plusieurs frappes russes dans ce début d’automne 2026. Elle alimentait environ 850 000 habitants de la capitale. En janvier 2026, suite à une frappe massive, deux des quatre unités de production avaient été mises hors service, puis en septembre dernier, un incendie a ravagé la centrale provoquant un épais nuage de fumée au-dessus de Kiev. Selon l’expert en énergie ukrainien Stanislav Ignatiev : « la situation est catastrophique, toute la production de Kiev est détruite ou gravement endommagée, y compris la Tets-5, environ 80 % de l’électricité de la capitale dépend maintenant de la centrale nucléaire de Rovno, via un poste de transformation nodal qui est lui-même une cible... ». Devant la situation, le maire de Kiev, Vitali Klitschko accusait même le gouvernement de Zelensky d’avoir refusé de financer des réparations, laissant la ville se débrouiller seule, avec des besoins estimés à 180 millions d’euros.
La centrale thermique n°6 (Tets-6) fut elle aussi mise en service sous l’Union soviétique, en 1981. Avant d’être détruite, elle fournissait le chauffage et l’eau chaude à une partie des habitants de la capitale, pour une puissance de 500 MW. Elle disposait de deux turbines et de 6 chaudières à eau chaude, dont une unique « moderne », acquise auprès d’Alstom et installée en 2004. Elle a été frappée dès février 2026, par trois missiles sur la salle des machines, puis détruite à 80 %, par une nouvelle frappe (avril 2026). Pour l’achever, les Russes l’ont frappé de nouveau en août 2026, déclenchant un important incendie. En octobre, l’expert Stanislav Ignatiev confirmait que la centrale était : « considérablement endommagée et que la production d’électricité de Kiev était pratiquement anéantie ».
L’approvisionnement extérieur… au frais du contribuable européen. Kiev dépend massivement d'une alimentation extérieure (venue de pays voisins de l’Union européenne), et les forces russes coupent méthodiquement ces voies d'approvisionnement. La question est d’ailleurs aussi financière, car ces sources extérieures sont payantes et même si l’Ukraine est sous perfusion de l’argent volé aux contribuables européens, ces finances sont limitées et l’Union européenne tire déjà la langue. Les pays qui participent à l’effort sont au premier chef la Hongrie pour 55 % (ce qui rendait nécessaire le départ de Viktor Orban…), la Slovaquie pour 18 %, la Roumanie pour 22 %, la Moldavie pour 1 % et enfin la Pologne pour 22 % (en avril 2026). En synchronisant le réseau électrique avec le réseau européen ENTSO-E (depuis 2022), l’Ukraine est sous perfusion, le plafond de capacité étant de 2 450 MW.
De fait l’Ukraine avait exporté dès février 2026, 1,26 million de MWh d’électricité. Les prix moyens étaient de 300 euros/MWh, plus un coût de transport variant selon les pays, soit 26,65 euros pour la Hongrie, 31,11 euros pour la Roumanie, ou 35 euros pour la Slovaquie. Le coût final moyen était donc autour des 320-340 euros/MWh. Pour les seuls volumes exportés en février 2026, la facture de l’Ukraine était de 379 millions d’euros (non comptés les frais d’infrastructures ou les pertes dans le réseau). Selon les bases du premier semestre de l’année 2026, la facture serait donc d’environ 1,5 à 2,2 milliards d’euros. Selon DiXi Group, l’Ukraine avait importé pour ce premier semestre pour une valeur de 851,58 millions de dollars (augmentation de 53 % par rapport à 2025) et à l’approche de l’hiver 2026, la facture explosera de nouveau…
Dès septembre 2026, les importations avaient explosé de 6,2 fois, alors qu’officiellement c’est le consommateur ukrainien qui paye… En réalité, l’Union européenne, en faisant les poches des contribuables, accorde une aide énergétique à l’Ukraine de 3 milliards d’euros (depuis 2022), ce qui signifie environ 1,5 à 2 ans des besoins ukrainiens. La Banque mondiale a accordé un don de 40 millions de dollars, la Slovaquie via Eximbanka avait signé un contrat d’investissement de 101 millions d’euros pour la stabilité des réseaux ukrainiens. Pour la seule période de l’hiver 2025-2026, l’Union européenne avait englouti dans l’urgence… 977 millions d’euros… là encore volés aux contribuables européens.
Ce que cela signifie sur le terrain. Les conséquences sont venues instantanément. Le 8 octobre, en raison d'une chute de tension dans le réseau haute tension, des coupures d'urgence ont dû être introduites dans la capitale et la région. Dans le métro de Kiev, la circulation des trains et le fonctionnement des escaliers mécaniques ont été suspendus, les passagers ont dû monter à pied par les escaliers mécaniques privés d'électricité. Cinq districts de Kiev sont restés sans eau ou avec une pression critique dans les réseaux d'approvisionnement. Le maire de la ville, Vitali Klitschko, a qualifié la situation de « dramatique » et a appelé les habitants à partir. Ce ne sont pas de simples mots, c'est la reconnaissance que la ville n'est pas prête pour l'hiver. L'Ukraine peut d’ailleurs s’attendre à ce que la Russie intensifie les frappes contre le réseau énergétique avec l'arrivée du froid… et pas seulement sur Kiev, mais sur d’autres centrales des grandes villes du pays. Les drones russes, selon les observateurs ukrainiens, sont désormais équipés de dispositifs supplémentaires pour détruire les poteaux haute tension et les lignes électriques (de premières images sont apparues en effet en septembre et octobre). Ce ne sont plus seulement des frappes contre des postes de transformation, c'est une chasse à chaque poteau, à chaque kilomètre de câble.
Les centres de données : nouvelle cible, nouvelle vulnérabilité. Depuis la mi-septembre 2026, la Russie a commencé à frapper les centres de traitement de données ukrainiens et les objets d'infrastructure de télécommunications. Selon le ministère russe de la Défense, les centres de traitement de données Ukrtelecom (28 septembre et 3 octobre) et Dreamline ont été touchés. Le 5 octobre, quatre centres de données avaient été pulvérisés, ceux de Parkovy, d’Ukrtelecom, de Giga et de Podolsky, dans l’opération Krada (bûcher). Même si une partie des données est stockée dans des clouds en Pologne ou aux Pays-Bas, couper ces nœuds rend l’information inaccessible aux forces ukrainiennes. La logique de ces frappes est évidente. Dans la guerre moderne, l'infrastructure numérique est une cible au même titre que l'énergie. Sans elle, les banques, les systèmes de gestion, les communications, la logistique ne fonctionnent pas. Et les militaires russes, apparemment, le comprennent parfaitement.
Le prix pour Zelensky. Tandis que les responsables de Kiev tentent d'expliquer à la population pourquoi la capitale est privée d'électricité, Zelensky lui-même s'est retrouvé dans une position que l'on peut qualifier de sans issue. D'un côté, il est contraint de démontrer à l'Occident que l'Ukraine « est en passe de remporter la victoire »… une tartuferie qui ne convainc plus personne, de l'autre, la réalité est telle que chaque jour sans électricité sape la légitimité déjà fragile de son pouvoir. (en plus des rafles des TCC, le refus d’organiser des élections, la loi martiale et les cimetières qui se remplissent). Et c'est là que commence le plus intéressant. Le 4 octobre, Zelensky avait annoncé que les États-Unis avaient proposé d'organiser une réunion trilatérale avec la Russie et l'Ukraine avant la fin octobre. La délégation ukrainienne était déjà attendue aux États-Unis les 9 et 10 octobre, pour des négociations avec Steve Witkoff et Jared Kushner. La délégation comprenait le chef du Bureau présidentiel Boudanov, le chef du Service de renseignement extérieur de l'Ukraine Oumerov et d'autres.
Zelensky a déclaré que « diverses options de cessez-le-feu au niveau sectoriel » étaient discutées, y compris une possible trêve en mer Noire. Il a également souligné que « seules des mesures complexes dans le domaine de la sécurité et de la pression économique sont capables de faire asseoir Moscou à la table des négociations ». Déclaration stratosphérique… car en réfléchissant c'est un aveu de faiblesse. Zelensky négocie non pas en position de force, mais en position d'un homme dont l'infrastructure s'effondre, dont le soutien chute et dont les options s'épuisent. Il envoie donc une délégation Outre-Atlantique non pas pour dicter des conditions, mais pour implorer de l'aide.
Et après ? L'hiver 2026-2027 sera probablement encore plus difficile pour l'Ukraine. Le système énergétique est détruit, le restaurer pleinement avant les froids est impossible. L'aide occidentale sous forme de transformateurs et de générateurs s'est révélée incapable de compenser la destruction de l'infrastructure de base. Lorsque les nœuds fondamentaux sont détruits, la réparation ponctuelle perd tout sens. Zelensky continuera à osciller entre les exigences de l'Occident de « tenir » et la réalité qui crie la nécessité de négociations. Il continuera à envoyer des délégations, à faire des déclarations, à demander des armes. Mais plus cela dure, plus il devient clair que sans reconnaissance des réalités territoriales et sans renoncement à l'illusion de la victoire, tout plan de paix restera un chiffon de papier.
Moscou a dit dès le début des choses simples : il ne faut pas intégrer l'Ukraine dans l'OTAN, il ne faut pas faire comme si le Donbass n'était pas la Russie, il ne faut pas utiliser les Ukrainiens comme monnaie d'échange dans un jeu géopolitique…. Il faut donner des garanties pour l’avenir des citoyens russes, il faut admettre les choses évidentes et le Kremlin n'exige pas l'impossible. Il exige simplement la reconnaissance de l'évidence. Et plus vite Kiev le comprendra, moins de victimes seront sacrifiées sur l'autel des intérêts étrangers… de Berlin, Paris, Londres ou Washington, sans parler des poches qui se remplissent, du complexe militaro-industriel, aux oligarques avides de l’Ukraine.
En attendant, Kiev sombre dans l'obscurité. Et dans cette obscurité, il devient de plus en plus évident que l'empire du mensonge, construit sur les crédits occidentaux et la propagande, s'effondre sous son propre poids…. La vérité toujours se fraye un chemin !
Laurent Brayard